Menorca, Minorque, du rêve à la réalité
Je reviens de Minorque.
Presque tous les commerces et les sites touristiques fermés, les prix exorbitants, les routes bien entretenues mais aux limitations de vitesse insupportables, Minorque est une belle île qui ne se livre pas.
Les voyages forment la jeunesse, ils sont censés nous faire découvrir le patrimoine et nous faire comprendre et connaître les us et coutumes des lieux ; j’ai autant sinon plus d’intérêt pour les femmes et les hommes du pays. Je reviens de Minorque avec une sensation d’inachevé.
Une des curiosités de l’île m’a particulièrement séduite : les portillons en bois d’olivier sauvage partout présents. J’ai vainement cherché un informateur pour en savoir plus. Hormis la barrière de la langue qui est un obstacle majeur à la communication, seul un guide francophone du parc naturel de S’Albufera des Grau m’a donné une adresse d’un des derniers artisans que je n’ai pas réussi à trouver. La seule chose que je sais : cet olivier qui prospère dans les maquis ne produit que des olives impropres à la consommation et possède un bois très dur qui résiste aux intempéries et se plie aux caprices des hommes habiles.
Oui, il y a de belles plages aux eaux turquoise, certaines accessibles après une longue marche, d’autres plus proches donc plus peuplées.
Oui, il y a de quoi satisfaire les rois de la pédale et les amateurs de marche.
Oui il y a de quoi faire bronzer les demoiselles.
Oui, il y a de quoi désintoxiquer les citadins.
Oui, il y a du fromage à pâte molle, comme aiment les Hollandais.
Oui, il y a l’ensaimada, une pâtisserie feuilletée et spiralée, nature ou fourrée : un produit phare de l’île.
Et à propos de phare, je pense aux phares perchés sur leur promontoire venté regardant un horizon désert. Cavalleria veillé par des chèvres noires et fières, surveille le large et quelques minuscules îles. Favaritx posé sur un tapis de schiste aux arrêtes acérées, découpé en mille-feuilles, dépourvu de végétation, balayé par la tramontane et la colère des vagues. Un lieu insolite où j’ai eu envie de m’attarder.
Le Monte Toro, point culminant de l’île, trône sous la protection de l’église de la vierge et de la gigantesque statue de Jésus en offrant un point de vue panoramique sur la plaine.
Ce Monte Toro, peuchère, ne mesure que 357 mètres ! Moi, j’habite au pied de la Dent de Resso qui signifie la dent de scie comme elle apparait vue de loin, et non la Dent de Retz comme le cardinal qui n’a rien d’ardéchois qui s’élève à 718 mètres. De plus, ma boussole c’est le géant de Provence, le Mont Ventoux qui domine à 1910 mètres, alors il m’en faut plus pour m’impressionner…
Minorque c’est un peu le désert en ce début de printemps. Les gens vous regardent de travers lorsque vous sillonnez les petites routes bordées de magnifiques murs de pierres. Je comprends les indigènes, je fais la tronche lorsque je croise un camping-car belge qui roule à 40 kms à l’heure ou un parigot qui s’extasie devant les champs de lavande…
Aux abords du maquis dense, émergent quelques monuments étranges, sorte de stupas aux allures orientales. Au premier regard, je pense à des tombes, des tumuli. Ces tours de pierres, nommées talayots ou navetas sont des constructions mégalithiques, des sanctuaires où se pratiquaient rituels de fertilité ou sacrifices d’animaux ; ils servaient également de nécropole.
Les pentes de Son Bou abritent des villas toutes semblables, équipées de tout le confort, ceinturées de clôtures verdoyantes d’ibiscus et s’ouvrant sur les fameux portillons en olivier sauvage : les seuls éléments du cru… De quoi oublier toute la misère du monde, rester sagement dans sa zone de confort loin des contingences avant de reprendre le train du quotidien …
À Mahon la capitale, la foule se presse dans le quartier historique, même si la plupart des monuments sont encore fermés.
J’habite en Ardèche du sud. Minorque est plus sauvage et bien sûr il y a la mer. Mais c’est bien la première fois que je reviens de voyage avec la frustration au ventre, aussi dépourvue de souvenirs et d’informations.
Alors si quelqu’un lit mon texte et peut éclairer ma chandelle, j’en serai ravie.
