L’Empire des Loups de Jean-Christophe Grangé
Jean-Christophe Grangé, L’Empire des Loups
Dans cet Empire des Loups, Anna Heymes ne reconnaît plus certains visages en particulier celui de son mari Laurent.
Éric Ackermann son médecin pense qu’elle souffre d’une lésion : une zone morte dans son cerveau, dans l’hémisphère droit, la région où on reconnaît les visages. Il lui propose une biopsie stéréotaxique qu’elle refuse catégoriquement.
Laurent, directeur au centre des études et bilans du ministère de l’intérieur, haut fonctionnaire, retrouve une fois par semaine ses fidèles amis : Alain Lacroux, Pierre Caracilli, Jean-François Geudemer et Philippe Chalier le préféré d’Anna.
Cette dernière travaille avec Clothilde à La Maison du Chocolat : c’est sa façon de rester en contact avec le monde extérieur.
D’abord à l’Office Central pour la Répression du Trafic Illicite de Stupéfiants, Paul Nerteaux, enquête maintenant sur les meurtres de trois femmes dans le quartier turc. Le tueur détruit les organes de l’identification, désinfecte les plaies au détergent industriel et procède selon un rite nommé Al-Falaqua : tarses, métatarses, phalanges tout est bousillé, ongles arrachés à la tenaille, extrémités brûlées à l’acide, sexe lacéré au rasoir, bouffé par un rongeur ; le sang des victimes contient des bulles d’azote ce qui signifie qu’il a été soumis de son vivant à une pression supérieure à celle qui règne à la surface de la terre,
Paul Nerteaux a épousé Reyna Brendosa, une portugaise, membre actif de la Ligue Communiste Révolutionnaire qui lui a donné une petite Céline avant de demander le divorce. Il s’adresse à Jean-Louis Schiffer, flic maffieux de haut niveau, spécialisé dans le quartier Ouest à forte population immigrée, retraité à l’hospice de Longères.
Le patron de l’Iskele, la principale organisation mafieuse qui contrôle les voyages des clandestins turcs en Europe, s’appelle Marek Cesiuz.
Anna décide de consulter une psychanalyste : Mathilde Wilcrau diagnostique un choc psychologique. Monsieur Velours, un habitué de la Maison du Chocolat, l’intrigue ; elle a l’impression de le connaître. Sous sa frange, elle découvre trois cicatrices verticales : elle a changé de visage. Pour en avoir le cœur net, elle passe un scanner : son crâne a été fissuré, suturé, recollé en tous sens.
Schiffer explique à Nerteaux les principes de base : l’héroïne fait dormir et un black bombay c’est idéal pour faire descendre.
— Si tu sais pas ça, comment veux tu comprendre l’ennemi ?
Visite à Marek Cesiuz dit Marius, quelque peu bousculé par le Chiffre qui récupère des dossiers. Les victimes sont toutes rousses, le tueur traque le même visage qui provoque sans doute en lui des pulsions contradictoires.
Mathilde Wilcrau lit les cicatrices d’Anna, sur le front, les oreilles, le menton : un véritable masque cousu sur la figure. Le professeur Alain Veynerdi explore les cellules à mémoire d’Anna : elle est turque.
Zeynep Tutengil, Ruya Berkes et Roukibé Tanyol, les trois victimes ont des corps aux rondeurs généreuses.
L’étau se resserre : après mai 68, où une révolution se prépare en Turquie, un groupe de réaction se crée : des hommes d’extrême droite dirigés par Alpaslan Turques qui forme des jeunes appelés Les Loups Gris, Bozhurt ou encore les Jeunes Idéalistes, utilisés par le gouvernement pour éliminer les leaders arméniens ou les terroristes kurdes.
Ackermann spécialiste de la tomographie, la zone de la peur au niveau du cerveau est sollicité par le CEA. Lui, le pur produit de la contre-culture, le psychiatre déjanté carburant aux amphètes, travaille pour le ministère de la Défense et accepte le marché de Challier : retourner les hommes proches des réseaux terroristes grâce à l’Oxygène 15, leur injecter des souvenirs artificiels afin de les convaincre de coopérer et de trahir leurs frères.
Sans papier, sans famille, sans attaches, Anna, retrouvée dans un atelier clandestin en état de prostration est le sujet idéal pour un conditionnement.
Talat Gurdilek, l’homme-menthe à la voix grillée, arrivé en France dans le double fond d’un camion citerne a assisté à l’enlèvement de Sema Gokalp : une femme qui a subi un stress intense, un trauma, qui parlait de quatre lunes et d’un homme en manteau noir.
L’obsession de Challier c’est le conditionnement psychique : infiltrer le cerveau des terroristes, conditionner les consciences. Les loups gris à la recherche de Sema Gokalp ne peuvent pas la dénicher puisqu’elle a changé de visage.
Anna avec la complicité de Mathilde retrouve Ackermann qui remet son cerveau en l’état. Anna ou Zeynep Tütengil est une trafiquante de drogue, un courrier. Elle a voulu garder le dernier chargement, tromper ses employeurs. La mafia turque utilise les Loups Gris pour la retrouver. Ces nationalistes, fanatiques d’extrême droite, qui croient au retour de la grande Turquie, qui rêvent de réunir les Ouzbeks, les Tatars, les Ouïgours, les Turkmènes dans un grand empire qui s’étendrait des Balkans au Baïkal sont redoutables. Anna est une louve.
En retrouvant la mémoire, Anna retrouve la Turquie et son ami Kürsat Milihit le jardinier, se confie dans une longue lettre à Mathilde. Le chef Kudseyi à l’origine de l’ouverture des camps d’entraînement et de sa propre armée, a recruté Azer Akarsa atteint de folie meurtrière et Sema Hunsen dans laquelle il présentait une nomade, une voyageuse, une trafiquante d’élite. À son insu, il l’a fait stériliser. C’est dans sa maison ornée de la colchique, fleur de joie et de bonheur et du haschisch, plante magique offrant le sommeil éternel que se jouent les dernières scènes, qu’Azer offre le cœur de Sema à Kudseyi.
C’est à deux mille mètres d’altitude qu’Azer, qui descend d’Asena la louve blanche, qui œuvre pour le retour de l’empire turc et la suprématie de sa race en Orient, trouve la mort sous le pistolet d’une justicière.
L’avantage des livres de Grangé, c’est que je peux les lire et les relire inlassablement ; ils sont tellement bien construits, compliqués à souhait, bourrés de personnages et de situations inédites, plein de suspens et de rebondissements que je ne saisis pas toujours les tours de passe-passe de l’auteur.
En revanche, je n’aime pas collection Albin Michel, gros pavé cartonné, lourd à manier pour tout dire un peu démodé.

