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Bon rétablissement de Marie-Sabine Roger

5 Mai 2013 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Bon rétablissement de Marie-Sabine Roger

Bon rétablissement de Marie-Sabine Roger

Jean-Pierre dit Pierrot, c’est le « bassin de la chambre 28 ». Il n’ose imaginer l’humiliation s’il était hospitalisé pour une orchite ou des hémorroïdes. À l’hosto, on n’a pas une fracture ou une maladie, on est cette fracture ou cette maladie, on est un simple numéro, un matricule.

Il a oublié ce qui l’a précipité dans cet univers, dans cette chambre d’hôpital dépourvue de toute intimité, ou la porte est toujours ouverte.

C’est Camille qui lui a sauvé la vie lorsqu’il est tombé à l’eau, heurté par un chauffard. Camille c’est un bel homosexuel obligé de se prostituer pour subvenir à ses besoins. « Sa vie n’est qu’une tartine de fiel sur un quignon de pain moisi ».

Il y a aussi Maëva quatorze ans et son pisseux Justin qui vient de naître. Pour elle, « les sexagénaires sont tous des cramés du bulbe ». Elle aime emprunter l’ordinateur de Pierrot pour aller sur Facebook.

Pierrot s’est ouvert un compte sur Facebook pour voir ce qu’il en est, voici ce qu’il en pense : il faut être encore jeune ou crever de solitude ou d’ennui pour accepter autant d’amis dont la plupart viennent d’on ne sait où, dont on s’était passé avant d’ouvrir son compte et en compagnie desquels on ne tiendrait même pas dix minutes avant d’être lassés en temps normal.

Il y a aussi Maxime le flic qui aime la littérature et les films en VO.

Ce petit monde qui gravite autour de Pierrot va tisser des liens admirablement mis en mots par l’auteur, qui sous couvert de cynisme cache une grande tendresse.

Pierrot se remémore son pépé jean, pense à Annie son épouse décédée. Ils n’ont pas eu d’enfant et c’est un déchirement, “c’est une pollution nucléaire : rien ne se voit, tout se détruit”.

Son frangin lui rend visite par politesse, pourtant, « le dialogue est depuis longtemps en soins palliatifs » note Marie-Sabine Roger. Cette dernière ne mâche pas ses mots et décrit ainsi le couple : C’est un vieux couple de vieilles bêtes, chacun penche de son côté. Il souffre de colites parce qu’elle le fait chier. Elle a des céphalées parce qu’il lui prend la tête. En plus, elle devient sourde, ce qui va la priver du sel de son existence : son feuilleton du matin. Mais en contrepartie, elle ne l’entendra plus tousser ni se plaindre.

La description du neveu est très réussi : ce garçon est un échantillon vivant de son travail : bien coiffé, bien sapé, pragmatique, efficace, remarquablement creux. Il vit dans un monde parallèle dans lequel il est persuadé que ce qu’il fait est important. On a la réplique exacte de cette créature dans notre famille !

L’infirmière qui « a ce petit pli amer au coin des lèvres que la vie vous bricole à coups d’escroqueries » et dit toujours : Il va bien ce monsieur aujourd’hui ou Il va bientôt sortir ce monsieur, alors que le monsieur est là bien présent !

À l’hosto, les spécialistes sont myopes comme des chaufferettes, ils voient leurs maladies de trop près et ne les considèrent que par rapport à l’endroit qu’on leur met sous le nez. Triste vie pour les proctologues…

J’aime la citation de Maurice Chevalier : c’est très mauvais signe quand on oublie de reboutonner sa braguette après avoir pissé, mais c’est pire quand on oublie de la déboutonner avant…

Et aussi le passage du chirurgien et de sa bande d’internes qui ont une vue plongeante sur la robinetterie à l’ancienne de Pierrot.

Avant de rentrer à la maison, Pierrot retrouve la mémoire : c’est à cause de La Guenille, un vieux greffier qu’il a eu cet accident.

Enfin bref, « fréquenter tous les jours les fêlés de la cafetière, ça finit, à la longue, par ébrécher l’émail », et si Pierrot verse sa larmette, « c’est de l’incontinence de mémoire, de l’énurésie de sentiments », alors il plonge dans les bras de Morphine et déclare : On naît Roseau, on devient chêne, et on finit bois de balsa.

J’adore le style de Marie-Sabine Roger.

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