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Georges-Patrick Gleize : Le Destin de Marthe Rivière

31 Août 2014 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Le Destin de Marthe Rivière, Georges-Patrick Gleize

Quelques heures  en compagnie de Georges-Patrick Gleize est toujours un plaisir. Plonger dans la société ariègeoise du XX° siècle à travers la vie de deux sœurs aux caractères quasiment antagonistes : Émilienne l’aînée, Marthe la seconde ;  voyager à travers les deux guerres, à une époque pas si lointaine où les principes pliaient l’échine des rebelles: tel es le sujet de ce Destin de Marthe Rivière

À la recherche de ses origines, Jean-René Wolfgang s’est rendu en Algérie, à Biskra, la capitale des oasis des Ziban, ce pays où André Gide a commencé la rédaction des Nourritures Terrestres. Il a entendu parler de Marthe Rivière qu’on surnommait La Rose de Biskra, qui pleurait des après-midis entiers, se levait tard, ne sortait que pour la soirée, souvent une voiture venait la chercher pour la ramener trois ou quatre jours plus tard.

Aujourd’hui, le fonctionnaire vieillissant voyage jusqu’à Guéret sur les traces de sa tante Emilienne Lestrade née en Ariège.

Il arrive trop tard : la vieille dame vient de mourir. Dans sa maison austère, pas de boite à mensonges comme elle nommait la télévision, mais un gros cahier consignant les épisodes de sa vie.

Un avis d’état civil relate la découverte d’un bébé de sexe masculin en bordure d’un jardin public à Biskra, département de Constantine. Aucune indication ne permet de déterminer la filiation ; seule la mention Jean-René est affichée sur ses langes.

L’histoire de Marguerite Escaich et du paysan Louis Rivière, couple d’instituteurs des vallées du Donezan, trait d’union de l’Aude et de l’Ariège et leurs deux filles : Émilienne dotée d’une intelligence, d’un sens de l’organisation et de la méthode ; Marthe d’un caractère insouciant, fantasque et impulsif. Leur parent n’ont qu’une idée : parfaire leur éducation et les instruire ; elles sont pensionnaires chez les sœurs de Carcassonne.

Louis le maître d’école, le guide spirituel, réformé au conseil de révision, arpente les sentiers de montagne pendant les vacances d’été, alors que la jeunesse meurt hachée par la mitraille et les obus de la grande guerre.

Culpabilisé par sa femme, décidé à agir pour retrouver son honneur que Marguerite piétine et faire taire les commentaires persifleurs du lavoir, Louis accueille le lieutenant Matthews de Saint-Cricq de l’armée des États-Unis d’Amérique, blessé au combat.

Marthe tombe amoureuse de ce Don Juan qu’elle doit quitter en septembre pour intégrer le lycée Saint-Sernin à Toulouse dont elle est exclue parce qu’elle est enceinte.

Sa mère la gifle et l’enferme dans sa chambre ; il faut dire que dès le départ de Marthe, Matthews a courtisé Marguerite qui a difficilement résisté aux charmes de ce bel homme et ne s’est pas abandonné aux délices d’une réalité physique que vingt ans de mariage ont sérieusement émoussé. Aux portes de la jeunesse, la vie de Marthe sombre.

La grippe espagnole emporte Marguerite et Louis ; Émilienne continue brillamment ses études ; en 1918, Marthe quitte définitivement la commune de Quérigut pour ne pas finir comme une ménine, une petite vieille tout en noir. La belle fait une fausse couche, rejoint Matthews à Charleville-Mézières, se laisse entraîner jusqu’à Bougie en Algérie où son amant veut faire le commerce de vins, spiritueux, figues, carouge, huile d’olive, câpres, puis jusqu’à Biskra où tabac, olives, palmiers, alfa, liège, légumes et fruits côtoient les vestiges de l’antiquité.

Abandonnée par son amant, désormais seule au monde, elle échange une correspondance régulière avec  Émilienne qu’elle appelle toujours Kinou, exprime la nostalgie de sa terre natale, parle des puis artésiens, des foggaras et des séguias qui n’égalent pas les vertes vallées pyrénéennes.

Jean-René Wolfgang lit avec passion ces échanges épistolaires entre les deux sœurs, cherche désespérément à dérouler les fils du mystère de sa naissance.

Reçue brillamment à l’agrégation, Émilienne est nommée à Constantine. Elle toujours si maîtresse de ses émotions, succombe aux charmes d’un prince du désert sur le bateau qui la conduit vers sa sœur. Assoiffée d’antiquité, elle visite la Numidie, retrouve Marthe devenue une demi-mondaine qu’elle reconnaît difficilement.

Émilienne fait un mariage de raison avec Charles Lestrade avec lequel elle partage des opinions politiques réactionnaires, rejette le gouvernement de Léon Blum et les congés payés.

— Plutôt Hitler que Staline ! proclament ces deux-là.

Émilienne et Marthe se retrouvent à Paris, leurs divergences ne cessent de grandir ; pourtant elles continuent à échanger des correspondances.

À Lisbonne, Marthe suit la voie du Général de Gaulle ; Émilienne accueille avec soulagement le discours de Pétain qui fait don de sa personne à la France pour sauver le pays… Dénoncée par ses collègues comme une propagandiste de la révolution nationale, cette dernière est incarcérée ; Marthe devenue officier de renseignement détaché auprès de l’armée américaine assure sa défense.

La belle Marthe épouse David Packard, s’installe définitivement à Boston aux États-Unis. 

C’est là, après l’enterrement d’Émilienne, que Jean-René Wolfgang la retrouve et apprend enfin la vérité insoupçonnée.

Georges-Patrick Gleize entretient le suspens jusqu’au bout, menant son histoire un peu comme un roman policier, ébauchant d’une plume discrète des situations à priori sans intérêt... Je me suis fait avoir.

Je vous laisse découvrir ce beau livre, bien écrit, très documenté, très agréable à lire, riche du parfum de l’histoire occitane, sans toutefois vous dévoiler le fin mot de l’histoire.

Oasis. Photo : Pellet Jean-Marc

Oasis. Photo : Pellet Jean-Marc

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