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Maria Ernestam : les oreilles de Buster

18 Janvier 2013 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Les OREILLES DE BUSTER de Maria ERNESTAM, décoiffant !

Le jour de son cinquante sixième anniversaire, Eva reçoit de sa petite fille Anna-Clara, la plus jeune et la plus caractérielle de la famille, un carnet vierge orné d’une rose. Ce carnet va devenir le dépositaire de la vie d’Eva, un journal qui déroule les ficelles d’une existence difficile.

Sa mère, une créature monstrueuse, s’est employé sa vie durant à ridiculiser, humilier, diminuer sa fille unique. Lorsqu’Eva est tripoté par un ami de ses parents, sa mère refuse de la croire et Maria Ernestam déclare : A cet instant, je sus que je ne pourrais jamais plus poser sur elle le regard d’une fille sur sa mère. Elle ne pouvait pas être sa mère. C’était impossible. Cette femme, je devais à tout prix la tuer, je devais mettre à exécution la décision que j’avais jadis prise. Faute de quoi, je ne survivrais pas.

« J’ai dix sept ans » écrit l’auteur, « on m’a recrachée sur le rivage de l’existence, j’ai tué un chien, j’ai fait renvoyer un professeur, j’ai coincé le pénis d’un homme dans une souricière et je fomente le meurtre de ma mère ! »

400 pages d’un récit haletant relatant les souffrances d’une femme, les blessures de l’enfance non fermées, les silences, la course à la vengeance et l’amour incommensurable pour les rosiers et la mer.

« D’après mes lectures, les Indiens possédaient de petites poupées en tissu rangées dans des sachets. Le soir, ils les en sortaient pour leur raconter leurs chagrins et tourments. Le lendemain matin, en principe, leurs soucis s’étaient évanouis, car le sommeil leur avait montré le moyen de résoudre leurs difficultés. Inspirée de cette histoire, j’avais tranché les oreilles de Buster au sécateur avant de faire disparaître son corps à tout jamais dans le sac en jute ». Ces oreilles de Buster qui donnent au livre son titre, suivront partout Eva au cours de sa vie. Elles lui serviront de confident. Buster pour vous dévoiler un tout petit peu de l’histoire c’est un chien féroce.

Cette mère castratrice et dominatrice ira jusqu’à ruiner le grand amour de sa fille qui le lui rendra bien. Quand à Sven, on apprend à la page 375 qui il est.

Quelques personnages valent le détour, Irène, la vieille caractérielle, égoïste et acariâtre qui déclare à l’auteur : "Pourquoi j’irais en maison de repos, il n’y a que des vieux dans ces endroits-là !" m’a-t-elle dit un jour avec une sincérité qui tenait du déni profond. La grosse Gudrun ou encore Pétra qui parle sans arrêt et son mari Hans qui est muet.

Le livre est parsemé de phrase qui parlent du respect : « J’évite d’appeler ma fille ou mes amis pour leur imposer un quelconque « devoir de fréquentation », sauf quand cela s’avère absolument incontournable. Je trouverais parfaitement atroce qu’on passe du temps avec moi par obligation, alors qu’on a mieux à faire ». Il faut dire qu’après avoir été meurtrie de telle façon, on refuse de malmener ses proches.

Maria Ernestam est suédoise. Chanteuse, danseuse, mannequin, comédienne, journaliste et auteur, elle a plus d’une corde à son arc.

Je vous la recommande.

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