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Maurice FREUND, le Robin des airs

4 Juillet 2016 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu, #coup de coeur

Est-ce ainsi que les hommes volent de Maurice Freund

Dans les bois de Saint-Remèze vit un homme illustre

Et discret. C’est un Robin des airs, un boy scout alsacien ; il a parcouru le monde dans tous les sens, depuis l’Inde en passant par le Stromboli, depuis le Pérou, la Colombie et le Yémen en passant par l’Afghanistan, Lima, Singapour, Bangui, La Réunion, Madagascar…  

Mais, ses terres de prédilection c’est l’Afrique : Tamanrasset, Ouagadougou, Gao, Agadez, Mopti, Nouadhibou, Zouerate, Faya-Largeau sur le territoire des Toubous, là ou avec quatre dattes et un peu de lait, les farouches guerriers totalement réfractaires à l’islam radical, tout en nerfs et en muscles sont capables de marcher cent kilomètres.

On dit de lui que c’est un Africain. Il a inventé le charter et emmené des milliers de voyageurs sur d’autres planètes.

Si le destin se forge dans la rencontre d’un homme et d’une situation, alors Maurice Freund s’est fondu à jamais avec le continent africain.

Il vient de publier aujourd’hui aux Éditions de la Martinière, une autobiographie préfacée par Pierre Rabhi, son frère spirituel : un récit intime et sans fioriture où il raconte sa vie. La jaquette de couverture présente son récit comme les mémoires d’un Robin des airs.

De cette existence riche, sans concession, toute entière dédiée à la traque contre l’injustice, l’aventurier téméraire en a tiré un témoignage sincère, un récit brut où il se livre nu et cru à ses lectrices et lecteurs sur trois cents pages. S’il trépigne aujourd’hui sur les pierres d’Ardèche, il guette la brèche pour repartir vers ses pays de prédilection.

Du Point Mulhouse jusqu’au Point Afrique

Le Point Mulhouse fondé en 1964 reste pour lui la plus grande émotion solidaire, l’engagement le plus fort de sa vie avec la rencontre de Thomas Sankara et de Pierre Rabhi. À cette époque, le jeune Maurice Freund et ses copains construisent un chalet dans les Vosges. Il garde en mémoire un missionnaire croisé au séminaire, qui creusait des puits en Inde… Alors, l’idée germe : voyager auprès des populations défavorisées et enclavées, les aider. Reste le prix exorbitant du billet. Alors, il affrète un avion et l’aventure commence ; elle durera toute sa vie.

Quelques souvenirs marquants : lorsque le Point crée en 1984 une compagnie nationale de fret : Naganagani « l’oiseau qui ira loin », les haricots arrivent par tonnes du Burkina et se vendent comme des petits pains.

Très vite six vols par semaines s’envolent pour Ouaga, de quoi faire pâlir de jalousie UTA et Air Afrique.

Ou encore l’aventure de Gorom-Gorom ou « aller-retour » à la frontière du Mali et du Niger, dans la région de l’Oudalan où vivent Touaregs, Peuls et Songhaïs. Pierre Rabhi apprend aux locaux la technique de l’humus selon les principes du philosophe Rudolf Steiner qui considère que plantes, animaux, agriculteurs et déchets concourent à fertiliser, nourrir et maintenir en forme tout l’écosystème.

À l’époque le Burkina dépense des centaines de milliers de francs pour acheter des engrais, sous forme de prêts financés par la Banque mondiale. Gorom devient un centre de formation.

Maurice arpente les continents depuis quarante trois ans. Il a passé son temps à défier les prix et les tarifs appliqués par les compagnies aériennes monopolistiques, se faisant autant d’ennemis puissants que d’amis intimes.

Faut dire que le petit Alsacien aujourd’hui septuagénaire n’a peur de rien ni de personne : une enfance difficile, un passage par  le petit séminaire, un père perdu dans le camp soviétique de Tampov avec tous les « malgré-nous » oubliés des récits ; un grand-père né français en 1870, qui devient allemand en 1871, français en 1918, allemand en 1940, français de nouveau en 1945. Tout petit, il connaît le racisme et l’injustice politique des situations « à la marge ».

Il ne se définit ni comme un idéologue, ni comme un intellectuel. Chez lui, la pratique précède la théorie. Il voulait un outil pour défier l’ordre établi, les obstacles, les monopoles, les interdits : il l’a trouvé. Il ne lâche rien, fidèle à lui même et à ses principes.

Le Point Afrique est une coopérative qui pratique le tourisme solidaire et fait de l’aérien pour les baroudeurs fauchés et les immigrés. Tous les bénéfices sont ré éjectés dans les zones enclavées en cases, centres de vacances, taxis, pirogues, achat de poules ou de chameaux…

Des chapitres savoureux

À Ouaga, il rencontre le Mogho Naba, l’empereur des Mossis, au palais de la cérémonie publique appelé le « moogh-naab-yisgu ». Les Mossis, c’est la principale et plus ancienne ethnie de la Haute Volta devenue le Burkina Faso, le « pays des hommes intègres » en 1983 quand les parachutistes de Blaise Compaoré s’emparent du palais et que Thomas Sankara prend la présidence du Conseil national révolutionnaire. Maurice rampe sur plus de cinquante mètres, les yeux baissés, pour atteindre les pieds du monarque et remporter le sésame qui lui ouvre les portes du pays.

En 1990, de violents maux de tête et nausées l’accablent. Suite à des analyses, un stomatologue trouve des résidus de cyanate. Son ancien secrétaire confie à Magali, la femme de l’auteur :

— Je croyais bien faire, j’ai versé tous les matins dans son café une pincée de poudre qu’on m’avait donnée pour le protéger…

Quelques pages sur la cérémonie au bord du fleuve Niger : initié avec les sorciers, un bœuf est immolé ; Maurice avale sans broncher des coupelles d’un liquide noir et sirupeux d’une infinie abjection avant d’être enseveli dans le sable.

Éteindre l’islam avec des armes : un combat perdu d’avance

Il y a encore peu de temps, les visas, la peur ou même la guerre n’arrêtaient personne, écrit Maurice Freund. Aujourd’hui la carte du monde est rongée par la religion et les politiques sécuritaires. À force d’empêcher tout développement économique local, de mépriser les peuples minoritaires, de ruiner les espoirs politiques à force de corruption et de coups d’Etat de mèche avec les puissances étrangères, l’humiliation est à son comble. Éteindre les flammes de l’islam radicalisé avec les armes : c’est pour lui un combat perdu d’avance.

L’auteur s’insurge : la France s’interroge pour accueillir quelques milliers de migrants, on parle de « République », bien peu d’égalité et de fraternité. Arrêter de débattre et de pinailler quand la vie d’autres hommes est en jeu. Aucun ordre économique, aucune sécurité policière ne viendra nous sauver du sentiment hideux d’avoir humilié et laissé mourir quiconque à notre porte.

Point Voyage

Aujourd’hui Point Afrique s’est métamorphosé en Point Voyage. Quelques salariés, le directeur Kévin Girard en tête proposent de nouvelles destinations moins compliquées, ailleurs dans le monde. Maurice Freund reste président de la coopérative.

Comprendre, rencontrer, découvrir : trois gammes sont au catalogue du jeune Point Voyage. Cette année 2016, un spécial fête de Holi, la fête des couleurs : voyage classique au Rajasthan agrémenté d’un tour vers Khajurao et Varanasi, histoire de célébrer le printemps et la fertilité en mars.

Et aussi,  « mieux comprendre la magie du culte vodou » au Bénin : une plongée dans les rites ancestraux et les cérémonies d’une société occulte, qui se sont exportés vers les Caraïbes et le Brésil, au gré des différentes traites d’esclaves.

Le Cap Vert, l’Afrique du Sud ou comment mieux comprendre l’apartheid ; le Japon et la cuisine nipponne ; les Mayas du Mexique…

Sans compter le retour au Tchad : le massif de l’Ennedi et du Tibesti, la Guelta d’Archeï, les sables du Wadi Aroué, les arches de Julia et Aloba, le site de Terkeï, le lac Yoan et Bokou… et bien entendu, les fiers Toubous avec leurs chameaux qui s’abreuvent aux côtés des crocodiles.  

Depuis les attentats du 13 novembre 2015, puis ceux de Bruxelles et maintenant d’Istanbul, Point Voyage cherche sa draille à travers le monde.

Le coup de cœur de Kévin, c’est la Palestine un très beau petit pays, couvert de strates historiques et culturelles et de cicatrices d’un passé encore à vif. 

L’homme je le connais

Ce Maurice Freund avec qui j’ai partagé quelques avions, quelques fêtes, quelques repas, je le connais un peu. Mais j’étais loin d’imaginer son extraordinaire parcours, sa vie hors du commun, qui a perduré sur le long terme avec une boussole toujours fixée sur le même objectif : l’aide humanitaire auprès des populations défavorisées.

Mon long récit s’adresse sûrement uniquement à celles et ceux qui aiment lire. Je m’en moque. Je voulais vous présenter le Robin des airs et vous inciter au voyage et à la lecture de ce Est-ce ainsi que les hommes volent.

Maurice arpente les continents depuis quarante trois ans.

Maurice arpente les continents depuis quarante trois ans.

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