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Stéphanie Mesnier, Tueuses mais pas trop

7 Octobre 2015 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Stéphanie Mesnier, Tueuses mais pas trop

Une belle-mère toxique

Je ne permettrai pas que mon petit-fils finisse dans un établissement public avec les gosses de nos domestiques, déclare Jackie Verdier, une vieille haridelle, belle-mère de Camille. Les deux femmes sont comme unies par l’invisible corde qui lie un shérif à son prisonnier.

Bruno Verdier, le mari de Camille travaille pour la First, le premier groupe audiovisuel privé du pays. C’est Georges Hellys qui l’a engagé. Ce dernier a épousé Audrey en seconde noce, une Audrey qui entretien avec soin son capital physique, il est probable qu’elle partage avec Jackie son chirurgien esthétique ; une Audrey productrice et vedette de Déco-Mode-Beauté grâce à son influent époux ; une Audrey qui a dans son bureau son « Mur de l’Ego » où elle collectionne toutes les coupures de presse la concernant.

Jackie occupe toutes les pensées de Camille jusqu’à déformer sa perception de la réalité, tel un brouillard qui estompe le paysage alentour. Jackie est une purge, une sorcière, le mal incarné qui fait manger la poussière chaque jour à sa belle-fille, allant même jusqu’à feindre un accident pour récupérer son petit-fils. Cette ordure doublée d’une psychopathe, cette névropathe, règne d’une poigne de fer sur la maison, son fils Bruno, Camille et Paul le rejeton du couple.

Nous sommes dans la haute ; imaginez plutôt : un soir de juin, Martha convie une petite centaine de ses amis à une sauterie en l’honneur de l’ablation prochaine de sa vésicule biliaire !

Les Bloody Laddies, tueuses exquises

Si les hommes ont leur terrain de golf, leurs parties de chasse, leur cercle de gentlemen, Angéla d’Alboni a crée pour les femmes ce genre d’atmosphère informelle : un lieu où elles puissent se rencontrer, se détendre, tisser des liens, à leur rythme et en toute liberté. La dictature de l’opinion, le nivellement par le bas et la vulgate lui font horreur, car ils signent l’avilissement des cœurs. Angéla préfère les Peaux-Rouges aux yankees et l’influence de son club passe pour déterminante.

À l’instar des cercles réservés à une élite autoproclamée, la cooptation est de règle chez les Bloody Laddies mais l’intronisation obéit à un rituel peu commun : la postulante doit commettre un meurtre, supprimer quelqu’un qui lui est étranger, avec qui elle n’entretient ni litige ni controverse, qui ne lui veut aucun mal et auquel elle n’a rien à reprocher. Si elle ne connaît pas la victime, celle-ci est en revanche bien connue d’une autre. C’est ainsi qu’on s’acquitte de son droit d’entrée : en se débarrassant d’un Encombrant ! Ces femmes possèdent le talent nécessaire pour faire de la mort une perfection, hélas, leurs exploits sont condamnés à demeurer inconnus.

Rachel, une amie de Camille qui dirige « Madame est servie » un cabinet de gestion en personnel de maison, introduit cette dernière dans le groupe.

Ainsi le service que rendra Camille à une autre est à la hauteur de celui dont elle va bénéficier.

La fétichiste du stiletto

Camille a une passion : les chaussures. Pour elle, la recherche de l’escarpin idéal, c’est la quête du Graal. Les étagères de son dressing menacent de s’effondrer ; ses souliers ont des pouvoirs magiques, comme la pantoufle de Cendrillon ou les bottes de sept lieues.

Pour Rachel, un crime sans cadavre est un crime parfait ; pour Angela, un crime parfait est celui où la mort n’a rien de suspect. 

Uranium radioactif dans le dentifrice, capsule de cyanure d’hydrogène dans du jus de citron… Pour Camille, ce sera un camée monté en bague contenant une capsule de benzodiazépine et d’amphétamine.

Camille a la chance avec elle, elle accomplit brillamment sa mission. Les défenseurs d’une information vivante, libre et sans concession pleurent Georges Hellys le célèbre journaliste qui présente le journal télévisé le plus regardé de France. Ce dernier est déclaré mort d’un choc anaphylactique ou encore d’un arrêt cardiaque suite à une stupide méprise devant son armoire à pharmacie.

Camille est comparée à Marguerite Steinhell, une femme d’avant-garde qui a assassiné le président Félix Faure en enduisant de poison ses parties intimes.

Maintenant au tour de la gorgone de belle-mère.

À bas les encombrants !

Bravo Stéphanie Mesnier pour votre Tueuses mais pas trop, un livre bien écrit et vitriolé au mieux. Je suis ravie d’avoir fait votre connaissance ; j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir vos personnalités féminines délicieusement féroces. Leurs crimes tellement justifiés méritent le pardon.

Portrait de Madame Steinheil. Léon BONNAT © Photo RMN-Grand Palais - R. G. Ojeda

Portrait de Madame Steinheil. Léon BONNAT © Photo RMN-Grand Palais - R. G. Ojeda

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