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Didier Cornaille : Le prieuré

5 Mai 2015 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Le prieuré de Didier Cornaille,

Élodie et Samuel, élevés par leurs grands-parents ont passé une enfance heureuse à courir les bois du Morvan. Quand l’heure de l’entrée en sixième sonne, les parents d’Elodie récupèrent leur fille pour lui faire poursuivre sa scolarité à Paris. Les deux gamins, amis inséparables, sont malheureux. Dès lors Samuel végète, quitte l’école le jour de ses 16 ans pour s’occuper de la ferme de son irascible grand-père.

Jusqu’au jour où Élodie revient dans la maison de son enfance, la maison neuve comme on l’appelle, avec son mari Francis Magnancourt et sa fille Julie. Francis gère son cabinet d’architecte à distance à l’aide de son ordinateur portable. Samuel noue des liens avec le couple, sortant ainsi de son isolement.

Francis se passionne pour la vieille chapelle dans laquelle il découvre des fresques ; Antoine Souvert le maire du village fait des projets autour de ce patrimoine de la plus haute valeur culturelle. Pour aménager les abords de la chapelle, Souvert convoite le terrain où Justin, le grand-père de Samuel, accumule toutes sortes de choses rongées par la broussaille. Bien entendu le vieux paysan refuse.

Francis n’est pas du pays, juste le mari d’une descendante des Rabaut qui a fait fortune. L’aménagement très mal vu par les villageois défenseurs de l’authenticité locale partage le village en deux.

Au cours de l’inauguration officielle de la chapelle, presse, télévision et nombreux badauds sont présents, Francis meurt suite à un coup violent porté à la nuque. Samuel, désespéré se cache ce qui le désigne comme coupable. Élodie sait qu’il est innocent. Samuel a vu l’assassin et a essayé de le désarmer mais ce dernier l’a menacé. Pris dans sa logique du faible, du petit qui sait sa parole de si peu de poids face à celle du puissant, ce rustre taiseux se planque.

Face à la menace d’expropriation, Justin sort le calibre 16. L’intrusion des étrangers le dérange. De surcroît, Francis par alliance est du clan de cette branche des Rabaut qui a toujours posé problème. Or Samuel fréquente Francis et se prend de passion pour ses chevaux, des animaux du diable, des acolytes des nobles et des gendarmes. Le conseil municipal vote pour l’aménagement.

Serge Vinalet qui travaille dans une scierie, persuadé de l’innocence de Samuel, mène l’enquête en compagnie de Gaston Bedaret qui cure les rigoles à l’automne, jardine l’été et ne jure que par sa pelle, sa pioche et toute la gamme d’outils simples et rustiques dont il a gardé le savoir-faire.

Serge passionné par la lecture des lettres fictives écrites par Samuel découvre la sensibilité et la délicatesse de ce solitaire taiseux, le cri caché d’un homme résigné à sa propre solitude, un homme dissimulé derrière les apparences que la vie lui avait infligées. Il n’a rien à cacher, rien à se reprocher, hormis ce que la vie avait fait de lui : un asocial n’ayant que la fuite à opposer au regard des autres.

Quelle ambiance à Saviniolet ! Qui est d’un parti une fois peut être de l’autre au prochain débat. Nul ne s’en étonne. On a ses convictions pour soi, temporisées d’innombrables considérations familiales, de voisinages, de rancunes et de limites de propriété à défendre… Celui qui n’est pas natif du pays et n’y a par conséquence aucune tombe à fleurir à la Toussaint, est, par définition un étranger. Ils sont pourtant devenus de plus en plus nombreux ces étrangers. À force de pousser les jeunes du pays à le quitter, ceux qui y avaient toujours vécu s’étaient amenuisés. Les panneaux « à vendre » avaient fleuri. Maintenant, des étrangers siégeaient au conseil municipal, animaient des tas d’associations et prétendaient s’immiscer dans les débats locaux en comptant pour quantités négligeables les histoires familiales, les vieilles inimitiés et les coutumes. Alors, ce qui avait déchiré la famille Rabaut un siècle et demi plus tôt…

Samuel est arrêté ; Élodie mise sous contrôle judiciaire. La tension monte ; le Comité de Soutien et de Défense de Samuel Rabaud et l’Association pour le Respect et l’Authenticité du village se constituent. La presse s’en mêle.

Bravant tous les dangers, Serge et Gaston trouvent l’assassin à la suite de longues recherches.

Admirablement écrit, ce livre est à déguster doucement. Un morceau d’anthologie sur la société rurale et la bêtise des gens ; sur les jamais contents par principe, les pour ce qui est contre et contre ce qui est pour.

Ça pourrait se passer ici...

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