Jean Siccardi, le Souper de l’Abbesse
11 Août 2014 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu
Le Souper de l’Abbesse de Jean Siccardi,
Au XVI° siècle, le moinillon Cornélius se met en route pour un long voyage vers Brignoles : Louis Alphonse du couvent de Saint-Victor à Marseille le mandate pour une enquête. Une sorte de relâchement mine les monastères féminins ; clarisses, cisterciennes, cartusiennes, béguines, aucun ordre n’est épargné. Les bénédictines de la Celle-Sainte-Perpétue posent des problèmes.
Cornélius quitte Saint-Victor et monte vers la basilique en compagnie de se sympathique brave carne, tandis que la peste étend son linceul de l’Espagne aux confins de l’Italie.
Depuis sa grotte de Sainte-Baume, Marie Magdeleine admire la mer qui l’a portée de Judée jusqu’aux rivages des Saintes-Maries-de-la-Mer en compagnie de Marthe, Marie Jacote, Marie Salomé, Sara la noire, servante de Lazare, Sidoine aveugle de naissance guéri par Jésus, et Maximin.
Marie Magdeleine, fille de Syrus et d’Eucharie, sœur de Lazare et de Marthe est la prostituée qui lava avec ses larmes les pieds du Seigneur, les essuya ensuite avec ses cheveux et les oignit d’un onguent précieux. « Jésus me blâma de son orgueilleuse justice, chassa de mon corps sept démons et m’octroya le pardon de mes fautes. Je m’en fus, emportant dans mon âme la bénédiction prononcée par les lèvres divines, et j’offris au monde le ravissement de ma pénitence », dit-elle. Cornélius est séduit par cette présence, tout comme Charles IX qui fit en 1564 le pèlerinage à la Sainte Baume, et déclara que le tombeau de Marie Magdeleine était le troisième du monde après celui de Notre-Seigneur à Jérusalem et celui de saint Pierre à Rome.
Cornélius est reçu par Louis Fournier qui supporte mal Lucrèce Barras de la Roubine, élue par le chapitre à la tête de la Celle. Il se débarrasse de son clerc Adrien ; le confie à Pierre Dufay, curé de la paroisse, pour qu’il aide à la maladrerie.
Les dames de la Celle occupent le plus haut degré de la hiérarchie féodale.
Les moines vivent à Sainte-Marie ; les bénédictines au couvent de la Celle.
C’est le cellérier Tristan qui reçoit Cornélius. D’abord, ce dernier s’occupe de la bibliothèque complètement négligée. Tristan devenu son ami, collecte des renseignements. Avec Lucrèce Barras de la Roubine, il s’introduit chez les bénédictines, observe le missel de Bamberg.
Cornélius mène son enquête et dépose chaque semaine son rapport dans la tombe de Syrgria sans jamais recevoir de réponse de Louis Alphonse. Anne Lemaistre de Beaumont et Marie de Croze : deux réformatrices, sont mises à l’écart. Dès lors, Marc et Sibélius confondus, sont jugés par les moines.
Après deux meurtres et bien des découvertes, mission accomplie, Cornélius fait appel à Monseigneur Grimaldi puis notre héros, semeur de vent et laboureur d’orages s’en va.
Dans son oreille, il garde cet hommage à la Sainte Victoire, tiré d’un bréviaire de 1499 :
Santo Ventùri la grand’couelo
Drèisso lou signe dei Crestian,
E de la Crous que revicouelo
Es nouesto ermito qu’es gardian.
Quel que soit le sujet abordé, Siccardi demeure pour moi un modèle d’écriture : de sublimes descriptions de paysage, des personnages dépeints à la perfection, une ponctuation bien choisie, un vocabulaire riche et que dire de la documentation ! J’imagine la tonne de vieilles archives qu’il a du parcourir pour écrire son Souper de L’Abbesse.
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