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Le passé peu glorieux de la France par Françoise Barry

5 Août 2025 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #coup de coeur, #j'ai lu

Exilés en Margeride de Françoise Barry
Le passé peu glorieux de la France

Michel Debré député de la Réunion, constate au début des années 60 que la moitié des enfants réunionnais sont hospitalisées à cause de la misère et des carences alimentaires. Dès lors il crée des cantines, augmente l’aide sociale avant de lancer en 1962 le Boumidom afin de solutionner les problèmes démographiques des départements d’outre-mer. Autrement dit comment faire venir les ultramarins dans l’hexagone. Le terme ultramarin signifie littérairement parlant comme un bleu intense, outremer. Sous ce mot élégant, il s’agit d’imposer l’exil forcé pour peupler les départements isolés de la métropole. C’est ainsi qu’au moins 1600 enfants dont des bébés quittent l’île de la Réunion.

Françoise Barry nous raconte dans son dernier roman et son dix-neuvième livre, intitulé Exilés en Margeride, en 250 pages palpitantes, l’histoire d’une famille qui vit sur les hauteurs d’Entre-Deux, au sud-ouest de l’île de la Réunion et dont les enfants sont déportés. Lya la grand-mère, sa fille Nelly, son mari Charles qui est coupeur de cannes et leurs deux enfants Marceau et Camille exilés contre leur gré.  

Les deux petits sont placés par la Direction Départementale de la Population dans des foyers puis transférés en métropole. Michel Debré est le responsable, la terreur règne.

Marceau et Camille sont capturés avec l’accord de leur père persuadé qu’ils auront une meilleure vie, Nelly est détruite, les deux enfants sont séparés.

Camille est d’abord accueillie par la famille Bonnal où le patron déclare :

— Nous n’avons pas demandé une gamine, mais un brave petit noir qui ne fait qu’un repas par jour. Il me secondera dans mon travail de fermier, quelle aide peut nous apporter cette noiraude ?

Dès lors brimades, punitions et corrections pleuvent. Un soir d’hiver, Camille pieds nus et sans chaussettes ne peut pas se déchausser. La peau de son talon reste collée à la chaussure… La patronne nettoie la plaie avec de l’alcool…

Puis Margot et Auguste Théron avec le dernier fils Sylvain l’accueillent. À l’école on l’appelle Banania, elle a peur du patron qui boit. La petite bergère ne parle qu’aux bêtes qu’elle est contrainte de garder. Veuve, Margot se remarie à son ouvrier Vincent. François, un copain de Sylvain rentre dans la pauvre vie de Camille comme une lumière. Sylvain la poursuit de ses assiduités, vaillamment elle se défend mais il dénonce les visites de François à la bergère et Margot interdit à Camille de fréquenter le garçon. Alors Camille fugue.

Plus tard, sous la protection des enseignants, Léonie et Pierre Moreau, elle accède au collège de Mende et présente son pays, son île au milieu de l’océan Indien devant les élèves de sa classe : les jardins d’orchidées, les montagnes, les cocotiers, les filaos, la canne à sucre, le coton, le poulet au curry…  Elle explique que l’État français, par un calcul politique d’une logique imparable et inhumaine déportait des enfants avec la bénédiction des parents qui avaient cru aux promesses. Se consacrant désormais à ses études, Camille obtient le bac, le diplôme d’infirmière puis celui de Cadre de santé avec un seul but en tête : retrouver sa famille.

Malgré les difficultés, le frère et la sœur se retrouvent. En 1980, ils s’envolent à la Réunion pour 3 semaines, serrent Lya dans leurs bras, entendent à nouveau le cri des perruches, des hirondelles des Mascareignes, découvrent Cilaos et son fameux cirque, au pied du Piton des Neiges, le cirque de Salazie et celui de Mafate, le piton de la Fournaise… Leurs copains déportés qui ont souffert loin de leur terre ont dépensé tout leur argent pour rentrer chez eux. Aujourd’hui, ils sont assis devant leur case tel des animaux domestiques qui ont reconnu l’odeur de leur foyer.

L’association des jeunes réunionnais demande à l’État de reconnaître ses torts et ses mensonges.

La députée de la Réunion Ericka Bareigts dépose une résolution à l’Assemblée Nationale visant à reconnaître la responsabilité de l’État dans l’exil forcé des enfants réunionnais.

En 2013, à l’occasion de la journée internationale des droits de l’enfant, une statue est dévoilée à l’aéroport de Gillot à Saint-Denis.

Cela n’effacera pas le manque d’affection, les sévices subis, les manœuvres des hommes politiques à l’égard de l’outre-mer colonisé et méprisé.

Je vous recommande Exilés en Margeride publié chez TDO Éditions dans la collection Terres du sud pour une pause enrichissante auprès de Françoise Barry, une locale native de Jaujac. Une lecture passionnante qui éclaire une période noire de notre histoire assez récente. Merci Françoise pour ce moment en ta compagnie.

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Françoise Barry

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