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Delphine De Vigan : "No et Moi"

8 Juin 2013 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

No et Moi de Delphine De Vigan

Lou Bertignac est une adolescente surdouée. Sa mère est en dépression suite au décès de sa petite sœur Thaïs.

« Maintenant je sais une bonne fois pour toutes qu’on ne chasse pas les images, et encore moins les brèches invisibles qui se creusent au fond des ventres, on ne chasse pas les résonances ni les souvenirs qui se réveillent quand la nuit tombe ou au petit matin, on ne chasse pas l’écho des cris et encore moins celui du silence » écrit la narratrice.  

Elle dit aussi : « Depuis longtemps, je suis insomniaque, un mot qui finit comme maniaque, patraque, hypocondriaque, bref un mot qui dit que quelque chose se détraque, j’avale des gélules aux plantes le soir au dîner, et quand ça ne suffit pas mon père me donne du Rivotril, un médicament qui emmène dans un trou noir, un trou où on ne pense plus à rien. » 

Puis elle rencontre No, Nolwenn une jeune sans abri, se met en devoir de l’interviewer : ce sera le sujet de son exposé en classe. No raconte la peur, le froid, l’errance. No est une fille de la rue, une fille qui vit dans un autre monde que celui de Lou. Tout comme Mouloud, un autre SDF, un kabyle aux yeux bleus qui meurt une nuit d’une embolie pulmonaire sous sa tente, en hiver. Alors les gens apportent des fleurs et la concierge recueille son chien. « Les chiens on peut les prendre chez soi, mais pas les SDF » note l’auteur.

Il y a Lucas qui se moque de ses études, l’ami de Lou. Lucas est le roi, l’insolent, le rebelle ; Lou est la première de la classe, docile et silencieuse.

Certains soir, Lou n’a pas envie de rentrer chez elle, à cause de toute cette tristesse qui colle aux murs, à cause du vide dans les yeux de sa mère, à cause des photos de la petite morte enfermée dans une boîte. Elle pense à l’égalité, à la fraternité, à tous ces trucs qu’on apprend à l’école et qui n’existent pas.

La famille de Lou héberge No. Peu à peu, Lou apprend le passé de la jeune errante : une mère violée à quinze ans qui n’a jamais accepté sa fille élevée par une grand-mère morte jeune… Une mère qui sombre dans l’alcool. Lou qui fugue, qui n’apprend rien, qui finit à la rue.

Toutefois la présence de cette jeune personne va redonner un coup de jeunesse à la famille sclérosée de Lou.

Lou ressasse cette phrase lue quelque part : celui qui s’assure sans cesse de ta confiance sera le premier à la trahir. N’est ce pas prémonitoire ?

No rate son entrée dans le monde du travail, entraîne Lou presque jusqu’au bout du voyage. Lou en sortira vainqueur, s’en trouvera grandie non sans souffrance. Delphine de Vigan écrit simplement, des mots clairs et directs qui font jaillir un profond pessimisme mais sans pathos.  

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