Fatou DIOME : KĒTALA
11 Février 2013 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu
FATOU DIOME : KĒTALA
« Lorsque quelqu’un meurt, nul ne se soucie de la tristesse de ses meubles » : ainsi commence et finit le roman de Fatou Diome.
Mémoria vient de mourir. Le kétala se prépare : c’est le partage de son héritage : ses meubles, ses bijoux, sa table, ses chaises, son masque en bois… tout ce qui peuple sa maison, nos maisons...
Tous ces objets ont peur d’être éparpillé. Masque, délégué comme président de séance afin de retracer la vie de la défunte, offre un temps de parole à chacun : l’oreiller, le collier, la montre, le costume de danse, le téléphone, la table…
L’auteur, native du Sénégal, le pays de la téranga (l’hospitalité), a comme souvent les gens d’Afrique, des expressions exquises. Ainsi quand l’oreiller a peur de l’orage, le matelas le rassure :
— « Ce n’est qu’un tonnerre, tu le sais bien, c’est juste la fée qui habite dans le ciel qui fait tomber la vaisselle ; et comme elle a cassé sa jarre, toute l’eau qu’elle avait gardée dedans se déverse sur la terre. Regarde par la fenêtre : il pleut. Et les éclairs, c’est parce qu’elle fait du feu dans sa cuisine. Elle a sans doute des convives. Tu vois il n’y a pas de quoi s’affoler. »
Ou encore : « la vengeance est certes tentante, mais rendre à l’âne le coup de patte, c’est devenir aussi bête que lui. Laissons cette humeur belliqueuse aux humains. »
Ca va de : « Quand on s’enchaîne au premier arbre par goût de l’ombre, on ne goûte jamais aux fruits qui mûrissent en forêt. »
— « Les bourreaux ne coupent pas que des têtes, ils savent également couper des roses. »
« Comme s’il suffisait de digérer une choucroute pour se réveiller Alsacien ! La région est belle, mais on ne l’avale pas avec le chou, elle se mérite. Il faut d’abord planter des plants de vigne, les dorloter, les soigner, les tailler aussi délicatement qu’on coupe les cheveux d’une reine… »
« En temps de famine, le pêcheur ne distingue pas le hareng du capitaine, il se réjouit de sa prise, quelle qu’elle soit ».
— « A quoi servent les amis ? Interroge Mouchoir. — A vous raconter leurs propres problèmes, à vous obliger à relativiser les vôtres en vous disant qu’il y a pire, même si le cancer des autres n’empêche personne de souffrir de son rhume. »
Des vieux qui ne bandent plus, Fatou Diome écrit à propos de son héroïne tombée dans la prostitution : « elle s’intéressait surtout aux croulants en quête de tendresse dont les attributs avaient été mis en berne par le poids des années, mais qui lui laissaient des chèques virils pour racheter leur fierté ramollie. »
Pauvre Mémoria. Trahie par sa meilleure amie ligotée par un secret indicible, elle ne peut séduire Makhou, son mari homosexuel. Elle tombe dans l’enfer de la prostitution puis rentre au pays pour y mourir dignement. Frustrée, malheureuse, Kétala est un vrai roman d’actualité au moment où les médias déblatèrent sur le mariage des homos.
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