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Publié depuis Overblog

2 Mars 2013 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

UN MORTEL HIVER DE JACQUES ROUIL

Sur la côte normande, près de Cherbourg, Gérard Trottebec rentre chez lui après une tentative de suicide et des moments d’errance à travers le pays. Pour se sauver, il marche, encore, encore.

—Il fallait que je fatigue et que je noie mes mauvaises pensées, que je les use sous mes semelles, dit-il à sa mère Marie. Quand tu marches jusqu’à l’épuisement, tu ne penses à rien d’autre qu’à marcher. Tu mets un pied devant l’autre. C’est tout.

Seulement, par hasard, Gérard découvre un cadavre dans une maison abandonnée.

Il retrouve enfin Marie et Doudou, ses parents, et ses amis d’enfance : Tienne et Milou. Ces derniers craignent qu’un fossé infranchissable se soit creusé entre eux et « l’agrégé ». Ils lui imaginent une vie de luxe parmi les intellectuels parisiens, que l’on dit remplis de morgue et de suffisance. En effet, Gérard est historien professionnel et auteur à succès. Financièrement tout va bien. Mais, le coffre fort ne fait pas tout. Autrefois, tous les trois, « ils mangeaient les petites prunelles violettes. Marie disait que ça ferait pisser un chat par la patte, tellement elles étaient acides ».

Dans ce coin de Normandie, comme partout ailleurs, les paysans sont devenus rares. On ne reconnaît plus les gens sur le bord de la route, la moitié du conseil municipal est composé d’étrangers. Des types de l’usine atomique ou d’EDF. Ils ne se sont pas contentés de régner sur l’économie locale, ils ont fait main basse sur la politique, explique Tienne. Certains se baladent la nuit : sans doute des courageux qui s’en vont sur la plage épier les ombres, des écolos fanas comme le monde urbain a su en fabriquer.

Gérard est amoureux de Bénédicte, la frangine de Pierrot : c’est un sac d’épines, une pute. Maintenant, elle est attachée au cabinet de Gilbert Grossourd, le ministre de l’intérieur. « La branleuse d’autrefois. Celle qui nous traitait comme des colombins et qu’a failli faire crever Gégé » : Tienne et Milou lui vouent une haine tenace.

Certaines scènes de la vie quotidienne sont peintes sans fioriture : « Doudou est pris d’un fou rire silencieux. Marie comprend qu’il a une poussée de libido. De vieilles braises presque éteintes qui se réveillent sous la cendre ». À savoir que Doudou est sexagénaire…

À la lecture de Jacques Rouil, la lectrice apprend que « l’ennui est compère du cafard » ou « qu’en vieillissant, Doudou s’intéresse à nouveau à Dieu et à son fameux fiston, le dénommé Jésus-Christ ».

Milou, le sauvage, l’indompté, moi je l’aime bien : « donc, parce qu’il est seul et privé d’affection, Milou n’aime pas les fêtes. Surtout celles de fin d’année. On devine que la vraie vie de Milou est ici, parmi les casiers et les lignes, loin du monde, sur le dos de la mer. Il est aussi ébouriffé qu’un geai qui s’est tapé une ventrée de merises, mais surtout il est blême comme s’il venait de rencontrer le grinçant seigneur de la nuit avec sa grande faux. Milou ne veut pas non plus du renfort de Tienne à cause de sa femme et de ses filles. Il ne peut pas les mêler à ça. Donc il est seul, seul comme la nuit, comme la lune, seul comme un grain de sable dans l’univers. ».

La mère d’Alain, quant à elle « a compris que le vélo c’est la santé, alors elle pose son gros derrière sur sa bécane pour un oui et pour un non, fonce en direction de la Hague ou du Val de Saire, si bien que le dit popotin reste ferme à souhait pour le plaisir d’Émile, dont l’arc bande encore bougrement bien, même s’il a de plus en plus de peine à lancer ses flèches ».

« Comme tous les timides, Alain se contente de rêver et, au mieux, de longer les quais en regardant la ligne d’horizon et la ligne des pêcheurs du dimanche ». C’est lui le dindon de la farce, le condamné à mort, la sacrifié.

Il y a ces types des Balkans, ces Kurdes d’Irak, ces Albanais. qui rôdent la nuit. « Je jurerais qu’ils appartiennent à une de ces mafias de passeurs. Des marchands de bétail. Dangereux comme des serpents. Ils tuent tout ce qui dérange leur plan » dit Milou.

Fatima est comme un oiseau migrateur qui aurait perdu son chemin.

Lorsque la police se met enfin en chasse : Pour tout dire, les reporters des médias nationaux ont un peu de retard à l’allumage, un peu comme lors de la terrible tempête de 1987 qui, n’ayant pas touché Paris, n’avait donc pas existé. Ils ne lisent pas leurs confrères de province, avec lesquels ils refuseraient le moindre degré de cousinage, même sous la torture.

Parallèlement, le double meurtre d’un Mortel Hiver achève tranquillement de guérir Gérard.

Ses amis se chargent de faire fuir l’importune, afin que rien ne vienne troubler la paix retrouvée du héros.

Quand le roman s’achève, « Dans ce pays où le vent n’en fait qu’à sa tête, où on peut encore trouver quelques indiens, spécimens du vieux terroir, que la télévision et la société de consommation n’ont pas encore vraiment mis au format contemporain, la matinée a l’air d’hésiter entre le manteau du général hiver et les premières charges du printemps »

Jacques Rouil me donne envie de découvrir les terroirs du nord. Pour le moment je vais à l’étranger. Mais quand je serai vieille, j’irai visiter la France, comme disait une de mes voisines, du hameau des Hellys, alors qu’elle avait 80 ans passés…

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