Dans l’enclave des papes, à Richerenches, Quidam de Dominique Bastiani
Quidam de Dominique Bastiani,
L’action se déroule dans l’enclave des papes, à Richerenches, haut lieu de la commanderie la plus ancienne de Provence ; endroit cher à mon cœur.
Hélène, excédée par la présence de son voisin, rend visite à sa tante Margot, retrouve Lionel, avec qui elle cherchait les hoplies, des coléoptères dont le mâle arbore une armure bleue métallique, quand elle était enfant. Lionel a épousé Chantal, une parisienne bourgeoise et raciste qui adore les ragots. Elle prétend que Margot aurait kidnappé un moine avec qui elle aurait eu une liaison amoureuse.
Chantal n’apprécie pas les locaux :
— La France profonde est un réservoir de consanguins, tout le monde le sait.
Margot la provençale n’aime pas les parisiens :
—Tu sais comment ils sont les Parisiens ! Ils sont gentils mais ils ont tout vu, ils connaissent tout et ils savent tout. Ils se considèrent souvent comme supérieurs aux gens qui vivent dans les grandes villes de province. Nous ici, on est des indigènes pour eux. Moi au bout d’un moment ça me fatigue cette mentalité.
En suivant Quidam, un superbe matou qui adore vadrouiller, Hélène découvre dans la cave une porte chanfreinée qui ouvre sur un souterrain ; elle entend une voix d’homme…
Un vieux sage habite là, c’est l’amoureux de Margot ; il lui dévoile sa pensée :
— La maladie essentielle de l’homme moderne est une atrophie de l’homme intérieur. La transformation ne commence que lorsque nous explorons notre mental avec le cœur.
Il pratique l’octum sanctus : une sainte oisiveté faite de lecture tranquille et de méditation calme. Ce moine évadé a changé de cloitre pour l’amour d’une femme, ce qui lui a permis de comprendre Dieu.
Cet homme n’a plus d’identité. Légalement, il n’existe plus. Son tombeau est prêt, il demande l’aide d’Hélène pour le tirer jusqu’au trou, le moment venu.
Il lit le « livre des vers, des serpents, araignées, crapauds, cancres et taches qu’on porte à la naissance » de Paracelse.
Il est question de la loi des signatures du même auteur : les tomates rouges avec leur quatre cavités comme le cœur humain soignent les palpitations ; une rondelle de carotte s’apparente à un œil et améliore la vision ; la noix ressemble à un cerveau ; le haricot correspond à un rein et aide la fonction rénale ; l’avocat en forme d’utérus met neuf mois pour arriver à maturation ; les patates ont la forme du pancréas et sont bonnes pour les diabétiques.
Antoine le jardinier est inconsolable. Son petit Lulu, son frère, vient de mourir.
— Pourtant c’était le caganis, ce petit, s’il n’a pas grandi, ce n’est pas à cause de l’hérédité mais de l’humidité de Caderousse où il est né, un village entouré de digues, sur la rive gauche du Rhône. Son père travaillait la paille de millet pour faire les escoutes ; il redoutait l’arrivée des ballets russes : une catastrophe plus grande que la peste de 1720 !
Ce Lulu, c’est Lucien, un ancien de la banque de la Société Marseillaise de Crédit, le voisin de palier d’Hélène.
Margot est toute escancrayée. Le ciel a la cagagne : il recrache des météorites. — C’est le climat qui fait les mentalités. La vallée du Rhône, c’est un couloir, tout ne fait que passer. Quand il y a du mistral, ça passe tellement vite, qu’on n’a même pas le temps de voir ce qui se passe ; ce qui fait que les histoires ne s’agrippent pas à la mémoire des gens. Dans l’Enclave des Papes et la Drôme provençale, le terroir est resté attaché à la terre et au passé. Certains cherchent encore le trésor des Templiers, c’est comme ça qu’ils ont du découvrir les truffes…
Hélène finit par dénicher les restes du curé après l’invasion des sangliers dans la propriété de Margot. Le moine décède après lui avoir légué sa bibliothèque, Margot s’en va à son tour, délestée de ses secrets, en paix.
Ego te absolvo : c’est la formule consacrée du pardon de Dieu pour les pêchés et les fautes accomplies. Et convivencia : un vieux mot occitan « l’art de vivre ensemble » qui nous vient des Cathares et des troubadours.
Ce Quidam « parle » plante : l’armoise dont les femmes se servaient autrefois pour avorter ; une décoction de racines de valériane et quelques tiges de passiflore qui incitent au sommeil ; le tilleul planté devant l’entrée de chaque habitation provençale représente le symbole de la longévité de l’amour conjugal ; la sauge, séchée et brulée dans une coupelle en terre cuite : sa fumée chasse les mauvais esprits.
Le roman m’apprend aussi l’existence du maedup : un art de vivre coréen ancestral qui fait partie d’une des plus anciennes techniques manuelles, se réalise au bout du doigt avec une cordelette en soie, apprend la patience, la méditation et la perfection, permet de confectionner des objets de décoration, des bijoux, des accessoires vestimentaires.
Beaucoup de mots sympathiques du parler local : l’occitan.
Quidam meurt à son tour lorsqu’Hélène ouvre le dernier livre du moine ; il est vierge ; elle écrit le titre : Quidam, et nous livre son récit.
En toute franchise, ce premier roman sympathique de l’orangeoise Dominique Bastiani comporte quelques maladresses, mériterait des corrections : cela éclipse son charme, c’est dommage.
C’est facile de juger, n’est-ce-pas ? Comme dit le proverbe biblique, on voit souvent la paille dans l’œil de son voisin mais pas la poutre dans le sien…
