Daniel Esnault : Le Paysan Accordéoniste
Le Paysan Accordéoniste de Daniel Esnault
Quatre-vingts ans, bon pied, bon œil, Henri Petiot, un paysan de l’Allier se rend au salon de l’agriculture, fidèlement, chaque année avec ses cochons toujours primés. C’est là, entre deux dédicaces au stand de l’Association des Écrivains et Artistes Paysans que Daniel Esnault a rencontré l’éleveur. Ce dernier lui a proposé d’écrire son histoire ; ainsi est né ce Paysan Accordéoniste qui raconte le parcours d’un homme depuis sa fonction d’aide familial chez ses parents à celui de propriétaire du domaine de Troussière.
Né en 1929, Henri a passé sa jeunesse à côté de Liernolles, dans une petite locaterie comme on dit dans la région, pas loin d’un endroit dénommé Turail des Quatre Piliers où étaient érigées les fourches patibulaires, autrement dit le gibet de la justice et où les condamnés à mort étaient exposés à la vue des passants…
Le dimanche le gamin sonne les cloches et chante les cantiques à plein poumon tandis que les commentaires vont bon train sous la caquetoire à l’entrée de l’église. Pour attraper les grenouilles, il utilise la lampe de poche ; « toutes les techniques sont bonnes pour arriver à sa faim… » écrit malicieusement l’auteur.
Tout jeune, Henri a deux passions : l’accordéon et la terre.
À 14 ans certificat en poche, il s’inscrit pour des cours par correspondance pour apprendre le solfège et anime les bals populaires et les mariages. Ainsi cet infatigable travailleur se fait des sous.
« Il s’occupe des labours car il aime trotter et guider les chevaux à travers les sillons. Sentir la terre, l’humus, écraser une motte de sa main, le remplit de bien-être. »
« Henri laboure avec une charrue à oreille pour établir une raie », et « pour avoir du bon vin, il y passe du temps, entre la taille, le déchaussage, le sulfatage et la quantité de visite de courtoisie ».
Henri et sa femme Anne-Marie achètent dix cochons Large White aux oreilles droites et bien attachées donnant une tête typée. On le surnomme bientôt le docteur Petiot tant il est attentif au bien être de ses bêtes.
Ce livre est un vrai voyage à travers le temps. J’y ai appris que le concours général agricole remontant à 1870 est remplacé par le salon de l’agriculture en 1964 grâce à l’impulsion du Général de Gaulle et d’Edgard Pisani.
Des détails donnent une idée juste de l’évolution du monde paysan : Anne-Marie passe son permis en 1961, l’assurance maladie fait son apparition ; en 1962, le problème du grand âge trouve un début de solution grâce à l’indemnité viagère de départ ; en 1967 les WC sont installés dans la maison…
J’aime la légende du loup blanc et « le génie meurtrier de l’homme qui a permis la destruction de l’espèce canis lupus ». J’aimerais aller voir le Jaquemart de Moulins. J’ignorais la définition de ce terme : c’est un automate d’art représentant un personnage sculpté en bois ou en métal, qui indique les heures en frappant une cloche avec un marteau. J’apprécie la définition de la vache : « elle a une barre de coupe à l’avant, un épandeur à l’arrière ! » ; et aussi le coup de gueule contre le « hors-sol » dicté par la course au rendement et responsable de la pollution des nappes phréatiques.
Merci Daniel Esnault pour ce beau livre. Il m’a rappelé bien des souvenirs à la ferme et m’a fait voyager dans ce milieu paysan que j’aime tant.
