Fred Vargas : Sous les vents de Neptune
Sous les vents de Neptune de Fred Vargas
C’est l’hiver ; la chaudière est en panne. Pour Adamsberg, elle évoque une vache nourricière lovée dans les bureaux de la Criminelle, comme une mère silencieuse veillant sur les vingt-huit flics du bâtiment. Ce dernier a des malaises ; tout à coup, une sueur froide se dépose sur sa nuque, un chat griffu lui saute sur l’épaule
Les intuitions d’Adamsberg s’apparentent à une race primitive de mollusques apodes et exaspèrent voire dégoûtent l’esprit précis et rigoureux du capitaine.
Pourchassé pendant quatorze années, le trident, un imprenable tueur a fait chanceler sa vie trente ans auparavant. Il y a perdu son frère Raphaël, exilé le long de la frontière entre le Canada et les États-Unis, son frère qu’il aime mieux que lui-même. Nul ne lui a causé plus de douleur, d’effroi, de détresse, de rage que cet homme. La béance que le tueur avait creusée dans sa vie, il avait fallu la colmater, le murer et puis l’oublier.
Et voici qu’elle s’ouvre brutalement sous ses pas, ce jour, sans raison. À cause d’un article : Élisabeth Wind assassinée de trois coups de couteau à Schiltigheim. Adamsberg va rencontrer le commandant de gendarmerie Trabelmann.
Il raconte toute l’histoire à Danglard. Il a répertorié huit assassinats présentant les trois trous en ligne, et voilà que ça recommence. Seule ombre au tableau : le présumé coupable, le juge Fulgence, le Seigneur, est mort et enterré depuis seize ans… Le trident s’apparente au cannibale du Chaperon rouge, à l’infanticide de Blanche-Neige, à l’ogre du Petit Poucet, au tueur en série de la Barbe-Bleue.
Adamsberg fait partie de la délégation qui va à Ottawa pour un stage ADN ; devant les bâtiments de la GRC veille l’écureuil Gérald qui a perdu sa blonde et se ouache la nuit dans la gouttière emmitouflée d’antigel.
Noëlla Cordel, une française qui avait suivi son chum et mangé de l’avoine, (traduisez s’est fait éconduire) s’accroche à Adamsberg qui marche sur le chemin sauvage le long de la rivière des Indiens Outaouais.
Camille Forestier du quintette de Montpellier joue à Montréal et vient de mettre au monde un fils. Bizarre, c’est l’ancienne amoureuse de Jean-Baptiste.
Fernand Sanscartier le Bon devient l’ami intime du commissaire.
Noëlla est assassiné de trois coups de trident sur le chemin au bord de la rivière, le soir où Adamsberg, ivre, ne se souvient de rien. Accusé du crime, il s’échappe grâce à Violette Rétancourt qui déclare :
— Le torero qui ne connaît pas sa bête est assuré de se faire encorner, dit Rétancourt.
Il retrouve son frère à Detroit, réussit à réintégrer Paris sous une fausse identité, se planque chez Clémentine et son amie Josette parfaite hackeuse, et continue à poursuivre le juge Fulgence.
Le curé Grégoire se souvient lui-aussi de l’anomalie de l’oreille gauche du juge.
— C’est comme une pelote dit Clémentine, quand on tient le bout, il reste plus qu’à tirer.
Raphaël tourne toujours en orbite dans un champ d’étoiles tandis que le cercueil du juge inhumé laisse la place à quatre-vingts kilos de sable.
Gérard Guillaumond, le père du juge s’est noyé dans un étang. Ce métallier devenu jardinier n’avait que trois doigts à la main droite, il bricolait son trident dont il gravait le manche de dessins. Marie, sa mère a été assassinée par son fils en 1944, disparu dans le maquis Tous les soirs, la partie de Mah-Jong était obligatoire.
Bien que l’enclume de la culpabilité courbe le personnage principal, verrous après verrous, Adamsberg et ses amis reconstituent l’histoire jusqu'à innocenter Raphaël.
À la dernière page, je me demande :
— Comment vais-je survivre sans les présences du commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, du commandant Adrien Danglard, de Violette Rétancourt, de la grand-mère Clémentine Courbet qui habite à côté des puces de Clignancourt, de la sympathique Josette…
L’espace de 442 pages, l’espace de quelques jours, Fred Vargas m’a ramenée dans sa famille bien connue, m’a permis de partager l’existence vagabonde de son cher laboureur d’étoiles.
En tant qu’auteur, je frémis à l’idée du travail qu’elle a du fournir pour écrire ce pavé, où pas un seul détail ne cloche, où tout se tient, en harmonie parfaite.
Merci Fred Vargas et bravo.
