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Sénégal / Fatou Diome : Impossible de grandir

20 Décembre 2013 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu, #coup de coeur

Fatou Diome : Impossible de grandir

Née dans un bras de mer, au milieu des pélicans, des cormorans, au sud de Dakar, dans le Siné Saloum, Fatou Diome écrit depuis toujours ; déjà sous les cocotiers de Niodor, elle écrivait ; depuis, jamais rien ne l’en détourne.

Impossible de grandir, son dernier livre, est un dialogue entre la Petite qu’elle a été et l’adulte qu’est devenue Salie ; c’est un long déshabillage, quasiment un strip-tease auquel se livre l’insulaire de l’île de Niodor.

Son ami Alex lui présente Marie-Odile

— Tu verras c’est quelqu’un de bien… lui dit-il.

Mais, si les amis de nos amis sont nos amis, on regrette parfois que les nouvelles relations n’aient pas la délicatesse des anciennes.

Or, Marie-Odile, docteur ès marouflage, ne supporte pas qu’on lui résiste et Salie ne supporte pas la bride.

Combien de temps va durer ce mauvais attelage ?

D’autant que Marie-Odile invite Salie à diner chez elle. Et qu’à cette réception participera Sylviane, herboriste avertie, adoratrice de Gaïa, férue de médecine alternative aliénante…

Dès lors commence la panique. Ce repas sera l’occasion pour Marie-Odile, d’essayer encore d’abattre la petite cloison de pudeur pour accéder à l’intimité de Salie.

À chaque fois c’est pareil, dès qu’elle accepte d’aller chez les autres, lorsqu’elle revient à son appartement, la nausée, habilement refrénée tout au long de la soirée, rompt enfin ses digues.

À l’extrême limite de sa résistance, Salie accepte pourtant l’invitation.

Dès lors, commence les réminiscences. Saliou, son grand-père pêcheur Niomenka lui apprend des chansons en sérère et en mandingue. En sa compagnie, elle se fait complice de la légendaire patience des pêcheurs de thiofs, barracudas, carpes rouges, carangues ou coryphènes, elle apprend la méditation active. Fatou, sa grand mère est nommée Amninata Boussoura, du nom de la concession qu’elle a crée avec son époux. Salie va grandir en compagnie de ses deux êtres exceptionnels.

Titare, la méchante tante, vient sur l’île remplir ses sacs pour les emporter dans son kolkhoze bétonné, pompeusement appelé logement de fonction. Titare invite ses nièces campagnardes qui ne sont pas des vacancières, mais les remplaçantes non rémunérées des vraies bonnes, de petites esclaves taillables et corvéables à merci. Son altesse sérénissime de l’esbrouffe, Dame Titare, mixe dans sa bouche de morue, un résiduel de français, goût bouillabaisse frelatée, dilué dans un fricassé sérère complexé. Pourtant, en mordant la poussière Titare devait bien se rendre compte qu’une chèvre n’est pas une gazelle !

Salie est une fille du péché, la fille illégitime de Nkoto.

Il y a pire que d’être sans famille, c’est d’en avoir une qui vous torture. Le monde s’écroule quand vous découvrez que celui qui aurait du être votre protecteur est votre bourreau. Où fuir les loups quand les hyènes vous attendent à demeure ?

La famille c’est un sujet aussi tyrannique que l’avortement ou la peine de mort, quelle que soit votre discrétion, il se trouve toujours un cambrioleur de l’esprit pour vous sommer d’imposer un avis là-dessus. On voudra toujours savoir si le père de tel ingénieur a inventé le moteur de l’esprit, ou si le père d’Hitler fourrait ses voisins dans sa cheminée…

Salie s’interroge, se rend malade, et l’heure du diner approche, inexorablement.

Dire qu’il y a encore des candides pour citer en exemple la solidarité familiale africaine ! En plus des antipaludéens, il faudrait vraiment faire avaler de la jugeote à certains touristes pour les guérir de leur aveuglement exotique. Alors que les pays du Nord déclenchent des guerres au Sud pour réorganiser la géopolitique mondiale à leur fantaisie, écouler leurs stocks d’armes, répandre ruines et désastres, avant de signer de mirobolants contrats de reconstruction de pays qu’ils retournent démolir, dès que leurs cyniques intérêts politico-économiques le nécessitent.

Son Tonton tyran se dit musulman, traîne des chapelets comme l’aveugle sa canne, et va à La Mecque, comme on s’achète des médailles, lui laisse des souvenirs épouvantables.

Les séjours de Salie sur la dune de Mbélala, dans sa petite maison sur l’île de Niodor, construite par le grand-père Saliou sont encore gâchés par la tyrannie familiale.

Grandir, devenir adulte, dit la Petite, c’est ne plus courir à la recherche d’un bosquet où se tapir. Devenir adulte, c’est, au lieu de s’enfuir en permanence, oser se retourner, et enfin, faire face aux loups.

L’Oncle de France lui promet Le Petit Prince et oublie sa promesse. Par cet acte, on venait de l’éjecter de la ouate de l’innocence, car, désormais, elle n’écouterait plus les paroles des adultes comme auparavant. Faillir à une promesse faite à un enfant, c’est voiler à jamais une part de son ciel bleu, c’est inscrire en lui la peur de la trahison.

Au fil des pages se succèdent les souvenirs, les souffrances, les luttes pour garder la tête hors de l’eau.

Le soir du diner, Salie victime d’un malaise se retrouve à l’hôpital. Le lendemain, elle prend une décision : faire définitivement la paix avec la Petite et ne plus jamais se faufiler dans un moule de circonstance conçu par d’autres.

Et cette imbécile de Marie-Odile, qu’est ce qu’elle est devenue ? L’histoire ne le dit pas.

Impossible de grandir est une émouvante confession dans laquelle chacune chacun de nous revivra ces vieilles blessures qui ont fait de nous des femmes ou des hommes. 400 pages d’une recherche de soi sans fioriture ni maquillage.

Née dans un bras de mer, au milieu des pélicans, des cormorans, au sud de Dakar, dans le Siné Saloum, Fatou Diome écrit depuis toujours
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