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"LE MAÎTRE DU DIAMANT NOIR" de Jean Siccardi, du grand art

21 Décembre 2012 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

"LE MAÎTRE DU DIAMANT NOIR" de Jean Siccardi, du grand art.

Oui bien sûr, tous les ingrédients sont là pour embarquer le lecteur dans l’aventure : la belle Anna prisonnière d’un père tyrannique, Adrienne la courageuse avec son franc parler et ses deux fils : Casimir le héros central et Janet le baïle qui abandonne son troupeau pour seconder son frère dans l’entreprise de truffes.

Il y a aussi Albert le maître rabassier, observateur attentif, qui éduque son élève Casimir et Émilie son épouse. Rose, la servante au grand cœur, malmenée par la vie, qui a sacrifié sa vie au domaine, sauvé Anna pour finir sa vie douloureusement mais la tête haute. Edmond le vaniteux uniquement préoccupé par sa carrière et le qu’en dira-on et son épouse Violette : une femme frustrée et malheureuse qui finira par quitter son crétin de mari. Je crois bien que ce dernier est le mieux décrit par l’auteur, en particulier une scène à table ou l’homme mange à s’en faire « péter l’embouligue » où « ses moustaches d’un roux délavé servirent aussi de garde-manger » ou « la bouchée n’était pas encore avalée qui déjà une autre se préparait », ou « une bouillie innommable allait et venait sur sa langue. Entre deux verres de vin, il marquait une pause, haletant de plaisir »

Le style de Siccardi est d’une telle richesse que j’ai lu certaines phrases plusieurs fois, son vocabulaire est aussi très recherché.

Des souvenirs d’enfance me sont revenus en mémoire. Mon cœur de bergère a vibré au contact du « menoun et de la flouca, qui menaient un train d’enfer ». Le premier c’est un bouc donnant le signal de la marche en traçant la voie dans les zones dangereuses et le second le bélier castré aux touffes de poils colorés. Quelle érudition à propos des sonnailles choisies à la foire d’Arles : « le clochard et lo redon bombés, la clappe, la pique, la cliquette droite, le clavelas, le picon, le cascarot évasé, chaque type correspondait à une échelle sonore évoluant du bourdon à l’aigu ».

Et quelle connaissance en botanique ! « La mercuriale annuelle, la bourdaine, le nerprun des Alpes, les feuilles de buis servaient de purgatif. Les coliques étaient soignées avec la tanaisie et la petite camomille. Les tisanes d’achillée mille feuilles, la bourse-à-pasteur, l’aiguille à berger cicatrisaient les hémorragies. Quant à la sanicle d’Europe, au roseau, au glaïeul sauvage, à l’iris des jardins, ils aidaient la brebis qui avortait à se délivrer. Janet utilisait la fougère mâle pour débarrasser du ténia et la bryone dioïque contre les parasites intestinaux. Il veillait aux attaques des hordes de chiens errants que les gens confondaient avec les loups, accusant à tort le prédateur. Dans tout drame, il fallait bien un coupable… »

Jean Siccardi a une dent contre les gens de Grasse, et je ne résiste pas au plaisir de vous citer sa vacherie : « Les Grassois ont des bogues de châtaignes au fond des pantalons. Ils ne sortent jamais la monnaie, et quand ils vendent des œufs, il faut vérifier qu’il y ait toujours le jaune »

Et comme nous sommes bientôt à Noël, j’emprunte à notre grand Mistral son :

"Diéu nous fague la gràci de vèire l'an que vèn,

E se noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens !"

Et j’apprends par Jean Siccardi que cette célèbre phrase est extraite de La Gavotine.

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