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Grignan : Rencontres du Livre, de la Truffe et du Vin

1 Mars 2018 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #rabasse, #truffes, #voyages

L’office du tourisme de Grignan organisait un concours littéraire :
la truffe et le vin

 

Petite distinction

Dans le cadre des Rencontres du Livre, de la Truffe et du Vin, l’office du tourisme de Grignan organisait un concours littéraire.

Premier prix pour Claudine Trouillas de Valréas pour son poème Mélano et moi,

Deuxième prix, moi pour mon texte Les mésaventures de frères Escoubart,

Troisième prix pour Yvette Gachon de Bouchet pour le poème La truffe et le vin.

 

J’ai appris la nouvelle alors que je parcourais l’Adrar Mauritanien : dunes sans fin et ergs désolés, la palmeraie de Terjit, l’oasis de Tanouchert, Ouadane, Maaden El Ervane  et Chinguetti. Pauses pour le rituel du thé, nuits sous les magnifiques khaimas, les tentes maures, passage d’une caravane de chameaux, mer de stromatolites ondulant à l’infini. Les hommes du désert sont chaleureux, parlent un français parfait et mes compagnons de voyage étaient des êtres charmants. Merci à Point Afrique Voyages pour ce moment inoubliable.

Merci à la rabasse, inépuisable sujet d’inspiration.

Félicitations à mes coéquipières.

Je vous offre ces Mésaventures des frères Escoubart et vous souhaite une bonne lecture.  

*************************

Les mésaventures des frères Escoubart

(Texte de @Nicole Faucon-Pellet)

 

- Il en manque plus beaucoup dans la cagnotte.

- Cette année, avec les sous des truffes on devrait arriver à boucler.

Ce tracteur d’occasion, ils en rêvent depuis deux ans Jeannot et Lucien, les frères Escoubart.

Ils sillonnent les plantations plusieurs fois par jour en clamant partout :

- C’est le seul moyen de dissuader les voleurs.

Avec cette stratégie infaillible, ils sont bien certains d’être à l’abri. Les voisins se moquent d’eux :

- Tu parles ! Imagine toi qu’ils viennent les nuits de pleine lune et qu’ils sont bien organisés. Ils ont des portables et des guetteurs, tu peux toujours courir pour les attraper.  

Jeannot et Lucien laissent parler.

Mascotte, la vieille chienne commence à fatiguer, elle souffre d’arthrose et traîne la patte. Jeannot la gronde, la menace mais la pauvre ne peut pas aller plus vite. Elle en a cavé des rabasses cette bête, cette bâtarde âgée de bientôt vingt ans. Nez au vent, flair infaillible, elle traverse les rangées pour aller marquer, donne un coup de patte et attend, sagement assise sur son arrière-train que son maître s’approche.

Jeannot traîne la patte lui aussi, une vieille sciatique mal soignée réveille ses douleurs ce matin frisquet de janvier, il s’agenouille difficilement, sort le piolet et creuse. Immédiatement l’odeur monte vers ses narines habituées ; attentive, Mascotte se réjouit de son plaisir. Quelques poignées de feuilles mortes et le tour est joué. Le petitou, celui qui ressemble à un rat et s’appelle Gari ne perd pas une miette du spectacle. Il a seulement trois mois, s’imprègne de l’ambiance et suit attentivement les déambulations de son aînée.

Admirablement entretenues, les terres des frères Escoubart suscitent autant d’admiration qu’elles provoquent de dérision dans le quartier. Ils ont des secrets ces deux-là, ils comprennent la terre, savent interpréter les signes, anticipent les besoins en eau et les assauts de mauvaise humeur de la météo mieux que les jeunes paysans branchés sur leur foutu portable et leur satané Internet. Mais ils suscitent la méfiance, il ne fait pas bon les approcher sans prévenir et il n’est pas rare qu’ils sortent le fusil au moindre bruit. Le plus virulent des jumeaux, c’est Jeannot. Dans le duo, Lucien fait la cuisine et la lessive, Jeannot prend les décisions.

Mascotte, fatiguée, marche très lentement et malgré son foutu caractère, Jeannot décide de rentrer. Il a acquis, au fil des années un brin d’humanité et délaissé les méthodes traditionnelles de dressage que son père préconisait. Ce dernier dressait les chiens à coup de trique et de privation de repas et les pauvres bêtes apeurées rampaient devant le despote. Lentement, Jeannot se dirige vers la ferme en traversant les truffières, et là tout à coup, il s’arrête devant un trou fraîchement rebouché. Stupéfait il hèle Mascotte, lui fait renifler l’endroit qu’elle délaisse immédiatement.

- Ainsi, les voleurs sont venus ! Nom de Dieu !

D’un pas devenu précipité, il rejoint Lucien qui a dressé le couvert et cuit les pommes de terre, assaisonné la salade et rissolé le lapin que Jeannot a pris au collet il y a quelques jours.

- Range ton journal et écoute-moi. Il faut sortir l’artillerie et la lourde !

Quant il prend ce ton autoritaire, Lucien obtempère. Jeannot dévoile son plan à son frangin tout ouïe.

- Tu es sûr que c’est la bonne méthode ?

- Sûr et certain. En plus, c’est la pleine lune, il n’y a pas de temps à perdre. On commence ce soir.

Frileux, Lucien a endossé sa canadienne et un vieux bonnet en laine. Jeannot le poste en lisière de la terre, camouflé sous le couvert.

- Moi, je surveille le chemin. Ils ne peuvent arriver que par là. Ces bougres de fainéants ne se fatiguent pas à marcher !

Après deux nuits debout dans le froid, Lucien proteste. Jeannot n’en démord pas : il faut aller jusqu’au bout. C’est au cours de la troisième nuit qu’il entend le bruit du moteur et se retire précipitamment sous une aubépine dont les branches retombent jusqu’au sol. De son poste, il détaille le véhicule : un 4x4 Toyota dernier modèle à la carrosserie brillante avec une grosse roue de secours accrochée à la malle arrière. Un type s’extrait de l’habitacle, siffle son chien : un lagotto romagnolo beige et frisé, complètement indifférent à la présence de Jeannot. La bête est assortie à la bagnole de luxe. Jeannot gémit. 

Tranquillement, le mec s’avance vers la truffière et tout aussi tranquillement le chien se met au boulot, arpentant les rangées, reniflant, puis il marque et l’homme, extrayant un tournevis de sa poche, dégage une belle truffe et récompense son ami à quatre pattes. Tétanisé par le spectacle, Jeannot se retient de pointer son fusil vers l’intrus.

Le fraudeur continue son manège. Jeannot rejoint son frère, le canon du fusil dirigé vers le voleur.

- Tire pas, tire pas ! murmure-t-il. J’ai une idée de génie, viens…

À pas de loup ils reviennent vers le véhicule dont la porte est ouverte et la clef de contact sur le tableau de bord.

- On va lui faire une bonne blague ! s’écrie Jeannot en démarrant.

Il a l’habitude de sa vielle 4L et peine à conduire le bolide. Vite il accélère en observant le lagotto et son maître qui regardent s’éloigner leur voiture. Ils déposent le Toyota bien à l’abri des regards, dans l’enceinte d’un veille maison en ruine connue d’eux seuls, c’est alors que le fou rire les prend, incoercible. Jeannot en a mal au ventre et Lucien des larmes qui ruissellent sur ses joues. Voilà bien longtemps que les frères Escoubart n’ont pas ri autant.

- C’est pas tout mais maintenant il faut rentrer, dit Lucien en reprenant sa respiration.

Après une bonne heure de marche dans le froid, ils s’écroulent sur leur couche vers trois heures du matin, épuisés. C’est Mascotte qui les réveille vers neuf heures : du jamais vu dans les annales de la famille.

Stupéfait, Jeannot se retrouve face à face avec les gendarmes.

 

De la truffe (rabasse) à la Mauritanie

De la truffe (rabasse) à la Mauritanie

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