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Le Tigre de John Vaillant

19 Septembre 2015 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

John Vaillant, Le Tigre

En direct du Primorié

C’est une histoire vraie, qui se déroule dans les forêts de l’Extrême-Orient russe, à côté de la frontière chinoise. Dans une grosse excroissance sur le corps massif de la Russie, la région du Primorié dessine une enclave en forme de griffe où la température peut atteindre -40°C.

Ici, la plupart des gens braconnent plus pour survivre que pour s’enrichir ; on dynamite les ours dans leur tanière : les pattes sont consommées en soupe et les vésicules biliaires alimentent les préparations médicinales. La corruption sévit.

Mi Toyota, mi Viagra

Les trappeurs de la région chassent la zibeline, sorte de grosse belette qui est au chasseur russe ce que le castor est à son homologue d’Amérique du Nord. Bien que tigre soit inscrit sur la liste rouge des espèces menacées en Russie, le tigre de l’Amour ou tigre sibérien est braconné, tué pour le sport, pour sa fourrure, pour ses vertus médicinales, pour l’argent, pour une question de territoire ou par vengeance.

Dans la taïga, on le surnomme parfois « Toyota » : avec la vente d’un spécimen, il est possible de s’acheter un 4X4. Le nom de la marque Viagra vient du mot sanskrit vyaaghra qui désigne le tigre.

En 2008, des marchands ambulants tibétains vendaient encore, au vu et au su de tous, les pattes et les pénis de cet animal. En Asie, on utilise toutes ses parties, jusqu’à ces excréments qui servent à soigner les maladies gastriques. Les tuniques cousues avec la peau des fœtus étaient autrefois recherchées par les mandarins coréens.

« Mère Russie »

Les peuples toungouzes, les Oudégués, les Nanaïs, les Orotchis, les Mandchous, acceptent la suprématie du tigre et vivent en bonne intelligence avec lui.

Les Russes parlent en terme affectueux de la « mère Russie » qui ne désigne par la nation, ni les élites dirigeantes mais la terre ; le lien profond qui les rattache à leur sol transcende tous les autres, à l’exception des liens familiaux. Ce peuple entretient avec la forêt, les plantes, les bêtes un rapport singulier qui a déserté l’Occident depuis des lustres.

Si tu as peur du loup, reste à l’écart de la forêt dit un proverbe russe.

En 1997, un tigre attaque Lev Khomenko, Markov puis Andréï Potchepnia et blesse Sokolov. Cette bête pesant dans les deux cent vingt kilos, franchissant d’un bond une clôture de trois mètres, n’est pas l’une de ces bêtes cacochymes qui s’attaquent au bétail faute de mieux, mais un mangeur d’hommes extrêmement déterminé qui s’est fait une spécialité de s’attaquer aux chasseurs.

Iouri Trouch, l’inspecteur en chef de l’Inspection Tigre, Alexandre Gorboroukov et Sacha Lazourenko le traquent.

Vers la disparition

Ce qui arrive aux tigres aujourd’hui peut se comparer à ce qui est arrivé il y a vingt-cinq mille ans à l’homme de Neandertal incapable de faire face à l’Homo sapiens et déclinant pour s’éteindre totalement. Depuis lors beaucoup de tribus humaines disparaissent. Moins que la mort et l’étiolement, ce qui menace ces cultures désormais, ce sont les déplacements de population, les conversions religieuses, les évolutions économiques et les mariages mixtes.

Un beau livre, une autre manière de voyager et de comprendre le monde. 

En 1997, un tigre attaque Lev Khomenko

En 1997, un tigre attaque Lev Khomenko

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