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Hervé Jaouen : Que ma terre demeure

20 Juin 2015 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Chapelle Menez Sant-Mikael dans les monts d’Arrée

Chapelle Menez Sant-Mikael dans les monts d’Arrée

Retour de Bretagne

Et par conséquence lecture bretonne, histoire de peaufiner un peu mes maigres connaissances. En effet, mieux qu’un guide de voyage, pour connaître l’intimité d’un pays, il faut lire les auteurs du cru.

Que ma terre demeure d’Hervé Jaouen m’a transporté à Plouralez, au nord de la Cornouaille.

Tad Kermorvan, veuf d’Herveline vit sur le domaine de Menez Glaz. « Celui d’en face », Armand Salaun occupe Kergrenn Uhellan avec son épouse Madeleine fille d’un avoué. Les deux hommes sont nés sur les terres ingrates du pays d’Arrée.

L’Ankou frappe

Anna, fille de la DASS épouse Youenn le fils aîné de Tad. Youenn ne rate pas son rendez-vous avec l’Ankou et n’eût été cet accident, Anna aurait continué à marcher dans l’ombre de son époux et ne serait pas sortie de sa chrysalide. À l’enterrement de Youenn, une demi-douzaine de veilles commères nécrophiles qui connaissaient par cœur la généalogie de la commune entière et ne manquaient jamais un enterrement ni une messe anniversaire, dans l’espoir, sans doute, qu’à leurs propres obsèques, on leur rendrait la politesse.

Veuve, Anna s’occupe de la ferme et de sa petite Gwenola en compagnie de Tad qui a aussi deux autres enfants : Margrite la revêche et Ronan grand voyageur.

Le maïs est une malédiction

Anna modernise l’exploitation, aménage une salle de traite et plante du maïs. Le maïs ! Quelque cinq siècles avant d’envahir la Bretagne, le blé indien avait affamé les Incas. Avide d’eau et de sels minéraux, la céréale les avait trompés, avait asséché et ruiné les terrasses andines, dévoré le foie et bu le sang de leur terre. Après la récolte le maïs laissait la terre nue et craquelée comme le fond d’un barrage de retenue après qu’on l’eut vidé de son eau, comme la croûte stérile d’un désert animal et végétal. Le maïs nourrit le cochon et le cochon le nourrit de ses déjections.

L’instituteur

Monsieur Herrou, apprend à ses élèves à distinguer une bécassine sourde d’une bécassine double, une draine d’une grive musicienne, un ramier sédentaire d’une palombe, un garenne d’un lièvre, une sarcelle d’un colvert. En échange de bons points, les gamins lui livrent des grillons, des sauterelles et des lombrics à tête noire. Sous la houlette de l’enseignant, Gwenola et Kévin le fils de « celui d’en face » deviennent ainsi des amoureux des bois et de fervents défenseurs de l’environnement. Kévin lui-aussi rencontre l’Ankou. Ce maître d’école, personnage pourtant secondaire dans Que ma terre demeure est une splendeur.

Les Paysans Citoyens

Ils refusent la vision cauchemardesque : la transformation de l’agriculture en industrie. Le hors-sol autorise toutes les installations n’importe où. On peut très bien imaginer un élevage de cochons place de la Concorde ; le lisier coulerait directement dans les égouts !

Anna rejoint les rangs des militants et après un essai d’agriculture intensive, rejetant le panurgisme, elle quitte le sillon de la chambre d’agriculture et revient en arrière pour le plus grand plaisir de Tad. Désormais, sur le domaine de Menez Glaz, la soie violette des carrés de luzerne, débarrasse la terre de tous les poisons accumulés sous le maïs et dans le ventre d’Anna germe l’embryon d’une nouvelle vie qu’elle a soigneusement programmé.

Avant un accident cardiaque, Tad griffonne un nom et une adresse sur la marge du journal. C’est ainsi qu’Anna apprendra la vérité de ses origines : elle a trois pères présumés dont l’aotrou le Monsieur du château Henri de Guersalek.

Un écrivain paysan au service de sa terre

En filigrane tout au long des pages, une histoire d’amour, un hommage constant à la terre, des descriptions magnifiques, des personnages violents et passionnés, une émotion servie par les mots justes d’Hervé Jaouen. Quelques exemples : La rumeur naît dans le marécage de la malveillance, mature sous la lise, cloque sur les langues des crapauds et s’en va chatouiller les tympans. Ou encore : Rien de tel que la haine pour vous donner du cœur à l’ouvrage. Et aussi : Il est des combats qu’on perd avec plaisir parce que la défaite vous libère de l’obsession du défi. Pour échapper aux chiens, le blaireau recule au fond de son trou.

Hervé Jaouen est un frère de Giono, un très grand auteur ; sans conteste un modèle d’écriture classique et indémodable. Comment se fait-il que je ne le connaisse qu’aujourd’hui ? Vite, vite d’autres livres du même auteur !

Bevet Breizh ! et Kenavo ar c’hentañ.

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