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Hélène Gestern était aux cafés littéraires de Montélimar

31 Mai 2016 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Hélène Gestern, Portrait d’après blessure

Deux vies brisées

19 septembre à 12H07, la vie explose : une bombe éclate dans le métro. Olivier prend Héloïse blessée dans ses bras et court vers la lumière. Un photographe impudique immortalise la scène. Dès lors, l’onde de choc n’en finit plus.

Héloïse Trévisan gère les bases de données du département Mémoire et Patrimoine. Elle a toujours souhaité rester inconnue des services du web ; elle a le goût de l’ombre.

La télé s’en donne à cœur joie. Au JT, la journaliste a beau dramatiser, elle paraît perplexe : l’os terroriste, si plaisant à ronger, se dérobe sous la dent. « Septembre de la foi », « mystère qui demeure entier », « geste isolé », « acte suicidaire » : on masque sous des formules usées jusqu’à la corde par leur répétition, une agaçante absence d’informations.

Ainsi un caprice du destin propulse à la une d’un magazine, l’un des plus vendus en France, la photo d’Olivier et Héloïse : des milliers d’exemplaires feuilletés dans la salle d’attente des dentistes, des proctologues et des agents immobiliers.

Prémisses d’un amour débutant

Au début, Héloïse avait fait à son mari le récit de ses déjeuners improbables avec cet historien un peu fantasque et la préparation de leurs « Histoires d’images », jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’elle prononçait le nom d’Olivier avec trop de chaleur. La petite omission, sous le coup des circonstances, était devenue à ses yeux un irréparable mensonge.

Olivier est atypique, bouillonnant, drôle, brassant quinze idées à la seconde. Un enthousiasme peu commun, doublé d’une force de travail qui fait son admiration. Héloïse aime sa conversation, ses yeux en amande comme ceux des chats, avec leur perpétuelle lueur de malice, son humour loufoque et ses idées gastronomiques saugrenues.

Débauche de la presse

Flashes, images crues d’une intimité disséquée au scalpel méchant de la presse à scandale, ses morceaux de chair palpitant dans la lumière ; portrait cruel d’après blessure, viande photographique sur laquelle s’agglutinent les regards comme des mouches obsédantes en appétit de malheur, aiguillonnées par l’archaïque goût du drame.

La cruauté symbolique de la chasse à l’homme par objectif interposé. Le photographe a épinglé le couple comme des papillons, contaminant chaque compartiment de leurs vies, et éclaboussant tout sur son passage.

Yves, le mari d’Héloïse, ingénieur aéronautique s’en va en mission pour Seattle.

Cette photo est comme une grenade dégoupillée entre eux, une gangrène, un poison. Alors qu’elle était inconsciente, à la vue de tous, le corps presque nu d’Héloïse, ses blessures s’étalent dans les magazines.

Le sordide fait vendre. Ce que le droit essaye de préserver, pour la presse, c’est la liberté de représenter l’actualité, toute l’actualité, quoi qu’elle raconte. La frontière entre protection et censure est mince. S’en approcher est toujours dangereux.

Il n’y a pas de mots dans le code pénal pour décrire ce geste très particulier qui consiste à violer la douleur avec un objectif.

Un siècle à l’œil,

Ce site, sera le bébé d’Héloïse et Olivier. Le chemin à suivre pour se sortir dignement de l’ignoble.

Ce roman interpelle, pousse à la réflexion sur nos comportements de consommateurs d'informations, sur notre société où tout est diffusé et sur ce qu'on appelle la vie privée.

Un encore beau roman d’Hélène Gestern que j’ai rencontré au dernier café littéraire de Montélimar.

En exergue, la phrase de Willy Ronis : « Une photo n’est pas un parpaing avec lequel on puisse construire n’importe quoi. Je me sens entièrement responsable de l’utilisation de mes images».

Aux cafés littéraires de Montélimar avec Hélène Gestern.

Aux cafés littéraires de Montélimar avec Hélène Gestern.

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