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Fatou Diome, "Celles qui attendent"

10 Mars 2013 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Fatou Diome, Celles qui attendent ( Éditions Flammarion)

Là-bas dans le Siné Saloum, au sud de Dakar, Arame et Bougna coupent du bois de palétuvier, meilleur pour la qualité de la cuisine. Aucune des deux ne souhaite « être la fausse note de la symphonie sociale » Alors elles oublient leur triste vie, « chantent et dansent alors qu’elles ont envie de pleurer. »

Arame : « la survie des autres, c’est son sacerdoce ». Son fils aîné est mort en mer en lui laissant une nombreuse progéniture et deux veuves qui se sont envolées en lui laissant leurs enfants, le second végète tristement.

Depuis des années, les deux femmes s’endorment dans les bras de la solitude… En effet, Bougna est une troisième épouse frustrée et colérique ; Arame s’est vu imposer par sa famille, à coups de gifles et de pressions, un homme grognon, de l’âge de son père, qu’elle subit depuis plusieurs décennies. L’odieux personnage se nomme Koromâk. Arame n’est pas faible, en se laissant ainsi écraser par la volonté des autres ; « elle s’était pliée comme une liane, parce qu’elle ne savait pas comment tiennent les bâtisses sans piliers. » « Les manques et les douleurs forent sans arrêt leur galerie en elle »

« C’est ainsi en pays niominka : depuis la nuit des temps, les hommes, poussés par les courants marins, s’en vont tandis que les femmes attendent. »

Les Niominka sont un groupe ethnique du Sénégal (un sous-groupe des Sérènes) établi dans les îles du Saloum.

Certaines expressions de l’auteur sont irrésistibles. Ainsi :

Il y aura toujours des moucherons pour voyager sur le dos du lion !

Le cabri passe où passe la chèvre !

Ne choisis pas ton épouse un jour de fête, dit l’adage, tu pourrais ne pas la reconnaître après !

Les scènes de ménage sont des guerres sans vainqueur, elles laissent toujours derrière elles des cœurs également meurtris et pareillement assoiffés d’amour.

Arame et Bougna prennent leur destin en main et suggèrent à leurs fils de partir pour l’Europe. Avant cela, elles les marient : Coumba avec Issa et la belle Daba avec Lamine.

Coumba croit que le mariage c’est une histoire d’amour mais elle se rend compte qu’elle n’a pas seulement épousé Issa, mais un clan entier, avec tout un système de convenances où ses désirs à elle passent à la trappe. Issa parti pour l’Europe, « elle finit par s’inventer une manière de faire face à l’absence ». Plus tard, Issa revient au pays avec une dame à peau de porcelaine, des yeux bleus et trois petits métis… « Issa est toujours aussi beau avec son corps sec, ciselé au scalpel qui inspire des veillées d’ivresse. En revanche la dame, avec sa taille jaqueline et ses gambettes adipeuses, a le sexe-appeal d’une lotte ! »

Coumba a craqué pour un beau soupirant qui lui a laissé une fille, Issa s’est prostitué pour survivre. Les voici égaux et réconciliés.

La belle Daba apprend que Lamine est le fils d’Arame ! En effet, Koromâk était stérile.

Arame s’apprête à épouser l’élu de son cœur lorsque le livre s’achève mettant ainsi une note d’optimisme à ce roman destiné aux gens du voyage.

Je livre aussi quelques phrases de l’auteur :

"- Derrière les grilles de Ceuta et Melilla bat un cœur que l’Europe économique voudrait anesthésier. Mais répondant aux consignes humanistes, les militants de diverses associations accourent, soignent, nourrissent, encadrent et consolent les enfants de la misère qui viennent se briser les ailes contre la vitrine européenne, comme des oiseaux happés dans les lames d’une girouette. Les lois contre l’immigration changent en permanence, tels des pièges sans cesse repositionnés afin de ne laisser aucune chance au gibier. "

"- L’Occident n’a pas intérêt à ce que l’Afrique se développe, car il perdrait alors son vivier de main-d’œuvre facile. L’Europe a besoin d’une Afrique vassalisée. "

"- Les dirigeants des pays africains n’ont toujours pas évalué à sa juste mesure, le frein que constitue l’analphabétisme dans la marche au développement. "

Tout ceci, je vais le vérifier au Siné Saloum où je pars demain.

Je rapporte des photos et des souvenirs.

A bientôt.

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 Arrivée en pirogue de Sokone, j'ai essayé d'aborder sur l'île de Niodor, l'île de l'écrivain Fatou Diome. Harcelée par des jeunes voyous agressifs et frimeurs, réclamant des CFA, mes compagnons et moi avons renoncé à mettre pied à terre.  Je vous conseille d'éviter l'île de Niodor. Les îles du Siné Saloum sont pourtant en majorité paradisiaques.  Je vous conseille aussi d'éviter la ville de M'Bour située sur la Petite Côte : un endroit désagréable, des hommes agressifs à qui on ne peut pas faire confiance, des bousculades et des négociations à n'en plus finir pour la moindre chose.

Arrivée en pirogue de Sokone, j'ai essayé d'aborder sur l'île de Niodor, l'île de l'écrivain Fatou Diome. Harcelée par des jeunes voyous agressifs et frimeurs, réclamant des CFA, mes compagnons et moi avons renoncé à mettre pied à terre. Je vous conseille d'éviter l'île de Niodor. Les îles du Siné Saloum sont pourtant en majorité paradisiaques. Je vous conseille aussi d'éviter la ville de M'Bour située sur la Petite Côte : un endroit désagréable, des hommes agressifs à qui on ne peut pas faire confiance, des bousculades et des négociations à n'en plus finir pour la moindre chose.

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