Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
nicole-faucon-pellet.overblog.com

À propos de : La femme qui ne vieillissait pas

8 Mai 2023 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #coup de coeur, #j'ai lu

La femme qui ne vieillissait pas

Réflexions sur le temps qui passe

Il y a bien longtemps que je n’ai pas fait de commentaire de lecture. Je m’y remets exceptionnellement aujourd’hui, pour une rencontre du hasard, un bonheur imprévu avec La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt. Ce dernier est connu pour au moins une dizaine de livres : autant de modèle d’une écriture admirable. Ce livre est une œuvre d’art pour le style de l’auteur, sa sensibilité, le choix précis de ses mots. Un petit roman de 250 pages qui met en scène la belle Betty, personnage principal de Delacourt atteinte d’une anomalie : elle ne vieillit pas !

Je recommande ce livre à toutes les femmes vieillissantes hantées par leur jeunesse perdue, incommodées par le jeunisme très à la mode, taraudées par la lutte contre les ravages de l’âge, les rides, le corps qui flétrit et les cheveux qui blanchissent, martyrisées par les courbatures du matin et l’arthrose…

Avec sa plume sensible, son écriture juste pour décrire les situations et les sentiments, Grégoire Delacourt nous offre le roman d’un homme à la sensibilité frémissante. Il sait analyser les tourments de la vieillesse : « Vieillir est douloureux et féroce. C’est laisser s’enfuir, sans que l’on puisse rien y faire, la suavité de la peau, son grain laiteux, c’est la voir se tacher, se détendre et pendre ; c’est laisser s’envoler les regards d’avant qui venaient se poser sur nous au hasard d’une promenade, ces regards gourmands, affamés souvent, qui nous font nous sentir belles, et savoureuses, et dont l’insistance, la vulgarité parfois, sont des louanges ».

Il sait aussi parler des gens de la terre : « Ils ne se plaignaient jamais, ni gel ni des pluies qui pourrissaient tout ; ils façonnaient la terre comme des sculpteurs, comme des amants ; ils lui parlaient, ils la remerciaient les jours de grandes récoltes, la consolaient lorsque le froid la fendillaient et la gerçaient ; ils aimaient que le temps marque les choses. Ils attendaient les printemps comme on attend un pardon. On leur a fait croire à des chimères, à la récompense un jour, au salut et aux médailles, pour avoir donné leur vie à la terre, on leur a prêté de l’argent, au nom de la PAC qui allait faire d’eux des hommes riches, des hommes fiers, oui, on leur a prêté beaucoup, à eux et à d’autres, comme on prête à la plaisanterie, et puis les banquiers plus tard sont revenus, voraces, ils ont exigé leur argent, anéanti des familles entières, rasé des arbres généalogiques ; les résidences secondaires grignotaient les terres telle une tumeur, les Français voulaient désormais des jardins, des potagers, des piscines en plastique pour occuper leur temps libre, des barbecues ; l’armée cherchait à récupérer les terres du Larzac, et les paysans sont devenus des méchants, les empêcheurs de tourner en rond, on parlait des soldats qui rentraient brisés du Viêtnam mais on ne voyait pas nos amputés à nous, nos déshérités ; quelque chose s’est alors éteint ans les yeux de mes parents et le jour de mes seize ans mon père, avec gravité, m’a demandé de partir ; il ne croyait plus à la terre qui déchiquetait les gens au lieu de les nourrir ».

Allez-y Mesdames. Vous ne le regretterez pas. Vous aussi Messieurs, vous êtes autorisés. Méditez sur vos états d’âme, oubliez les conseils des marchands de crème de jeunesse, apprenez à vieillir, apprivoisez la fin qui approche…

Merci Grégoire Delacourt.

Publicité
La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt

La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article