Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
nicole-faucon-pellet.overblog.com

La Vie en Spirale de Abasse Ndione, un hymne au cannabis.

13 Mars 2014 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

La Vie en Spirale de Abasse Ndione

Un hymne au cannabis.

Chaque fois que je reviens de bourlinguer, j’écris un carnet : le déroulement du périple, les photos de mon mari, les miennes. Cette année, nous revenons du Sénégal Oriental et de quelques jours dans le Siné Saloun.

La rédaction de ce carnet de voyage me mobilise des mois : exploiter mes notes, lire les auteurs du pays pour mieux comprendre la psychologie des habitants du lieu, en particulier les extraordinaires Bassaris et Bédiks, deux minorités animistes en frontière de la Guinée Conakry, chercher des informations sur le pays niomenka et ses pêcheurs sérères aux belles pirogues, sur la Reine de Sipo, revisiter l’histoire de Toubacouta et celle de Tambacounda, comprendre le mode de vie des élands de Derby et des rolliers d’Abyssinie qu’on nomme oiseaux suicidaires …

Je voyage doublement : une fois dans le pays, une fois en écriture !

Bref, me voici avec Abasse Ndione et sa Vie en Spirale mettant en scène un fumeur de yamba ou cannabis poursuivi par les Gaïndés (les douaniers). De temps à autre un sipikat (trafiquant de cannabis) se fait gifler (arrêter) pour avoir développé (fumé du cannabis). Les développeurs croient fermement que cet herbe est le tabac des génies, que bienheureux sont les humains qui en usent, comme le raconte la légende :

« À une époque qui se perd dans la nuit des temps, où l’homme et la bête se parlaient, un chasseur trouva un jour un lion blessé à la patte sous un tamarinier. Il ne le tua pas, mais le soigna, chassa et lui apporta à manger. Les jours passèrent et le lion guérit.

— Homme, tu m’as sauvé la vie, dit-il.

— En signe de reconnaissance, je vais t’indiquer l’herbe qui sert de tabac aux génies. Si tu es intelligent, elle te rendra plus intelligent encore ; si tu es courageux, elle te rendra plus courageux encore ; si tu es fort, elle te rendra plus fort encore ; si tu baises bien, tu baiseras mieux encore… »

Le héros principal, Amuyaakar Ndooy habite à Sambey Karang, un village de pêcheur non loin de Dakar, sans doute un lieu imaginaire. Il fait vivre trois personnes : son fils de cinq ans Gorando dit Go-Go, sa grand-mère paternelle Maam Yabey et sa sœur cadette Ndey Baxao. Son salaire de chauffeur de taxi est un peu insuffisant, de plus il y a pénurie de cannabis. Il faut se rabattre sur l’alcool, les pions (comprimés psychotropes) ou le xompaay (datura stramoine) : un vrai poison, une plante vénéneuse qui pousse sur les terrains vagues, boudé par les ruminants, les chèvres et les papillons !

Amuyaakar se met donc au trafic de cannabis avec ce que tout cela implique : ses nerfs crèvent sa peau, l’appétit lui manque, la hantise d’être giflé à tout moment le suit partout. Mais, qui veut du miel doit affronter les piqûres d’abeilles stoïquement !

Il fume en permanence des gros pétards, se trouve en état perpétuel de precsion, se ravitaille en Gambie auprès de Jombiku qui cultive, en pleine forêt, dans le plus grand secret, une vaste parcelle. Le marabout Fa Kébuté le protège avec un grigri. En rapport avec un gaïn (copain) de Cu connu à Boston (prison centrale de Dakar), Amuyaakar fait des affaires juteuses avec Rön, opérateur au cinéma Palladium de la capitale : rendez-vous incontournable des fumeurs de cannabis. Là il y a du maas-mass : herbe de mauvaise qualité, récoltée avant maturité de la plante, alors que Amuyaaakar fournit du kafontin de Casamance une herbe excellente.

Il travaille aussi avec Aja Baïré, une belle jongama : femme de forte corpulence, d’âge mûr, très présentable qui met à sa disposition Titi, une belle et très jeune prostituée, mais Amuyaakar n’aime pas les mangues vertes … Il préfère la belle Aja parfumée, moite, experte et remuante comme un grain de haricot dans une marmite d’eau bouillante …

Son affaire prospère. Il tombe amoureux de Désirée Jani Ndaw : sa démarche de majorette du lycée Kennedy, sa manière sublime de balancer sa croupe comme si elle était montée sur un roulement à billes, le subjugue. Un jaljadi, une chaîne en or massif, presque grosse comme celle d’une bicyclette, s’enfonce dans la chair élastique de ses hanches. Les poils de son pubis épilés, la font paraître impubère. Pourtant, de mère sérère, elle a été mutilée durant la période des excisions.

Au retour d’un gros coup, sa voiture est percutée par un semi-remorque. Ses amis de toujours, Laay Gooté, Badara qui bégaye et Yaba Xanca périssent, tandis que Bukari le gaucher, franc parleur qui possède un bagou étonnant perd la mémoire. La valise contenant le pactole disparaît.

Emprisonné, Amuyaakar, croit fumer du lopito, de l’herbe cultivée au Nigéria, alors qu’il s’agit du vulgaire naakoy produit localement et de qualité inférieure. Grâce à l’intermédiaire du grand marabout Tafsir Ben Mandiku, lui même développeur, il est rapidement libéré de cet enfer,

Amuyaakar continue à chercher sa valise. Bukari, se réveillant de son amnésie se souvient de Kabiru, lorsque soudain il se suicide ou plutôt il est suicidé. Dès lors, notre héros tient sa vengeance : coincé sur un tas de coque d’arachides, un excellent combustible qui brûle lentement, entièrement, et ne laisse que peu de cendre, il tue par surprise son ennemi dont les complices tombent. Karibu finira en cendre grâce à la complicité de Jumayel, une prostituée. En échange de quoi, Amuyaakar l’épouse. Ce ne sera que sa troisième épouse ! : la première étant la femme de Yaba Xanca son ami décédé : Mariétu, avec qui il est marié d’office, la deuxième la fameuse Désirée.

Impuni, Amuyaakar continue à mener sa vie.

Un roman d’aventure, drôle, qui m’a appris beaucoup sur la mentalité et la psychologie des Sénégalais ; un hymne au cannabis cette herbe magique ; un livre toujours d’actualité bien qu’il soit sorti en 1984 ! Le style imagé propre aux africains m’a séduit.

Je vous le recommande.

Publicité
 En signe de reconnaissance, je vais t’indiquer l’herbe qui sert de tabac aux génies

En signe de reconnaissance, je vais t’indiquer l’herbe qui sert de tabac aux génies

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
H
I recently came across your blog and have been reading along. I thought I would leave my first comment. I don't know what to say except that I have enjoyed reading. Nice blog. I will keep visiting this blog very often.
Répondre