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Les Amants du Spoutnik, de Haruki Murakami

27 Mai 2014 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Haruki Murakami, Les Amants du Spoutnik

Indécrottable romantique, cynique, têtue, la jeune Sumire, mène un combat désespéré pour devenir écrivain. Son père, un très bel homme, dentiste, tait ses émotions comme s’il s’agissait d’une infection buccale contagieuse ; sa mère est morte jeune ; son paternel épouse en seconde noce une femme gentille et honnête. 

Le narrateur, un instituteur solitaire aimant la littérature et la musique, trace toujours une frontière invisible avec les autres, observe ses partenaires en veillant à ce que la distance ne rétrécisse pas ; il est amoureux de Sumire dont le je-ne-sais-quoi attire son attention. Il est incapable d’expliquer exactement la nature de ce mystérieux élément, mais quand il la regarde dans les yeux, il le voit s’y refléter, tout au fond. Sumire et lui partagent la même passion pour l’écriture et pour la lecture ; lire leur est aussi naturel que respirer. Il n’y a qu’avec elle qu’il parvient à oublier le sentiment de solitude inscrit en filigrane dans sa vie.

Miu, de nationalité coréenne vit au Japon ; toujours vêtue avec une rare élégance, elle a fait des études au conservatoire de musique en France et roule en Jaguar bleu marine de douze cylindres. Elle rencontre Sumire au cours d’un banquet de mariage. Miu confond le mot spoutnik et beatnik, ce qui explique le titre du livre ; spoutnik signifie compagnon de voyage en russe. Elle engage Sumire, une amitié se développe bien qu’une moitié de Miu soit morte il y a quatorze ans, bien qu’elle ait tout sacrifié : sa jeunesse, sa croissance et le piano qui exigeait sa chair et son sang en offrande.

Les deux femmes partent pour l’Europe puis pour la Grèce d’où Miu demande à l’instituteur de venir d’urgence. Après Amsterdam, Athènes, Rhodes et le ferry jusqu’à une île perdue dont l’auteur ne dévoile pas le nom, l’enseignant fait la connaissance de Miu : une très belle femme qui aurait pu paraître dix ans de mois si elle se maquillait un peu, mais elle ne fait pas cet effort, elle laisse son âge affleurer naturellement à la surface, l’acceptant sans difficulté.

Au cours de ces vacances, Sumire écrivait, Miu écoutait de la musique ; ensemble elles profitaient de ces vacances pour marcher, nager, parler, contempler le magnifique paysage. Puis Sumire a disparu après une crise d’angoisse nocturne et après avoir déclaré son amour à Miu.

Cette dernière relate toute l’histoire ; avoue avoir eu un choc autrefois, choc qui a rendu ses cheveux tout blancs en une seule nuit ; avoue qu’elle ne peut plus avoir de relation physique avec qui que ce soit.

— Nous étions de merveilleuses compagnes de voyage l’une pour l’autre, mais à la façon de blocs de métal solitaires, suivant chacun leur trajectoire.

Une situation cornélienne s’établit entre les personnages : Miu aime Soumire mais n’éprouve aucun désir sexuel pour elle ; Sumire est éprise de Miu et la désire ; le narrateur en pince pour Sumire mais elle n’est pas amoureuse de son ami.

Afin de mener l’enquête sur la disparition de Sumire, l’auteur fouille dans le disque dur de son ordinateur et lit ses textes : ce que nous croyons savoir et ce que nous ignorons coexiste en nous sans distinction aucune. La plupart des gens élèvent un mur entre les deux par pure commodité. Ça rend la vie plus facile. Mais moi, j’ai éliminé ce mur de mon existence. Il fallait que je le fasse : je déteste les murs. Que voulez-vous, on ne se refait pas. Dans un autre de ses documents, il apprend l’histoire de Miu et de la grande roue. J’aime Miu note Soumire, la Miu qui se tient de ce côté-ci du miroir mais aussi celle qui est placée de l’autre côté.

Une nuit l’instituteur entend de la musique, s’en va vers elle, sous la lumière ensorcelante de la lune. Un étrange sentiment d’aliénation s’empare de lui ; une douleur sans forme, semblable à une pointe aiguisée traverse son corps engourdi. Il prend une profonde inspiration avant de plonger dans l’océan de sa conscience. Dès lors, une incommensurable solitude l’entoure, le monde perd ses couleurs. En perdant irremplaçable Sumire, il perd de nombreuses choses de sa propre vie.

La maîtresse de l’auteur est la mère de Carotte, un de ses élèves. Le gamin a volé des agrafeuses et s’est fait prendre. Il doit intervenir pour le défendre et finit par lui raconter sa vie : Athènes le berceau de la civilisation où Socrate s’est empoisonné en buvant la ciguë, Sumire disparue, sa solitude, son chien mort…

Une nuit Sumire téléphone comme à son habitude à trois heures du matin. Elle annonce son retour, la communication est coupée. Un silence dénué de toute promesse continue à emplir l’espace. Le narrateur n’est plus pressé. Désormais, il peut aller n’importe où.

L’étrange univers propre à Murakami ne me lasse jamais. Ses personnages tourmentés évoluent dans un monde très quotidien. Je les suis, je bois avec eux du thé glacé, je nage en leur compagnie, je souffre de leur mal de vivre, je partage leur terrible solitude et leur incompréhension. Toutefois, je parcours le labyrinthe de Murakami sans jamais comprendre ses ficelles, sans jamais percer ses secrets ; c’est bien ce qui fait son charme.

une île perdue ...

une île perdue ...

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