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Haruki Murakami, L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage

27 Mai 2016 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Haruki Murakami, L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage.

À Nagoya et à Tokyo

C’est au pays de l’auteur que se déroule le récit. Une sorte de club des 5 réunit des adolescents : Akamatsu le Rouge, Ômi le Bleu, Shirane la Blanche et Kurono la Noire ; seul Tsukuru est sans couleur. Son nom signifie faire, construire, bâtir. Ce dernier part à la capitale pour y poursuivre ses études et assouvir son rêve : construire des gares.

Dès lors ses amis le délaissent et déclarent de plus vouloir le fréquenter.

Comme la dépouille d’un insecte restée accrochée à la branche d’un arbre, risquant à tout moment d’être emportée très loin dès qu’un vent un peu violent se lèverait, il parvient à peine à vivre en se cramponnant à ce monde.

Il perd foi dans les communautés parfaites, il n’éprouve plus en lui la tiédeur profonde de leur alchimie. Les questions sont profondément enfouies dans le tiroir des « affaires non résolues » du meuble de sa conscience.

Impossible d’effacer l’histoire

Seize ans ont passé depuis la rupture, lorsqu’il se confie à Sara, la femme qu’il aime.

— J’ai ressenti avec de plus en plus de force que les autres me considéraient comme quelqu’un qui ne valait rien, ou qui était tout à fait inintéressant. Du moins, je me suis vu ainsi, avoue-t-il.

— Tu veux cacher tes souvenirs le mieux que tu peux, les ensevelir dans une fosse profonde, il te sera impossible d’effacer l’histoire, affirme Sara. On ne peut pas effacer l’histoire ni la réécrire. Ce serait comme vouloir effacer sa propre existence.

Son nouvel ami Haida lui fait découvrir Années de pèlerinage de Liszt, ce même morceau que jouait Shirane, puis Haida disparaît.

Tous ceux qui venaient vers lui constataient rapidement sa vacuité et, après, ils partaient. Tuskuru Tazaki se retrouvait seul et vide, ou même encore plus vide.

On peut mettre un couvercle sur ses souvenirs, mais on ne peut pas changer l’histoire.

Alors, Tsukuru suit les conseils de Sara.

Début du pèlerinage

Il retrouve ses anciens amis. D’abord Bleu qui lui annonce :

— Blanche a dit que tu l’avais violée. Que tu lui avais imposé une relation sexuelle par la force.

Dès lors, Tsukuru rencontre Bleu qui vend des Lexus à Nagoya ; rouge qui forme des soldats de l’entreprise et Eri devenue céramiste qui s’est exilée à Helsinki en Finlande.

Blanche souffrait de problèmes mentaux, de graves troubles psychologiques. Elle était dérangée. Son talent de pianiste n’était pas à la hauteur de ses propres exigences. Personnalité sérieuse et introvertie, après son entrée à l’école de musique, la pression s’est encore intensifiée. Elle est devenue de plus en plus bizarre.

— Le talent est comme un récipient. Tu auras beau faire tous les efforts du monde, sa taille ne changera jamais. Et tu ne pourras pas y faire entrer plus d’eau que la quantité qu’il peut contenir, dit Rouge.

Eri a choisi d’assurer une protection totale à Blanche, bien qu’elle sache que Tsukuru est innocent.  

— Ce quelqu’un ne pouvait être que moi, dit-elle.

— Je n’ai pas ce qu’on appelle un moi. Une personnalité. Pas non plus de couleur éclatante. Je n’ai rien à offrir. C’est le problème qui me hante depuis longtemps. Je me suis toujours senti comme un récipient vide. Avec une certaine forme, peut-être, mais exempt de contenu, continue à répéter Tsukuru.

Tokyo était un lieu qui lui avait été donné par hasard. Il y menait une vie régulière et paisible. Comme les exilés chassés de leur pays qui vivent en terre étrangère en prenant bien garde à ne pas déranger, pour conserver leur permis de séjour. Il vivait là pour ainsi dire comme en exil de sa propre vie. Et la mégalopole qu’est Tokyo est un endroit idéal pour ceux qui espèrent vivre ainsi dans l’anonymat.

De tous les cinq, Blanche avait la sensibilité la plus exacerbée. Les relations humaines cadenassées exigeaient d’elle un contrôle permanent de ses émotions. Elle n’avait pas eu l’énergie de sortir du cercle par ses propres forces. Alors, elle avait érigé Tsukuru en figure de renégat.

Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage

Le récit ne détonne par dans l’œuvre de l’auteur. La solitude, le mal de vivre, l’absurde, la fatalité : tout les éléments sont là pour composer une étrange fresque à la Murakami, où le malaise est présent, les non-dits nombreux et le manque de combativité flagrant.

Et pour finir ce récit poignant, le célèbre Japonais, comme à son habitude, laisse le lecteur le bec dans l’eau. Le roman s’achève juste avant la rencontre décisive avec Sara …

et Eri devenue céramiste qui s’est exilée à Helsinki en Finlande.

et Eri devenue céramiste qui s’est exilée à Helsinki en Finlande.

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