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De Haruki Murakami, Kafka sur le rivage

3 Janvier 2014 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Haruki Murakami Kafka sur le rivage

Un pavé de 619 pages, sur un très beau papier, écrit au présent ce qui est rare pour un roman.

Les élèves d’une classe partis chercher des champignons sur la colline, se sont évanouis. Seul Satoru Nakata ne reprend pas connaissance. L’institutrice qui accompagnait le groupe est restée longtemps en état de choc.

Kafka (cela signifie le Corbeau en tchèque) passe sa vie dans les salles de bibliothèque : le seul endroit où peut aller un garçon qui n’a pas envie de rentrer chez lui. Kafka ne sait pas comment s’appelle sa mère qui est partie en emmenant sa sœur aînée, lorsqu’il avait quatre ans.

Il fugue, s’en va à Shikoku, découvre la bibliothèque commémorative dont Oshima est le gardien. Cet endroit secret, tapi dans un creux du monde est exactement l’endroit qu’il cherchait.

Nakata se dit le seul idiot de la famille. Il discute avec les chats : Otsuka, la jolie siamoise Mimi, Kawamura. Nakata connaît le langage des chats. C’est en parlant avec eux qu’il a tout appris sur la nature, la vie et le monde. Toutefois, il tient secrète son aptitude à parler avec ces animaux.

En cherchant Sésame, une chatte écaille de tortue, il tombe sur un fou qui tue les félins pour réunir leurs âmes, avec lesquelles il fabrique une flute d’un genre particulier. Nakata supprime ce type puis va se dénoncer auprès d’un policier qui le prend pour un gâteux et ne note pas sa déposition.

Kafka Tamura se réveille allongé dans un fourré, inanimé, sur son tee-shirt, une tache de sang. Sakura qu’il a rencontré dans le train l’héberge pour la nuit. Elle pourrait être sa sœur.

Kafka va à Kôchi avec Oshima qui lui raconte l’histoire de la directrice de la bibliothèque, Mlle Saeki, qui ne raisonne pas selon les critères habituels et ne se laisse pas prendre au piège des apparences.

D’étranges incidents se produisent dès le lendemain de l’assassinat de Kochi Tamura le père de Kafka: une pluie de sardines et de maquereaux et une invasion de sangsues !

La prédiction est constamment présente, telle une mystérieuse étendue d’eau noire : « Un jour, tu tueras ton père de tes mains, et tu coucheras avec ta mère et avec ta sœur » lui répétait son père.

Nakata s’enfuit dans le Shikoku avec Hoshino un chauffeur poids lourd. Ce n’est pas vraiment le prince charmant mais un fils de paysan pauvre de Gifu, un ancien soldat dans les forces d’autodéfense devenu chauffeur routier.

Mlle Saeki est devenue célèbre avec sa chanson Kafka sur le rivage, elle a aussi interviewé des rescapés de la foudre. Kafka pense qu’elle a rencontré son père à ce moment là. Tantôt toute jeune fille de quinze ans, parfois celle d’aujourd’hui, fantôme ou hallucination, Mlle Saeki hante Kafka. Elle pourrait être sa mère. La malédiction est sans doute dans ses gênes, elle est son propre souffle et les vents l’emportent aux quatre coins du monde.

À part les chats, Nakata n’a jamais eu ce qu’on appelle un ami. Aidé par Hoshino, il trouve la bibliothèque où Mlle Saeki, avant de mourir, lui confie ses cahiers de souvenirs qu’elle lui demande de brûler. Nakata ne sait pas lire et s’exécute. Pour Nakata, une promesse est une promesse.

Nakata meurt à son tour. Toro le chat dicte la marche à suivre à Hoshino qui tue l’ectoplasme qui sort de la bouche du cadavre de Nakata. Ainsi il pourra reposer en paix.

Oshima qui se qualifie d’absurde hermaphrodite gay et abîmé est une femme : ses seins ont à peine poussé, il n’a jamais été réglé, il n’a pas ni pénis ni testicule et il est imberbe. Il donne le tableau et Kafka sur le rivage au jeune Kafka qui rentre à Tokyo.

Je ne résiste pas au plaisir de vous donner quelques lignes de ce long et magnifique roman : « Je me déshabille entièrement, et sors tout nu sous l’averse. Je me savonne les cheveux, le corps et me lave sous cette douche naturelle. Je me sens merveilleusement bien. Je ferme les yeux et hurle à tue-tête des mots sans suite. Les grosses gouttes me frappent comme des cailloux. Ces pointes de douleur semblent faire partie d’un rituel d’initiation. Elles frappent mes joues, mes paupières, ma poitrine, mon ventre, mon pénis, mes testicules, mon dos, mes jambes, mes fesses. Je ne peux même pas garder les yeux ouverts. De cette douleur se dégage un sentiment d’intimité avec le monde, comme si enfin il me traitait justement. Je me sens extatique, soudain libéré. Les mains levées vers le ciel, j’ouvre grand la bouche pour avaler l’eau qui dégouline sur moi ».

J’apprends qu’Haruki Murakani est un passionné des chats, ses seuls véritables amis tout au long d'une enfance solitaire, ceci expliquant la présence invariable de cet animal dans sa littérature. C’est aussi un passionné de musique.

Ce livre est très étrange : mi conte de fée fantastique, mi roman surréaliste. Il est nécessaire de se laisser aller, d’oublier ses préjugés, pour rentrer dans le monde de ce Japonais très particulier.

J’ai fait là une sacrée découverte.

Comptez quinze jours de lecture à dose homéopathique.

À part les chats, Nakata n’a jamais eu ce qu’on appelle un ami.

À part les chats, Nakata n’a jamais eu ce qu’on appelle un ami.

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N
Excellent roman, il en faudrait plus des comme ça!
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