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Le Poil et la Plume d’Anny Duperey

2 Mai 2013 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Le Poil et la Plume d’Anny Duperey

Dans sa Creuse sauvage et secrète, Anny Duperey a une ferme.

Là elle est l’Anny, selon un usage resté très vivace ici comme dans bien d’autres contrées rurales et qui consiste à ajouter un article au prénom. À Saint-Remèze, c’est pareil. Je suis la Nicole et mon mari le Jean-Marc. J’ai eu beaucoup de mal à me faire à ces habitudes.

L’auteur, par ailleurs comédienne et romancière, s’exprime ainsi : Ne trouvez-vous pas extraordinaire que nous en sachions beaucoup plus sur les éléphants, les singes et les tortues marines, que sur la poule ou le coq, vivant près de nous et nous nourrissant depuis des millénaires ?

Anny élève des poules, des paons et des canards et se livre pour nous à un cours magistral sur la reproduction de nos amies les poules : le coq n’ayant pas de pénis mais des testicules intérieurs se contente d’arroser le cloaque de la poule grâce à une petite valve. La poule, elle, a une grappe d’ovules qui en murissant se transforment en œufs. Mais les pondeuses ne sont pas des couveuses. Les pondeuses sont bien plus productives que les couveuses, alors, bien entendu, l’homme en a profité. Par croisements successifs, il a abouti à nos poules modernes incapables de se reproduire.

Les pratiques d’incubation artificielle existaient déjà en Chine trois milles ans avant Jésus-Christ ! En Égypte, les manals, monuments en torchis chauffés à la fiente de chameau séchée pouvaient contenir jusqu’à quatre-vingt-dix mille œufs de poules : de véritables usines à poussins ! Chez nous il a fallu attendre l’électricité pour remplacer la couveuse. Dès lors nos pauvres poules, à cause des humains, ont perdu leur intégrité animale pour devenir de simples machines à pondre. Seules les poules de races anciennes savent encore couver !

On apprend des tas de choses dans ce livre : que les œufs roux ne sont pas de meilleure qualité que les œufs blancs, que la coquille dépend uniquement de la race de la poule, que les pigeons doivent se baigner, c’est indispensable à l’entretien de leurs plumes. Là, j’ai une pensée émue pour mon ami Raymond Vaisseaux qui me disait toujours : Mes pigeons se sont baignés, le temps va changer… On apprend aussi que les couveuses retournent leurs œufs plusieurs fois par jour pour que l’embryon se développe bien au centre. Et aussi que dans les temps anciens, on a souvent mis les œufs à couver contre le corps des malades longuement alités. Ce serait encore pratique courante en Chine.

Une des poules de notre romancière avait la fâcheuse tendance de manger les œufs de ses compagnes ce qui lui valut d’être transformée en rôti, une autre, avec un neurone de trop, anticipait les gestes de la gardienne et mangeait tous les vers de terre qui se trouvaient sous l’abreuvoir !

Un chapitre intitulé l’œuf, ô merveille, vaut le détour. De cet objet clos, à la forme parfaite peut sortir, s’il est fécondé et avec la seule aide d’un peu de chaleur, un être vivant complet. Il est rempli de vie, il est la vie à lui tout seul.

Or depuis que les poules sont des machines à pondre, l’œuf est devenu moins précieux qu’une tranche de viande. D’ailleurs, le : Va te faire cuire un œuf ! qui exprime le rejet est un bel exemple du mépris dans lequel on tient l’œuf.

Non, les poules ne sont pas des animaux imbéciles ou incapables d’éprouver quoi que ce soit. Elles distinguent une personne d’une autre.

Il faut dire qu’à l’âge de huit ans, Anny Duperey perd ses parents emportés par le monoxyde de carbone. Dès lors, elle part en quête de ses racines. C’est ainsi que barricadant ses couveuses pour que les autres ne les embêtent pas, l’image de sa grand-mère surgit soudain : cette grand-mère qui avait au pied de son lit des cageots contenant les couveuses.

Si les chats l’ont aidée à apprivoiser le traumatisme de la mort de ses parents, les poules l’emmènent plus loin : vers une réconciliation avec cette enfance coupée en deux.

Et l’auteur de souligner : on regarde d’un œil attendri et indulgent ceux qui s’adressent à leur chien mais on a tendance à craindre pour la santé mentale de ceux qui parlent à leur poule.

J’ai adoré l’histoire du canard qui ignore son identité et se prend pour un poussin. Car, le saviez-vous, c’est au contact de l’eau que se développent les glandes qui permettent aux plumes de s’imperméabiliser. Sinon, le canard se noie !

Nous mangeons une chair empoisonnée de souffrance, avec des poules qui pondent tout le temps et ne couvent plus, des poulets qui deviennent obèses en quelques semaines au point que leurs pattes ne peuvent plus les porter et se cassent sous leur poids…

Enfin, si vous êtes anglais, si vous possédez un poulailler et si vous voulez partir en vacances, vous pouvez mettre vos poules en pension au The Chicken Hôtel !

Ce livre est une thérapie par la poule. Lisez le, vous ne mangerez plus jamais un œuf de la même manière.

Une thérapie par la poule. Photo Nicole Faucon-Pellet

Une thérapie par la poule. Photo Nicole Faucon-Pellet

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