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Elle s’appelle Bilqiss, elle attend sa lapidation

13 Juin 2016 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Saphia Azzeddine, Bilqiss

En attendant la lapidation

Elle s’appelle Bilqiss, comme la reine de Saba et elle a déclamé l’adhan, autrement dit l’appel à la prière : une pratique réservée au muezzin. La faute est impardonnable, surtout venant d’une femme. Dans sa cellule, en prison, quelque part dans un pays musulman jamais nommé, elle attend sa lapidation.

Les érudits  lui ont confisqué les cassettes d’Abdelhalim Hafez et les poèmes de Hafez qu’elle a enterrés dans son potager en nourrissant l’espoir qu’ils feraient ensemble des bébés. En effet la musique et la poésie  détournaient de Dieu le cœur du croyant. Bilqiss a aussi dans son frigo des légumes entiers de forme phallique ! Or, la tradition exige que le maraîcher les prédécoupe au marché.

En préambule, elle est d’abord condamnée à 37 coups de fouet.

Le juge

Le juge Hassan s’est hissé à la tête des oulémas de son district. Devenu juge des questions islamistes, il entame le procès de la femme qui a abusé au nom de Dieu. Il le fait durer tant qu’il peut.

La journaliste

Leandra Hersham, journaliste américaine a vu des vidéos. Cette jeune Occidentale trop enjouée pour admettre la détresse de la condamnée sans essayer de l’abonnir, décide de partir à la rescousse de Bilqiss.

Cette dernière refuse toutefois d’incarner ses craintes et encore plus que sa réalité serve de paillasson à ses rêves. Pour Bilqiss, l’Amérique est atteinte du syndrome de Münchhlausen : ils torpillent le pays et ensuite viennent panser ses plaies.

Dans le portrait qu’elle veut dresser de Bilqiss, c’est encore elle, Leandra, la jolie blonde qui aurait courageusement bravé mille dangers, dont on parlerait au final, parce que les Occidentales ne savent faire que cela : se gargariser de leur propre humanité.  

Landréa croit tenir son sujet : l’impossible amour d’un juge fondamentaliste et de sa condamnée.

Saphia Azzeddine : une mine d’informations

Outre une écriture limpide et un style très personnel, l’auteur m’a appris des tas de choses.

Que la lapidation nous vient de la loi juive. Les juifs lapidaient les hommes et les femmes adultères. Cela relève de la loi mosaïque (l’ensemble des préceptes donnés par Moïse au peuple juif et consignés dans la Torah). C’est le Christ qui, le premier, contesta cette pratique en s’opposant aux membres du Sanhédrin. Lorsqu’un jour ils lui présentèrent une femme adultère, le Christ répondit que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre.

Que dans ce pays, une vieille habitude philologique de la langue veut que ce soit l’extérieur qui frappe et non l’inverse. Ainsi, écrit l’auteur, nous ne disions pas « J’ai attrapé froid » mais « Le froid m’a attrapé », « La fenêtre m’a cogné », « La soupe m’a brûlé ». Jamais nous n’étions responsables de ce qui nous arrivait. Nous étions éternellement irresponsables.

Je vous recommande ce Bilqiss.

elle attend sa lapidation.

elle attend sa lapidation.

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