Karine Giébel, Meurtres pour Rédemption
Karine Giébel, Meurtres pour Rédemption
Marianne de Gréville fugue, se bat, braque un couple de vieux avec son ami Thomas. Elle déteste les vieux, ça lui rappelle trop ses grands-parents qui l’ont élevée après la mort de ses parents ; lui, ancien officier de marine, elle, femme au foyer qui astique l’argenterie deux fois par jour. Ils savent tout, possèdent toutes les réponses sans même accepter les questions. Leur bouche, une canalisation qui déverse les certitudes à gros débit. Leur esprit, une meurtrière. Le braquage tourne mal. Marianne, championne de karaté et d’arts martiaux abat un flic, en blesse grièvement une autre, Thomas meurt, elle se retrouve en taule.
— C’est pas une question de muscles mais de technique, savoir utiliser sa force et celle de l’adversaire. Le corps a ses faiblesses, il suffit de savoir les exploiter, dit-elle pour expliquer son savoir-faire au combat.
En prison, c’est l’horreur absolue. La fameuse torture blanche. Incarcérée à la maison d’arrêt de L., elle partage la cellule immonde de Nassira et Samia. Elle ne peut pas sourire à l’auxi de service, une femme à la peau d’ébène, aux rondeurs maternelles rassurantes, une mama africaine à la démarche chaloupée et à l’étincelante dentition : elle a excisé des dizaines de petites filles…
Parmi les gardiennes Monique Delbec, Solange Pariotti dite la Marquise, Françoise qui se dépense sans compter pour rendre la vie encore plus dure aux détenues. Françoise qui sait manipuler les esprits, se faire aimer de sa hiérarchie et de ses semblables. Elle harcèle sans cesse Marianne, s’est donnée pour mission de la mater : persécutions, fouilles répétées, des heures à poil, brimades quotidiennes, insultes, lumières qui s’allume la nuit… Marianne la frappe au visage, ses os se fracturent, un coup sur la nuque, les dents cèdent les unes après les autres, les vertèbres explosent : Françoise tombe.
Pour Marianne, des jours de torture au fond d’un cachot. La directrice de l’établissement la sort de là : une détenue lynchée par une bande de matons, c’est source d’ennuis administratifs, paperasse, rapports et compagnie…
Au procès, Françoise arrive en martyre, sur son fauteuil roulant. Défigurée, elle ne marchera jamais plus. Dix ans de plus pour Marianne qui est transférée, cellule 119.
Solange aime Daniel Bachmann, le geôlier, un colosse aux yeux bleus qui apporte de la poudre et des clopes à Marianne ; Solange le surprend entrain de faire l’amour à Marianne. Elle pensait qu’il la traitait comme une esclave avec laquelle il déversait le trop-plein mais ce qu’elle a vu cette nuit, ça puait l’amour à des kilomètres. Elle prend une photo, exerce un odieux chantage. Le seul crime de Daniel est d’aimer une meurtrière, d’avoir transgressé les lois de la grande famille pénitentiaire. Arrêté, torturé, il avoue avoir aidé Marianne à s’échapper alors que c’est faux.
Giovanna la Hyène, l’intouchable tente d’exciser Marianne dans les douches, VM a pris perpète après une tentative d’évasion.
Emmanuelle Aubergé la co-détenue de Marianne partage sa cellule : c’est un Fantôme immergé dans des rêves au Tranxène. Incapable de se contrôler, Marianne, un bloc de muscles en furie commandée par un cerveau malade, la traumatise.
Emmanuelle l’infanticide : son mari s’est suicidé, façon comme une autre de se soustraire à une vie de merde, chômage longue durée, dettes par-dessus la tête, huissier, proprio hystérique, banquier charognard, Restos du Cœur… La veille de l’expulsion, Emmanuelle fait avaler à ces trois gosses des somnifères, deux mourront, elle et Thomas s’en sortent. Cible de choix, le Fantôme se fait massacrer par les détenues.
Marianne réalise alors que parvenir à donner est une puissance bien supérieure à la rage, la haine ou le pouvoir. Elle comprend simplement que la force ne se résume pas à donner des coups ou à les encaisser en serrant les dents. Emmanuelle se suicide pendant que Marianne, sous héroïne, traîne à réagir. Elle appelle à l’aide ; la Marquise fait semblant de ne pas entendre tandis que la détenue succombe.
Libérée par Franck, Laurent et Philippe en échange d’un service : tuer Xavier Aubert, l’avocat général éliminer le juge Nadine Forestier et surtout récupérer l’original du dossier Charon, Marianne s’exécute. Aubert et Forestier sont soi-disant pédophile et le dossier compromettant implique le beau-frère du ministre de l’intérieur qui a tué une prostituée au cours d’une soirée SM.
Daniel se suicide.
Victorieuse mais blessée, Marianne De Gréville a gagné sa rédemption. Sauf que Hermann le commanditaire des meurtres demande à Franck de la supprimer. Ce dernier refuse, s’aperçoit qu’il n’a été qu’un misérable jouet, qu’il a organisé l’assassinat de deux innocents pour sauver la pire des engeances. Solitude absolue et cruelle, culpabilité immonde, sentiment dont Marianne lui avait parlé.
Les choses s’enchaînent. Pression sur Franck, kidnapping de sa fille Laurine… Les dernières pages sont terribles…
La célèbre Karine Giébel frappe fort et longuement : 767 pages d’un roman haletant. Description du monde carcéral à faire frémir même les plus téméraires d’entre nous. Quelle documentation ! Quel talent ! Pour moi c’est la découverte d’un univers entraperçu au cours de quelques flashes d’informations. Cette écorchée vive de Marianne me laisse un sentiment inoubliable comme à Daniel et à Franck.

