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UN JOUR SANS FEMME de Laetitia Colombani

2 Octobre 2026 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #coup de coeur, #j'ai lu

Me revoilà après un été d’ermite qui m’a permis de terminer mon roman que vous verrez sûrement bientôt. Nous en reparlerons. Pour briser le fil du silence, voici un compte-rendu de lecture.  

LAETITIA COLOMBANI

UN JOUR SANS FEMME

Elle est devenue célèbre grâce, entre autres, à son livre La tresse dont elle a fait un film superbe. La voici de retour pour un voyage qui m’a emmené à travers 4 continents à la rencontre de femmes qui choisissent de sortir du silence. Un très, très beau livre, magnifiquement mis en scène par Leatitia Colombani. J’ai passé en sa compagnie quelques jours de pur bonheur à voyager à ses côtés. Je vous le recommande ce livre.   

En Islande, Katla, jeune étudiante en sociologie enterre Soffia, sa meilleure amie, victime d’un féminicide. Cette tragédie bouleversante va devenir son fil conducteur. Des documents dans la ferme de sa grand-mère Amma lui décrivent la grève des femmes d’octobre 1975. Ces femmes appelées Redstockings portaient des collants rouges aux États-Unis d’où leurs noms avaient inspiré les Rodstromperne au Danemark et dénonçaient les inégalités touchant les femmes. À leur tour, les islandaises se rassemblent en congrès et décident d’une grève le 24 octobre. Radio et télévision arrêtent les émissions, hôpitaux, théâtre, usines, écoles, employées dans les magasins : le monde cesse de tourner ; les hommes ne savent pas changer une couche ou faire un repas et ce vendredi est très, très long pour eux… L’action des femmes marque durablement le pays, l’année suivante le parlement votre une loi garantissant l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, entrainant l’arrivée d’une femme à la tête de l’État. L’objectif du mouvement est clair : organiser une grève des femmes à l’échelle mondiale contre les violences qui leur sont faites. Le groupe sera apolitique. Katla s’engage ensuite en politique. Protester n’est pas suffisant, elle veut agir, mettre son énergie au service de ses  idées.

Au Japon, Michiko, jeune salariée est enceinte alors qu’elle est une des plus jeunes du service ! Un scandale. On lui conseille de démissionner. On lui impose aussi de porter des chaussures à talon et d’éviter les lunettes jugées inesthétiques sur un visage féminin. Son frère Tomoki ne parle plus, il s’est enfermé depuis 3 ans alors qu’il entamait sa dernière année dans une université prestigieuse. Il est devenu un hikikomori, il s’est cloîtré comme plus d’un million de Japonais. Michiko est la seule à lui rendre visite et à pénétrer dans sa chambre.

Au travail, le patron propose à Michiko un nouveau poste où il faut marcher sur de longues distances, porter de lourdes valises, gravir de nombreux escaliers tout en supportant ses nausées, puis il la réaffecte au service marketing dans une minuscule pièce. Les brimades persistent mais au pays de l’honneur, on plie mais on ne rompt pas… À bout, Michiko rejoint son frère, seul refuge possible, seul rempart contre l’effarante cruauté du monde. Elle poste une vidéo à l’intention de Daisuke, son mari pour l’informer. Les réseaux sociaux s’enflamment. Une influenceuse met le feu aux poudres et invite toutes les Japonaises à soutenir Michiko harcelée par son patron, qui a choisi de s’isoler pour faire acte de résistance. Je suis Michiko ! Nous sommes toutes Michiko ! Le mouvement se propage. Michiko devient le symbole de l’enfermement subi par les femmes japonaises, sous le joug de traditions rigides et patriarcales. Tomoki sort de sa léthargie.

À l’autre bout de la planète une étudiante islandaise exhorte les femmes du monde entier à cesser toute activité le 8 mars. L’information est relayée, le mouvement s’étend à l’ensemble du continent. Michiko accouche le 8 mars d’une petite fille. Michiko ne sera plus jamais une enfant sage, une employée docile, un bon petit soldat. Elle sera une mère heureuse, une épouse épanouie, une femme nouvelle, qui a conquis sa place dans le monde et se battra pour la garder.

Au Sénégal, Hawa, devenue urgentiste à la force du poignet, s’est exilée en France avant d’être victime d’un burn-out et de rentrer au pays pour se soigner. Une femme lui confie sa fillette Coumba souffrant d’hémorragie et Hawa revit son passé comme un boomerang : le couteau de sa grand-mère, la trahison de sa mère qu’elle n’a jamais pardonnée, le chemin vers la clairière dont elle revoit chaque détail. La blessure demeure, telle une plaie béante que le temps n’a pas refermée. Maintenant, tu es purifiée, lui avait dit sa mère. Mais purifiée c’est aussi privée de sexualité, amputée de ce plaisir qu’on accorde aux hommes et qu’on dénie aux femmes.

Lorsque Hawa envisage son avenir au Sénégal, un malaise l’étreint. Elle oscille entre deux mondes, dont aucun n’est véritablement le sien. Au village, on la voit désormais comme une Européenne : elle est celle qui a choisi de s’en aller. En France, elle est perçue comme une Africaine ; le pays l’a accueillie sans vraiment l’adopter.

Bien qu’interdites par la loi depuis 1999, les mutilations génitales sont encore pratiquées dans les villages. De nombreuses fillettes meurent d’infections ou d’hémorragies. Les parents n’osent plus venir à l’hôpital en cas de problème par peur d’être arrêtés ou conduits en prison.

Plus tard, Hawa peut enfin nommer ce qu’on a coupé : clitoris, l’organe du plaisir féminin. Les Bambaras disent qu’il est habité par le wanzo, la force du mal, dont on doit délivrer les femmes. Chez les Dogons, il est considéré comme un attribut masculin et amputé pour cette raison. Les Nandis prétendent que les filles qui demeurent entières, dépérissent et meurent à la puberté.  Hawa veut combattre les légendes, apaiser ses démons et regarder devant.

En 2008 au Kenya il a eu une grève du sexe. Pourquoi pas une grève contre l’excision ? se demande Hawa. Car sur le sol africain, chaque jour, 6000 petites filles sont mutilées et une journée sans couteau, ce serait 6000 enfants sauvés. Hawa reste au Sénégal, son pays, et se reconstruit pour être le dernier maillon d’une longue chaîne de femmes mutilées.

Au Salvador, Anna Maria, couturière en usine a perdu son mari Tono qui a rejoint une caravane de migrants en direction du Guatemala, pour traverser le Mexique puis le Rio Grande pour rallier Washington où vit l’essentiel de sa communauté. Disparu en mer, il ne revient pas chercher sa femme et ignore que sa fille unique est emprisonnée pour trente ans pour suspicion d’avortement.  

Après un combat acharné, Anna Maria est élue représentante du syndicat et sa fille est enfin libérée.   

Dès lors en Asie, au Japon, une avalanche de femmes déferle dans les rues. Le pays du Soleil levant est le premier à suivre la grève. En Corée du sud, en Thaïlande, au Vietnam, en Malaisie, aux Philippines, en Indonésie toutes les femmes défilent. Le même élan se propage en Inde, en Russie, en Grèce, au Moyen-Orient, en Europe de l’Est. À Dakar un groupe de médecins se mobilise autour de la question de l’excision et le combat se propage jusqu’à la Corne de l’Afrique, en Somali, en Éthiopie, en Érythrée à Djibouti…

Pour dépasser enfin l’inégalité entre les sexes et abolir les souffrances, le combat n’est pas terminé. Courage, mes sœurs de tous les pays, de l’Occitanie à l’Éthiopie…

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UN JOUR SANS FEMME de Laetitia Colombani

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