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L'arbre d'ébène de Fédéla Hebbadj

11 Juin 2013 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Fédéla Hebbadj : L’Arbre d’Ébène

Au Mali il y a la faim, mais à Paris en plus de la faim, « il y a le froid, le froid des gens et du climat. Je n’ai jamais vu autant de statues animées cacher leur chagrin et leurs sentiments sous la neige et dans les caniveaux » dit le petit Nasser, jeune personnage, héros de L’Arbre D’Ébène, lorsqu’il arrive en France avec sa Mama pour habiter dans la maison du marabout.

Avant, pendant que Mama perdait son bébé sous les coups d’un oncle brutal, Nasser se laissait bercer par le bruit des vagues et caresser par le sable chaud du Sénégal où ils vivaient.

Lorsque Mama perdit son travail, elle décida de faire le grand voyage sur le cayuco : la pirogue qui emmène les émigrés dans le nouveau monde.

Elle donna son salaire de trois ans à la conserverie de poissons du Sénégal pour payer la traversée organisée par un Espagnol qui lui facture le triple à cause de l’enfant Nasser.

Arrivé à Marseille, le Maktoub, le destin, met Yvonne sur le quai. Elle recueille la mère et l’enfant quelques temps. Puis ils se dirigent vers la capitale.

Mama raconte à son fils que son père était un étranger. C’était le plus bel homme du monde avec sa belle chemise blanche, c’était l’arbre d’ébène. Elle avait quinze ans. Il revenait de France. Il est resté trois mois puis il est parti retrouver sa femme.

A Paris, il fait très froid dans l’appartement vide, « un froid à faire tomber les étoiles » Mama sort la nuit. Nasser a peur. Il a « dans le cœur des coups à faire pleurer les étoiles » et il s’échappe, rencontre Andrée qui est bouquiniste sur les quais de la Seine.

Mama vole dans les grands magasins pour manger.

Mama pleure collée contre Nasser dans le sac de couchage, « des gouttes de larme lui chatouillent la joue ». « Mama parle malien, la langue de la peau qui fait chavirer les pirogues, sa voix est une mélodie, un air de musique saharien avec des tamtams. Le langage de l’amour est celui de la mère, toujours. Jamais une autre langue ne pourra le remplacer. Le malien, ma langue maternelle, est le tremblement de ma peau dans la bouche d’une femme, le chant naturel qui déverse sur moi des sensations de plaisir »

Si je peux me permettre une critique et une seule : il n’y a pas de langue malienne !

Je suis mariée depuis 40 ans avec un militant des peuples sans état : un Occitan. J’en connais un brin sur la question sans être militante moi-même. Il me dit que la langue officielle du Mali, c’est le Français. Il me dit de ne pas confondre État et Langue.

En effet, le nom d’un État ne correspond pas forcément au nom de sa langue. Il y a un état belge mais pas de langue belge, un état suisse mais pas de langue suisse, un état nigérien mais pas de langue nigérienne, une langue occitane mais pas d’état occitan… Il y a de fortes chances pour que cette « langue malienne » soit du Bambara.

Nasser est noir, il est musulman, il connaît ses ennemis et sait à peu près où trouver ses amis. Il ne cherche jamais l’affection d’un blanc qui vit sous les ponts parce qu’il lui dira qu’il est venu pour lui prendre son travail, alors qu’il n’en a pas !

Nasser se réfugie chez Andrée, lui raconte ses souffrances comme s’il « avait des échardes dans la langue et qu’il fallait qu’il s’en débarrasse ».

« Il faudrait que les Noirs interdisent aux Blancs de venir chez eux. Qu’on interdise aux Blancs toutes les plages de rêve du monde des Noirs de la terre ! J’ai jamais entendu parler de sans-papiers français en Afrique ! Si ça existe ici, ça devrait exister là-bas ! » énonce très justement Nasser.

Je lis sur Internet que le père de l’auteur, Mohammed Hebbadj, ouvrier spécialisé dans la métallurgie devenu électricien grâce aux cours du soir, a fondé une famille heureuse avec Emma, épousée en Kabylie avant de fuir avec elle. Ensemble, ils ont huit enfants nés en France.

Je lis aussi que Fadéla consacrera un ouvrage à ses racines kabyles, sa terre, la mémoire de sa mère, de sa grand-mère.

J’ai beaucoup aimé ce livre, d’une pudeur extrême, d’une écriture appliquée, poétique et finement ciselée malgré le sujet pathétique, sans fioriture, sans rhétorique.

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Nasser est noir, il est musulman... Photo Jean-Marc Pellet

Nasser est noir, il est musulman... Photo Jean-Marc Pellet

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