Il a jamais tué personne, mon papa / de Jean-Louis Fournier
21 Novembre 2013 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu
Jean-Louis Fournier, Il a jamais tué personne, mon papa
Dans la foulée, un autre Fournier. Cette fois, c’est le fils le narrateur. Il s’exprime au sujet de son père alcoolique : un médecin qui soigne les pauvres et lui offrent en échange un verre. Il n’est pas méchant, seulement un peu fou quand il a beaucoup bu. Il s’habille en clochard, fait ses visites en charentaises, perd sa voiture dans un champ de betterave, réveille ses enfants en pleine nuit…
Le papa de l’auteur est docteur. Il allait quelquefois à Lourdes. Il partait comme brancardier. Il accompagnait les malades. Pour les urgences, un docteur c’était plus sûr que la sainte Vierge.
Papa, il disait qu’à Lourdes, le vrai miracle c’était que les malades ils attrapent jamais une autre maladie dans la piscine parce qu’il y avait plein de microbes dedans, les microbes de tous les malades qui s’y baignaient.
Quand les sœurs venaient se faire soigner, bonne-maman retournait contre le mur le petit Manneken-Pis qui était sur une étagère, pour que les religieuses ne voient pas son zizi. Ce mot signifie « le gamin qui pisse » en néerlandais, c’est une statue en bronze, d'une cinquantaine de centimètres qui est en fait une fontaine représentant un petit garçon nu en train d’uriner. Cette statue est le symbole de l'indépendance d'esprit des Bruxellois.
Chaque fois qu’il y avait une exécution, c’était la guillotine, papa devait être là. J’ai jamais bien compris pourquoi. Quand on fait venir un docteur, c’est pour empêcher les gens de mourir, c’est pas pour les regarder mourir.
Papa a fait le serment du picrate.
On est bien dans un café, on s’occupe de vous. Quand vous avez envie de quelque chose, vous dites le nom de la chose et elle arrive devant vous, comme dans les contes de fées. Papa était capable dire vingt fois « Martini » dans la journée.
Pour papa, ce devait pas être aussi simple que ça, le bonheur.
Je l’avais vu tellement de fois ivre mort, qu’entre un ivre mort et un vrai mort, je voyais pas la différence. Papa, il était docteur, il pouvait pas mourir. Pourtant il est décédé a quarante-trois ans.
Jean-Louis Fournier conclut : j’ai grandi, je sais que c’est difficile de vivre, et qu’il ne faut pas en vouloir à certains, plus fragiles, d’utiliser des « mauvais » moyens pour rendre supportable leur insupportable.
Quelques mots glanée au fil des pages. C’était maman qui réparait nos chaussures, elle avait un pied de fer à la maison. Pied de fer, le dictionnaire il ne connaît pas.
Ses poumons ils devaient être durs comme des gaillettes. Ce dernier serait la houille cassée, de moyenne grosseur, utilisée notamment pour les fourneaux de cuisine.
À l’époque, il avait toujours dans sa poche un « dizainier » Le dizainier est un objet de prière chrétien, remis à l'honneur au début du XXe siècle par le Père Doncœur et les Scouts de France. Il est utilisé et porté par de nombreux scouts catholiques, soit accroché à leur ceinturon, soit enfilé sur leur foulard, au-dessus de la bague de foulard Il existait aussi des culottes réglementaires avec un porte-dizainier intégré. Je ne savais pas. Mais, le bonheur de la lecture, c’est d’apprendre et de comprendre.
Uniquement des petits chapitres, souvent une seule page, comme dans Poète et Paysan. Écrit dans un langage enfantin, publié par Stock. Ca se laisse lire en quelques heures, il n’en faudrait pas plus pour lasser.
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