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La part du feu de Hélène Gestern

2 Février 2016 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Hélène Gestern, La part du feu

Un petit incident mineur

Un banal incident et voilà que débute ce roman. Hospitalisé, Jacques Tesseydre doit décliner son groupe sanguin. Dès lors, un barrage intime se rompt en lui ; il liquide un très vieux mensonge et se défait en même temps d’un fardeau, et il avoue à Florence :

— Je ne suis pas ton père biologique. Je t’ai reconnue à la naissance. Mais je ne t’ai pas conçue.

Florence repousse les mots dans les replis de sa conscience.

Sa mère Cécile

C’est un étang noir ; Florence sait depuis l’enfance quand reculer devant ses berges. Obsédée par l’ordre et une passion accumulative, Cécile conserve les moindres objets, des plus inutiles aux plus incongrus. Cécile est malade : une variante sévère de Parkinson. Elle n’a jamais eu un caractère facile ; sa colère explose en geysers  pour une fourchette tombée à terre ou une paire de chaussures mal rangée. Florence répugne à entrer dans la connaissance de la vie intime de sa mère. Elle a beau se dire que les liens du sang sont un présupposé commode, mais qu’ils n’ont pas force de loi affective, elle succombe à la tentation et s’enfonce dans une enquête terrible.

Révolution

Outre Cécile et Jacques, Pierre Klein journaliste à Libé ; son frère Marc, Judith Braun, une des plus grandes pénalistes française, Jean-Etienne Devoldère… le personnage principal, c’est Guillermo Zorgen, militant et écrivain, auteur de La brûlure et la poussière. Élevé en Argentine, cet anarcho-marxiste, fondateur du Mouvement pour la Lutte Clandestine était un très bel homme à la carrure d’un tribun de la plèbe. Un homme qui écrivait dans une de ses lettres : la gauche, en nos formes que l’on dit extrêmes, ne fait que peu cas de la littérature, et elle a tort : c’est aussi dans la faculté créatrice que l’on puise les ressources nécessaires à penser le remaniement profond d’une structure collective ; ce qu’on appelle en d’autres termes, révolution.

Petit Pierre le définit ainsi : le genre de personnalité qu’on a du mal à oublier. Un type incroyable. Généreux, charismatique, entièrement voué à ses idéaux. Une sorte de prophète politique. Il possédait une force de persuasion comme j’en ai rarement vu. On se serait fait couper en rondelles pour lui.

Enquête

Les recherches de Florence jouent le rôle d’une gestation fantasmatique à rebours. Comme si les paroles de son père l’avaient obligé à se remettre au monde, en se lançant sur les traces d’un absent. Il n’est pas de difficulté dont la méthode ne nous permette de triompher, lui disait souvent Jacques lorsqu’elle était enfant. À travers le temps et l’oubli, elle fouille les décombres.

Florence, née sous Giscard, a grandi sous Mitterand et baigné dans une soupe tiède de cohabitation avant la cinglante gifle du sarkozysme. 

Oui, évidemment pour toi, les années 70 signifient liberté sexuelle, pilule, et tout ça. Mais pour l’extrême gauche, la révolution c’était du sérieux. Je te prie de croire qu’on ne brillait pas par notre sens de l’humour. En conséquence, l’amour, la musique, les amis, le plaisir étaient classés dans la catégorie « haïssables loisirs bourgeois ». Le jour on travaillait pour financer la cause, la nuit, on se réunissait pour faire avancer la cause, lui explique une militante.

Un très beau livre

J’avais écouté Hélène Gestern aux derniers cafés littéraires de Montélimar. Elle parlait de Eux sur la Photo, que je n’ai pas encore lu. C’est une grave erreur à laquelle je vais remédier, car nul doute que cette petite femme discrète, instruite, grave et déterminée va rentrer dans mes auteurs préférés. Une plume que je vous recommande.

Accessoirement, j’ai appris l’existence du maneki-neko, le chat japonais porte-bonheur que je ne connaissais pas, moi la chatophile ! Le voici en illustration. J’aimerais bien en avoir un…

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sur le bureau de la pénaliste un maneki-neko.

sur le bureau de la pénaliste un maneki-neko.

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