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Olga Canova, Une accoucheuse en Beaufortain

29 Avril 2015 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Une accoucheuse en Beaufortain d’Olga Canova,

Une accoucheuse en Beaufortain d’Olga Canova,

Une accoucheuse en Beaufortain d’Olga Canova,

Dans le cadre de « Mémoire du Passé », Olga Canova a été interrogée et Odile Walter a tiré une heure d’émission pour une radio locale. C’est comme si, en me priant d’écrire sous sa dictée, elle m’avait demandé de parler, non d’elle-même, mais de sa chère et belle vocation de sage-femme, dit-elle en exergue.

Née en 1909 à Beaufort, les dix premières années d’Olga sont marquées par la grande guerre. Embauchée par Madame Avocat pour la seconder à la maison et à la mercerie, elle apprécie beaucoup le fils de la mercière, le petit Lucien qui deviendra médecin. Elle rentre à l’école de sages-femmes de Chambéry quand elle a 25 ans. À l’époque, les soins qui entouraient la naissance et l’ensevelissement étaient une affaire de femmes.

Quand la guerre éclate, elle exerce en Beaufortin. Menue mais forte, bonne marcheuse, elle aime son pays ; en allant voir ses patientes, Olga retrouve le plaisir de grimper, de contempler les sommets et les vallées. Parfois en traîneau et mulet, le plus souvent à pied, elle fait souvent 20 kilomètres pour un accouchement. Elle a une pouponnière pour recevoir chez elle les femmes proches.

L’organisation de la médecine prénatale, la création de la sécurité sociale amènent les autorités du ministère à interdire ce mode d’accouchement à domicile trop aléatoire en matière de sécurité et d’asepsie.

L’infection, dans ces années-là, c’est la terreur. Il n’y a pas de pénicilline, seulement des sulfamides.

Les matrones n’ont qu’une paire de ciseaux, du fil ou de la ficelle.

L’ignorance et la pauvreté sont partout présentes. Quand Olga fait flamber ses instruments, les gens croient qu’elle se livre à des gestes sataniques ! Et quand elle débarrasse la table de nuit des objets pieux censés protéger l’accouchée, pour étaler un tissu blanc, on la regarde avec des yeux ronds. Extirper les idées reçues d’un autre âge fait partie de son travail.

En 1943, elle n’a pas de couveuse pour les jumelles prématurées, alors avec de la laine cardée elle emmaillote les petites et les mets dans une caisse capitonnée de lainage, ajoute trois bouillottes et pose le tout près du feu !

Autrefois baptisé dans les 8 jours, le délai est passé à 15 jours. On refusait les cloches à un enfant naturel et parfois on le baptisait la nuit.

La délivre provoque un sentiment religieux fortement teinté de superstition ; une ancienne croyance disait qu’il fallait enterrer le placenta dans la cave, tandis qu’à l’école d’infirmière on préconise de le brûler. Cette dernière méthode est entrée dans les mœurs, d’autant que les chiens avaient tendance à déterrer les placentas mal enterrés…

Après la guerre, les barrages, la coopérative et le développement du tourisme ont complètement changé le Beaufortain. Tandis que la sécurité sociale s’organise, Olga Canova quitte son cher Beaufort pour finir sa carrière à la clinique du Lac à Annecy. À 63 ans, elle prend sa retraite et s’envole à 83 ans.

C’était par excellence une femme de cœur, disent les témoignages.

J’ai appris auprès de cette sage-femme que le nitrate d’argent utilisé pour prévenir la conjonctivite pouvait être remplacé par du citron ; qu’un biberon d’eau de riz guérit la diarrhée ; que les pensées sauvages en tisane sont dépuratives ; que la violette soigne le « coup de froid » et la mélisse les coliques. Sans compte l’arnica dans l’eau-de-vie calme les coups, le plantain cuit dans le lait apaise un mal-blanc, les fleurs de lis blanc cicatrisent les coupures et font sortir les échardes, la tisane de bourrache contre le rhume, le calamandris, bu avec de l’eau-de-vie pour faire transpirer, (je pense qu’il s’agit du calament à grandes fleurs ou calamintha grandiflora), le génépi qui aide à digérer…

Un beau témoignage d’un temps pas si reculé. Moi aussi, je suis née à la ferme. Ma mère a accouché seule, le médecin arrivé bien plus tard à simplement constaté qu’une petite fille était née ce 17 janvier 1952. Zut, on attendait un garçon ! J’ai ainsi commencé ma vie dans le silence et la la solitude, ce silence et cette solitude que je continue à chérir aujourd’hui plus que tout.

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