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2014, voyage au Sénégal

2 Mars 2014 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #voyages, #coup de coeur

Beau voyage au Sénégal

Silence sur mon blog : j’étais partie au Sénégal avec Jean-Marc, mon mari. Un beau voyage d’où je ramène des tas de notes, et lui des belles photos. Je vous livre quelques souvenirs.

Je reviens de Dakar, où en plein milieu de la capitale, à côté du quartier Patte d’Oie, nous avons découvert un immense maraîchage tout en rondeur ; les jardiniers cultivent à perte de vue des salades, dont ils font des hautes spirales entourées de tissu qu’ils emmènent au marché le lendemain matin. Sur ce vaste territoire, quadrillé de petits damiers rectangulaires bordés d’une frange de terre, les paysans s’activent pour remplir d’eau leur arrosoir à la marre toute proche.

Les fraises commencent à murir, les tomates amères grandissent et les oignons prospèrent. De temps à autre, à côté de l’allée qui grime vers le sommet, et d’où l’on a un point de vue sur le marais, un papayer monte la garde en solitaire ; quelques plants de basilic embaument, les milans royaux tournent inlassablement dans le ciel.

Là- haut, dans une cabane de fortune, sont installés les fondeurs. Ils récoltent les canettes de bière, les bombes de spray et les pièces de moteur de voiture, pour les fondre sur un feu de charbon de bois et fabriquer des gamelles et des passoires en aluminium. Les hommes travaillent pieds nus, de 7 à 60 ans, dans une ambiance torride.

Non loin, deux hommes accroupis face à face « tapent » le linge sur une longue planche. C’est la forme locale de repassage. Armés de gourdins, ils frappent le tissu pour l’aplatir avant de le plier.

Nous sommes allés à l’île volcanique de Gorée, non loin de Dakar, dans la presqu’île du Cap Vert. Dans le bateau, des femmes nous accostent et nous invitent à visiter leur échoppe.

Je surnomme Radis Vert, la belle, chapeautée d’un foulard de tête vert. C’est très touristique, nous n’y passerons qu’une journée. Ici ni voiture, ni vélo, seulement des maisons ocre, souvent à demi en ruines. Rue des Gourmets, des chats peu farouches. En haut de l’’île, poussent le dattier du désert et un mimosa aux petites fleurs jaunes.

Improvisé dans un coquillage géant, un gigantesque bénitier à l’entrée de l’église Saint-Charles-Borromée nous ouvre l’espace clair-obscur pour un moment de repos et de fraîcheur.

La vue délabrée des murs de l’incontournable maison des esclaves nous laisse imaginer la traite négrière, les larmes, la souffrance, la mort des esclaves et la folie des hommes. « La porte du voyage sans retour » où les bateaux embarquaient pour l’étranger, où les fugitifs tentant de s’évader étaient dévorés par les requins. Les cellules des hommes engraissés s’ils ne pesaient pas 60 kilos portaient le nom d’ « inapte temporaire ». Les jeunes filles dont les seins et la virginité attestaient de la valeur, utilisées par les négriers à des fins sexuelles ; une fois engrossées, ces dernières retrouvaient la liberté et devenaient Signares pour former l’aristocratie. Les enfants, évalués selon leur dentition, mourraient comme des mouches.

« Le racisme, la croyance à la supériorité et à la mission particulière d’une race ont couté des millions de morts. Que cela ne soit jamais oublié », cite Boubacar Joseph Ndiaye, conservateur de la Maison des Esclaves.

Longue route jusqu’au parc du Niokolo Koba, au sud est du pays. Dans le fleuve Gambie, les hippopotames se prélassent, sortant de temps à autre leurs têtes pour lâcher un beuglement. Ces gros herbivores aquatiques quittent leur tanière liquide seulement au crépuscule pour se nourrir ; il n’y a aucune culture dans le parc, ils ne sont nullement inquiétés et viennent la nuit frôler notre case.

Des mouches tsétsé envahissent la voiture.

Le héron cendré toujours seul, les phacochères, le jabiru au bec jaune, la cigogne à cou blanc, le kob Défassa, une grande antilope robuste et élancée, le coucal du Sénégal, sorte de grand coucou à tête et nuque noires, au corps roux et blanc, le grand calao d’Abyssinie qui a une taille de dindon, un plumage entièrement noir avec des ailes bordées de blanc, le jacana marron, qui aime bien les espaces aquatiques, le francolin ou perdrix, le merle métallique à longue queue appelé choucador, avec ses magnifiques couleurs bleues métallisées qui scintillent à la lumière peuplent les alentours.

Le bleu-turquoise et le bleu-marine du magnifique rollier d’Abyssinie que l’on nomme oiseau suicidaire parce qu’il voit mal et entend mal, nous laissent émerveillés.

Le kapokier aux méchantes épines, envahi de fleurs orangées s’apprête à donner ses capsules qui laisseront apparaître un duvet blanchâtre et cotonneux.

À la tombée de la nuit, nous surprenons un céphalophe à flancs roux, une toute petite antilope africaine vivant en forêt. Je n’ai le temps que de l’entrevoir. Par sa silhouette, elle ressemble à un chevreau.

Autour du campement du Lion, les singes verts nous guettent du haut des arbres et s’aventurent parfois vers nous, curieux.

En allant vers Kédougou, nous apercevons les patas ou singes rouges et guettons vainement les lions. Un drôle d’arbuste porte des fruits semblables à des oranges. Il s’agit du strychnos Spinoza ou oranges de singe. Les fruits à la coque très dure contiennent une pulpe comestible et de nombreuses graines plates brun foncé. Le guide m’explique qu’ils sont hallucinogènes et dans le doute, je ne goûte pas …

Rompant avec la monotonie de la plaine, des collines apparaissent lorsque nous prenons la direction de Malinda. Après le passage du fleuve Gambie, sur un bac à corde, nous voici au campement de Baccari Niarasso. Le lendemain, son frère Amadou me guide jusqu’à la cascade de Sousoudé par la rivière presque à sec. Les touracos chantent, les racines des arbres s’agrippent à la falaise granitique. La famille Niarasso est installée dans une concession où vivent 29 personnes : parents, enfants, conjoints, épouses, secondes épouses, ainsi que chèvres, poules… La cuisine est commune, l’éducation des enfants partagée.

Nous mangeons du fonio, une céréale locale que les femmes pillent pour la débarrasser de son enveloppe.

Le soir, pour accompagner Omar notre chauffeur qui est très enrhumé, je goutte à la tisane de kinkéliba qui a longuement bouillie sur le feu de bois. C’est très amer, mais le lendemain Omar est guéri.

Un peu plus loin, nous rencontrons les Bassaris d’Éthiolo, peuple animiste et matriarcal. Balingo, le chef du campement de La Vallée Heureuse, nous explique le fonctionnement très particulier de cette ethnie. Par classes d’âge les Odemeta, les Odung, les Opalug et les Odiar vivent ensemble dans des cases autour de la place du village. Ensuite, à 33 ans, ils sont vieux ; considérés comme éduqués, ils peuvent se marier. Les jeunes, tous sexes confondus, dorment à la case commune à partir de 6 ans. Ils sont punis de coups de bâton s’ils ont fait une mauvaise action ou s’ils ont désobéi.

Dans les environs, vivent des chimpanzés qui demeurent invisibles.

Nous goûtons du vin de palme de fabrication locale, délicieux et traitre. Attention : il provoque une ivresse rapide et se laisse boire comme de l’eau. Pour le récolter, il faut grimper en haut du palmier, le saigner en faisant une entaille reliée à un goutte à goutte.

Juste à côté, les Bassaris de Goumo, eux aussi animistes et matriarcaux, nous accueillent. Nous avons le bonheur d’assister à une de leurs fêtes. Magnifiques dans leurs costumes, les masques, s’agitent et s’égosillent, tandis que les femmes sautillent à tous petits pas en les encerclant. Le jeune chef du village, Kalibendia, nous réserve un accueil très amical.

D’immenses calceras m’offrent leurs graines : de vraies beautés. Cet arbre est aujourd’hui victime d’une extermination : très utilisé en menuiserie, charpenterie et pharmacopée, son écorce est mutilée pour la réduire en poudre et en faire un remède pour de nombreuses maladies dont les maux de ventre, le paludisme, la régulation des menstrues…

Sur la piste, vers Andiel, quelques vautours ont déniché une proie. Les Bédiks, eux aussi à la frontière de la Guinée, eux aussi animistes, défendent farouchement leur identité et refusent de se convertir à l’Islam. Ils sont depuis toujours installés sur les hauteurs car ils ont fui la tyrannie des Peuls. Beaucoup de femmes ont des anneaux dans le nez et fabriquent des petites poupées bédiks en terre.

Nombril proéminent comme une orange de bonne taille, épaule luxée, une gamine se traine lamentablement. Nous conseillons de l’emmener à l’hôpital. Cela est inconcevable. La petite restera sans doute infirme toute sa vie…

Plus loin, à Salémata, au campement Pellun (cela signifie en haut de la colline en peul), les femmes s’occupent de la décoration des cases : mélangeant bouses de vaches, eau et poudre de pierre pour donner de la couleur. La notre porte le nom d’Égath.

Un magnifique baobab orne la cour ; quelques vieux karités « arbre à beurre » en wolof, produisent le fameux fruit qui donne le beurre pour l’alimentation, la santé et la beauté.

Mon mari, boulanger en retraite a rendez-vous avec Bassirou le boulanger peul, en recherche de contacts professionnels. Nous passons plusieurs heures avec lui dans la semi-obscurité de son fournil : acheter la farine, l’acheminer jusqu’à l’endroit où il travaille, allumer le four à bois, pétrir à la main dans un pétrin constitué d’un tronc d’arbre évidé, rabattre la pâte, la diviser en pâtons, l’étaler pour la laisser reposer sur des couches, l’enfourner très vite à cause de la chaleur qui la fait gonfler, puis la défourner.

À côté de sa case, Bassirou a un beau jardin regorgeant de légumes, alimenté par un puits ; quelques canards et poules, plus loin dans la brousse, deux vaches. L’homme est bien occupé.

Omar nous laisse à Kaolack, nous prenons congé de lui, emportant un beau souvenir de sa présence, de son humour, de sa gentillesse et de ses compétences.

Quelques jours délicieux dans la région du Siné Saloun chez notre ami Mamadou qui met à notre disposition un petit bâtiment blanc et indépendant. Sa concession est face au bolong, qui se gonfle et se dégonfle au rythme des marées de l’Océan Atlantique, où l’eau salée se mêle à l’eau douce des cours d’eau, où les pêcheurs Sérères reviennent au port leurs pirogues chargées de poissons.

Il y a 5O ans, les bateaux qui arrivaient d’Europe gagnaient l’Océan en empruntant les bolongs qui étaient bien entretenus et dragués régulièrement. Aujourd’hui ensablés, l’opération n’est plus possible.

J’ai revu Sokone où nous avons séjourné l’an dernier, où le pont de bois est terminé, où le louma du mardi attire toutes les populations environnantes.

Quelques jours à Toubacouta chez l’Epicier Ass Senghor que nous avons rencontré l’an dernier. Il nous accueille chaleureusement.

Je retrouve mes amis de l’an dernier. Ousmane Dji, Dji c’est son surnom parce qu’il y a beaucoup d’Ousmane. Cela signifie à la fois eau et bouillie de mil. Ali Baba qui bouche les fissures de son travail de sculpture avec la poudre de bois qui tombe du ponçage, mélangée avec de la sève de baobab ; le menuisier Abdourahmane Sarr toujours fidèle à son poste.

En direction de Karang, vers la Gambie, la route est bordée d’anacardiers ou pommiers-cajou très cultivés ici.

Nous visitons la forêt de Fathalala, rencontrons les zèbres de Bourchel, les élands de Derby, les plus grosses antilopes du monde, à la robe brune avec une dizaine de bandes claires sur le flan, des cornes spiralées et un fanon impressionnant sous le cou, un peu comme les zébus. L’hyppotrague ou antilope cheval, l’impressionnant et apparemment débonnaire rhinocéros blanc, le Cob de Fassa, le colobe rouge assez farouche, et quatre belles girafes élégantes et gracieuses qui nous observent à cent mètres du chemin complètent le tableau.

Sur l’île de Sipo nous rencontrons la reine Fatou Mané, une vieille dame de 86 ans, coépouse, veuve depuis longtemps. Elle a eu 7 enfants : 1 garçon et 6 filles. Son arrière grand-père a crée Sipo. Étant la seule fille elle a hérité du trône. Logée dans une situation précaire, dans une hutte au toit percé qui abrite 3 matelas éventrés, elle est malicieuse, familière et tendre, nous embrasse et nous remercie de notre visite.

Les bagages chargés sur une charrette tirée par un âne, nous quittons Toubacouta, pour aller jusqu’à la gare chercher un taxi pour Limane.

Fin du séjour au bord de l’Océan Atlantique, à côté de M’Bour. Le port de pêche, très animé, très odorant, regorge de pirogues, de pêcheurs de tous âges, de trieurs de poissons et de coquillages. J’envoie vertement promener les harceleurs de tous poils afin de savourer le spectacle tout mon saoul.

Le marché est une attraction à lui tout seul : les corbeilles regorgent de noix de cola, de pain de singe, de bissap de calebasses, d’apothicaires aux nombreuses potions, écorces et cure dents. Le brouhaha terrible, les marchands insistants, les artisans nombreux, les charrettes, les taxis, la chaleur… Au bout d’un moment, nous retournons au bord de l’Océan, sous les cocotiers et les palmiers doum, manger un thiéboudiène et boire une gazelle loin du bruit.

Le soir, sur la plage, lutteurs et sportifs, tous masculins… s’entrainent enchaînant abdominaux, footing et jeux de ballons tout en guettant la touriste blanche dont, comme chacun sait, le portefeuilles est bien rempli…

Vol retour, retrouvailles avec le quotidien : retour aux réalités.

2014, voyage au Sénégal
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N
Merci pour ce beau partage et les photos qui l'accompagnent....vous êtes allés au plus prés de l'être humain...qui lui n'a pas évolué comme nous avec le virtuel....lequel est le plus heureux...??? lequel a les sens des vraies valeurs....???
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