La Fille de Michèle Gazier
4 Novembre 2013 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu
Michèle Gazier, La Fille
La mère est veuve, libre pour l’éternité. Elle élève la petite dernière, Marthe, en l’absence de toute image paternelle, dans le silence austère, où la chair et les hommes sont présentés comme des vices.
Lorsque l’aînée épouse un homme venu d’ailleurs, un homme à la quarantaine bien sonné, Marthe a huit ans. À l’école une fille lui dit qu’elle a un gros nez, donc toutes les nuits, elle dort avec une pince à linge sur son nez pour en resserrer les narines. L’amour pour Marthe c’est l’amour maternel, l’amour filial, l’amour de Dieu mort sur la croix pour sauver les hommes et surtout l’amour qu’elle porte à sa maternelle.
Seule distraction pour la petite Marthe : aller à la Vigne, un terrain et un cabanon dans la campagne proche : propriété de l’aînée et de son mari. D’autant qu’il y a un jeune cousin aux yeux bleus venu du pays d’ailleurs.
Marthe rêve d’une paire de mocassin que l’aînée lui offre. Elle dort avec sa boîte à chaussures contre son cœur, mais sa mère la surprend. Une fille normale ne dort pas avec ses souliers ! La mère emporte la boîte. Marthe pleure mais accepte.
Le fils épouse une blonde qui ne plaît pas du tout à la mère. Après la naissance du premier enfant du couple, la mère ne remettra plus jamais les pieds chez sa bru.
Très bonne élève, Marthe veut devenir institutrice, mais sa mère s’y oppose et l’inscrit en apprentissage comme « giletière ». L’institutrice frustrée continue à noter quelques phrases dans son journal intime. Elle s’ennuie, son travail monotone laisse trop de place à la rêverie et, chez elle, la rêverie débouche toujours sur la frustration.
La bataille entre la confection et le sur-mesure commence. L’aînée mène une vie de couple hérissée de rancœurs, affadie par l’indifférence.
La classe ouvrière bouge. Les congés payés sont arrachés de haute lutte. Coupée du monde, Marthe verse son salaire à la mère, n’en voit jamais la couleur. Elle donne des cours de catéchisme croyant trouver dans cet enseignement religieux un peu du bonheur qu’elle espérait trouver dans le métier d’institutrice.
Le cousin revient et lui offre une gourmette en larges mailles d’or ayant appartenu à sa mère. Vivre recluse entre l’ouvrage, le catéchisme, la messe, la vigne et les sorties toujours chaperonnée, ne pèse pas à Marthe.
Pendant la guerre l’aînée annonce qu’elle accueillera trois petits juifs. Marthe s’en occupe.
Puis sa mère décide de la marier et l’époux passe de mauvaise grâce sous le joug du tyran domestique. En effet, la mère garde sa fille pour elle seule, en vieille égoïste, comme on garde les bijoux précieux hérités des aïeux, dans des écrins défraîchis et garnis de coton.
Marthe tombe malade. Névralgies faciales diagnostique le médecin. En fait cette pauvre Marthe est enceinte ; habituée à nier le corps, elle refuse d’être une femme.
Quelle famille que cette famille Bonet que l’auteur ne nomme qu’une seule fois ! Hormis Marthe, il est toujours question de la mère, de l’aînée, du fils, comme si les personnages n’existaient que par leurs rôles familiaux. Quel masochisme de la part de Marthe. Elle me rappelle quelques vieilles filles du siècle dernier qui ont tout sacrifié pour obéir aux adjonctions familiales.
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