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Centième compte-rendu de lecture, c'est la fête

20 Novembre 2014 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #coup de coeur

C’est un anniversaire,  mon blog  fête son centième compte-rendu de lecture

Une enfance bercée d’histoire,

Je suis une lectrice assidue depuis toujours. Dans mon enfance, ma mère me lisait une histoire en me couchant. Je me souviens particulière de Barbe Bleue et des terreurs délicieuses que ce conte engendrait. Recroquevillée sous ma couverture, je regardais les frises qui couraient sous le plafond ; j’y voyais des assassins, des pauvres femmes opprimées par des époux tyranniques, des ombres se glissant sous le couvert des arbres, couteau en main… L’été, le chant des grenouilles dans le bassin tout proche ; l’hiver la chaleur de ma brique sous mes pieds m’aidait à retrouver mon calme.

En grandissant, j’ai rempli des carnets entiers de notes de lecture, recopié le vocabulaire qui m’était inconnu pour aller consulter « La Rousse » qui avait réponse à mes questions, enregistré le style de l’auteur et compulsé les atlas pour savoir où se situait l’action de tel ou tel livre.

Bergère,

À Réauville, j’ai continué à lire indéfiniment tout en surveillant mon troupeau. Aujourd’hui, les brebis sont parquées ; le métier de bergère a disparu hormis sur les alpages. J’ai aussi écrit mon premier roman que j’ai envoyé chez Grasset avant de guetter le passage du facteur qui, j’en étais persuadée, m’apporterait un contrat à signer… J’avais vingt ans ; la tête pleine d’espoir et d’illusion.

Ma brebis familière s’appelait Iseult, adorait les ramures de cornouillers qui ont l’art de filer droit vers le ciel et que je devais pencher vers elle. Mais, elle aimait par dessus tout les pages de mon livre dont elle se régalait si j’avais le malheur de m’éloigner !

Iseult est née sur les collines qui dominent le village de Valaurie, à l’automne, pendant que le troupeau cherchait les dernières touffes d’aphyllante de Montpellier avant que l’hiver ne les roustisse ; sitôt sa toilette terminée, je l’ai ramenée à la bergerie enroulée dans ma veste ; sa maternelle, inquiète, suspendue à mes basques. Iseult avait une oreille rousse. Ce fut ma première histoire d’amour. On ne s’est plus quitté. Elle me suivait partout agitant fièrement sa clochette ; quittant rarement les quelques chèvres du troupeau avec qui elle formait un groupe compact et solidaire. Friande de sel, les biquettes aimaient par dessus-tout arriver sur leurs sabots de velours et attraper une mèche de mes grands cheveux alors que j’étais investie dans ma lecture.

J’ai quitté la ferme pour épouser un boulanger, moi qui avais toujours clamé haut et fort que je détestais le commerce. Je le clame toujours, bien que j’ai passé quarante ans de ma vie à vendre les baguettes que cuisait mon fournier…

Heureusement, j’avais mes chers livres.

D’Iseult, je n’ai même pas une photo. Seulement l’image fidèle de cette bête extraordinaire qui est partie dans un camion pour rejoindre un autre élevage… À la vente du troupeau, mes parents m’ont donné un billet avec lequel j’ai acheté deux fauteuils en rotin qui reposent près de ma cheminée. Ces sièges provençaux paillés sont intimement mêlés à mon histoire.

Une vie à vendre des baguettes,

En Ardèche, avant de rejoindre le fournil, de descendre les corbeilles de pain à installer sur l’étagère, j’écrivais deux heures tous les matins. J’avais ainsi ma dose pour affronter la clientèle, ses réflexions et la monotonie des propos échangés. C’est ainsi que j’ai écrit dix livres que j’ai eu le bonheur de publier.

Mon mari a voulu me faire un blog ce que je refusais catégoriquement parce que j’avais peur d’y perdre trop de mon précieux temps. Il l’a fait quand même, j’ai immédiatement mordu à l’hameçon, séduite par ce nouveau moyen de communication qui me prend, comme je l’avais si bien anticipé, beaucoup de temps…

Hormis mes manifestations littéraires, j’y publie mes coups de cœur, mes crises de colère, mes angoisses et mes amours. Sans compter la lecture que je n’ai jamais abandonnée.

En octobre 2012, j’ai publié mon premier compte-rendu de lecture : Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis.

Je m’apprête aujourd’hui à publier mon centième compte-rendu !

Les mots : un engagement à vie,

Mon crayon à papier ne me quitte pas ; je  traque le style ; j’envie l’aisance de certains ; j’admire les plumes alertes ; l’originalité de Marie-Sabine Roger ou de la délicieuse Barbara Constantine ; la marque unique de Haruki Murakami ; les confidences de Malika Mokeddem et les épanchements thérapeutiques de Fatou Diome.

Désormais j’ai un ami en Islande : Erlendur d’Arnaldur Indrióason ; en Suède, je fréquente le commissaire Wallender d’Henning Mankell, Audur Ava Ólafsdóttir et Maria Ernestam ; en Norvège, je suis les pérégrinations d’Anne Birkefeldt Radge dans son écurie de cochons. Au Sénégal, je voyage en compagnie d’Ousmane Sembène, je ris lorsqu’il me raconte son Xala ; Mariame Bâ me parle de la condition des femmes et Abasse Ndione me raconté son trafic de yamba.

Dans la corporation policière, j’adore le commissaire béarnais Jean-Baptiste Adamsbert de Fred Vargas, le commandant Martin Servaz de Bernard Minier, et bien entendu Paul Cabréra et Riad Kellal les flics d’Oliver Descosse.

Sans compter la délicatesse de Marie Sizun, l’intransigeance de Mariama Barry, la « kabylité » de Fédéla Hebbadj, le combat contre l’autisme de Rupert Isaacson, la famille soi-disant ordinaire de Dominique Dyens…

Chez la famille du Midi, je lis à haute voix Jean Siccardi : c’est un maître d’écriture, un poète au vocabulaire très riche ; le Corrézien Louis-Olivier Vitté m’enchante, l’attachement de Georges Patrick Gleize à sa terre occitane me comble et  Christian Signol est mon fond de bibliothèque.

Sans compter Jean Christophe Grangé, Karine Giébel, le style inimitable de Claudie Gallay, le réalisme  de Catherine Cusset, le charme de Nancy Huston, le combat de Jean-Louis Fournier…

Vous l’aurez compris j’ai signé un contrat irréversible avec les mots. Tellement irréversible que parfois j’ai des difficultés à écrire faute de temps « perdu » à lire...les autres.

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Avec mon troupeau à Réauville !

Avec mon troupeau à Réauville !

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