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L’Armée Furieuse de Fred Vargas

14 Avril 2014 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Fred Vargas, L’Armée Furieuse

Un délice de 500 pages, des personnages parfaitement décrits, chacun son caractère, son physique, ses idées fixes, ses aptitudes, sa manière personnelle de mener l’enquête. Et quelle enquête ! Où Fred Vargas a déniché cette histoire de l’Armée Furieuse qu’elle qualifie de bien connue. Je suis sans doute ignare ; je n’avais jamais entendu parler de la légende de la Mesnie Hellequin, une légende du moyen âge répandue dans toute l’Europe. Lors des solstices, périodes d’orages violents et bruyants, des esprits fantastiques montés sur des chevaux et accompagnés de chiens sont condamnés pour leurs péchés à chevaucher jusqu’à la fin du monde.

Le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, Béarnais, fidèle de Fred Vargas est là. Il vient de retrouver son fils Armel dit Zerk ; Lucio son voisin qui a perdu un bras au cours de la guerre d’Espagne, gratte sans arrêt une blessure imaginaire sur ce membre disparu.

Adamsberg a un principe :

— Quand on ne peut pas aller au bout de quelque chose, il faut demander à Veyrenc. Quand on ne parvient pas à faire quelque chose, il faut demander à Retancourt. Quand on ne connaît pas quelque chose, il faut demander à Danglard, un authentique athée dénué de mysticisme, dont toutes les bibliothèques du monde sont entrées dans la tête.

Julien Truilot tue sa femme tyrannique en lui faisant ingurgiter de la mie de pain. Un pigeon, les pattes attachées avec trois centimètres de fil agonise lentement. Heureusement Retancourt est là, bien qu’elle désapprouve la manière dont Adamsberg navigue dans le vent des enquêtes, ce dernier lui voue l’amour instinctif qu’un païen vouerait au plus grand arbre de la forêt. 

Valentine Vendermot qui s’envolerait comme les akènes d’un pissenlit si on lui soufflait dessus, arrive d’Ordebec dans le Calvados : Lina sa fille a vu passer l’Armée furieuse ou la Grande Chasse sur le chemin de Bonneval. Parmi les « saisis » : Michel Herbier, Jean Glayeux, Michel Mortembot et un autre qu’elle n’a pas pu identifier. Elle annonce leur mort.

Adamsberg prend l’enquête en emmenant le pigeon Hellebaud qui dort dans sa chaussure. Sur le grimweld bien connu, un chemin où passe la Mesnie Hellequin et qui traverse toute l’Europe du Nord, tout en cueillant des mûres, Adamsberg rencontre Léone dite Léo qui attend son chien Flem et vient de découvrir le cadavre d’Herbier, écarroui dans son sang noir. Léo, Léone Marie de Valleray, comtesse d’Ordebec est une mémoire, un oiseau ne peut pas pondre un œuf sans qu’elle le sache ou le sente. C’était l’épouse du conte dont il a divorcé suite à des pressions familiales. Elle loge Adamsberg, ils sympathisent.

Clermont-Brasseur est retrouvé carbonisé dans sa voiture. Momo-mèche-courte est accusé : ses baskets avec des lacets spécialement longs, ont trempés dans l’essence. Seulement voilà, la mode exige qu’on les passe derrière le talon pour les nouer devant ! C’est sur ce détail qu’Adamsberg comprend que Mo est innocent, qu’il organise sa fuite et le confie à son fils Zerk. Adamsberg a huit jours pour boucler l’enquête. Principaux suspects : Christian et Christophe « les deux Christs » : les deux fils d’un des piliers de l’économie du pays.

Adamsberg fait connaissance avec la famille Vendermot : Antonin en argile friable ; Hippolyte que tout le monde appelle Hypo, un génie qui parle à l’envers retournant les mots lettre par lettre, dont le chien Suif a été abattu par son père, dont le conte a hébergé les tourments ; Martin, né avec six doigts à chaque main, dont son père a tranché à la hache les appendices supplémentaires, long et mince comme une crevette brune, qui ramasse les bestioles pour les manger ; et Lina qui ressemble à un kouglof au miel. Leur père a reçu une balle dans la tête pendant la guerre d’Algérie, balle qu’on n’a pas pu lui retirer et qui se réveille de temps en temps lui procurant des moments de folie. Le père a été tué à coups de hache.

Léo agressée se retrouve à l’hôpital.  

Retancourt plonge en solitaire dans l’abysse des Clermont-Brasseur. Glayeux meurt, massacré.

Christian Clermont-Vasseur s’est coupé les cheveux suite à la mort de son père ; il a aussi changé de costume : Adamsberg s’en aperçoit en comparant les photos.

Le capitaine de la gendarmerie d’Ordebec Louis Nicolas Émeri, descendant d’un maréchal d’Empire, et le brigadier Blériot qui trimbale toujours des sucres avec lui, expliquent qu’Hippo avec ses six doigts à chaque main était une terreur, se faisait passer pour un soldat du Diable et jetait des sorts. Régis a été sa première victime.

Danglard ne supporte pas le lieutenant Veyrenc, bien qu’il soit trop fin pour se nourrir de leurres, son aversion est une simple affaire de jalousie honteuse. Mais Veyrenc sauve la vie de Danglard. Pour le réconforter, Blériot lui donne trois au quatre sucres.

Mortembot meurt sous les coups d’une arme médiévale, l’arme typique des braconniers, une arme discrète.

Danglard découvre qu’une tache violette assez moche, un peu comme un cloporte de deux centimètres, marque l’omoplate gauche de Lina et du conte : preuve irréfutable qu’un lien de parenté les relie. Denis de Valleray, commissaire priseur à Rouen, n’est pas le fils du conte, mais le fils de la femme qu’il a épousée. Il se suicide.

Apeuré et mortifié de ne pas avoir la superbe de son aïeul, Émeri est un homme médiocre. Quand il avait trois ans, Léo l’a sauvé de la noyade.

Adamsberg considère ses sensations comme des faits avérés. Pour lui, le cerveau est un gigantesque labo, parfaitement capable de sérier et d’analyser les données reçues, comme par exemple un regard et d’en extraire des résultats quasi certains.

Violette Retancourt, avec son allure de grosse femme a toujours quelque chose de rugueux et d’impressionnant qui dissuade de faire des confidences ou de poser des questions légères. Elle est capable de dormir debout sans vaciller, tel un cheval.

Le commandant Danglard a cinq enfants, une maîtresse à Londres, ses grandes poussées d’anxiété lui masquent souvent la simple vérité, déformant tout sur son passage, lui fermant l’accès à l’évidence, mais jamais pour longtemps.

De rebondissements en surprises, on apprend finalement qui est le coupable. Jusqu’au bout, Fred Vargas m’a tenue en haleine.

Hellebaud le pigeon qui a pris sa liberté, revient, fait plusieurs fois le tour de la table, raconte sa vie au cours de multiples gloussements… semblant annoncer un futur prochain Vargas, plein de promesses.

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Photo : Luc Viatour / www.Lucnix.be

Photo : Luc Viatour / www.Lucnix.be

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