Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
nicole-faucon-pellet.overblog.com

Miroir de sang d'Olivier Descosse

1 Août 2013 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Olivier Descosse : Miroir de Sang

Paul Cabrera et Riad Kellal, flics à la Brigade Anti Criminalité, sont unis par une grande amitié ou plutôt une sorte de gémellité : en effet Cabrera est Sicilien, Kellal est Algérien. « La famille Cabrera a débarqué de Sicile au début du siècle, son enthousiasme s’est brisé sur des falaises de haine. Pour devenir marseillais il leur avait fallu trimer pendant quatre générations. Bien qu’exilés à Marseille, la Sicile pulse encore dans leurs veines son jus sec, ses priorités d’évidence, des croyances d’un autre âge ». Quant aux Algériens, « ils n’ont plus rien en Algérie. Ils sont tous nés ici. Dans les nouvelles générations, personne ne sait à quoi ça ressemble le bled. Le terreau des Beurs, c’est des cages de merde dans lesquelles sont parqué leurs rêves ».

Miroir de Sang démarre avec la découverte du cadavre d’une gosse écorchée, dans les calanques.

Miroir de Sang : 427 pages haletantes, 427 pages d’une écriture sculptée à la gouge d’un artiste sans complaisance. Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager quelques phrases de l’auteur, ce Marseillais qui peint sa ville comme un personnage à part entière.

Françoise, l’ex femme de Riad, signale la disparition de leur fille Leïla qui passait la nuit chez son copain Guillaume Merrant en compagnie d’autres petits camarades.

Leïla porte une marque de naissance unique, une sorte de décalage au niveau des muscles fessiers. Le cadavre porte cette estampille d’horreur. La gamine écorchée c’est la fille de Riad. Il devient fou.

Désertant la police, il mène l’enquête en solitaire. Son supérieur hiérarchique, le commissaire Vial demande à Paul Cabrera de le retrouver avant qu’il ne fasse justice. Dès lors, deux enquêtes parallèles s’ouvrent pour le lecteur. Une course poursuite s’engage pour remonter jusqu’au tueur.

Paul commence par la Cité Félix-Pyat, « à deux pas du port de commerce, une enclave ressemblant à un furoncle sur le point d’éclater. Et partout, scellée dans le béton comme un cordon ombilical absurde, une forêt d’antennes paraboliques orientant son oreille démesurée vers la rumeur du monde. Dans l’air, une odeur de benne à ordures, mêlée à celle plus entêtante de la pisse. »

Riad retrouve son frangin Kader. Pourtant, « depuis l’enfance, les routes des deux hommes se construisaient à l’opposé. Mais, ils venaient du même ventre, une matrice de sable balayée par le vent, tantôt brûlante, tantôt glaciale, mais toujours en mouvement. » Saïd Abdou, un nervi surnommé La Lame, se met dans la partie.

De temps en temps au cours du roman, un chapitre consacré à Karl et Philippe, leur étrange relation : l’un nettoie les outils de torture, prépare les planques, écoute l’enregistrement de ces sons déchirants qui lui permet d’imaginer le fond de l’âme humaine, de s’en approprier le désespoir ; l’autre fait le boulot. Philippe va au rendez-vous fixé par Karl et longe la plage. « Des chairs ambrées étalaient leur langueur sur ce tapis de clous, insouciantes, offertes en sacrifice à la brûlure du soleil ».

Michel Foulon expert psychiatrique venu de Paris, pense que « le meurtrier a érigé la torture en art, un art dans lequel victime et bourreau peignent ensemble une toile intime. Il s’agit sûrement d’un pervers narcissique apaisé par la douleur de l‘autre ».

Paul lui est sur la trace d’un gitan, grand, brun, basané.

« Place du Marché-des-Capucins, chaque matin, tous les peuples du Sud se donnent rendez-vous là. Une enclave tropicale où se mélangent les couleurs, les odeurs, les dialectes. La ville entière vient y faire provision d’exotisme, soudée pour un instant dans une ambiance bon enfant ».

Riad et Kader remontent jusqu’au Hell’s adhérent du club des Bandidos, puis jusqu’à un indic qui les met sur la piste d’un nommé Brad Pitt à cause de son look, de sa gueule d’ange et de sa coupe en brosse. Ce dernier a été interné dans un pavillon de haute sécurité, une cage pour ultraviolents.

Paul retrouve le chevillard qui a vendu un enrouleur à un gitan ; Malika, la fille de Kader, celle dont « les cheveux sont parcourus de reflets rouges, comme des flammèches de velours », lui refile des tuyaux. Elle aussi vient de l’immigration. Il s’agit maintenant de filer Marius Ferracci aux doigts couverts de cylindres d’or.

Thibaud Martial, un handicapé est enlevé et dépecé.

À bout, Riad appelle Paul au secours. Les deux amis se retrouvent.

Riad remonte jusqu’au docteur Nicolet, un hypnothérapeute puis jusqu’à Patrick Carré qui va l’aider à résoudre le mystère. Mystère que je vous laisse découvrir.

« La cité phocéenne a des airs d’Alger. Même blancheur, même impression de foisonnement, mêmes grues démesurées arquant sur les miroitements du port leurs phalanges de fer » lorsque Riad rejoint son pays d’origine, une fois l’enquête terminée.

«Il galope certainement dans les dunes, monté sur un pur-sang aux artères de lave, accueilli par des hommes aux pommettes de silex, au front crénelé de rides, masqués sous des chèches couleur d’azur. »

Miroir de sang d'Olivier Descosse

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article