Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
nicole-faucon-pellet.overblog.com

Le Gardien Invisible de Dolores Redondo

29 Septembre 2015 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet

Dolores Redondo, Le Gardien Invisible

En direct d’Euskal Herria

On est au Pays Basque espagnol, à Elizondo, au cœur de la vallée du Baztan. L’inspectrice Amaia Salazar, section des homicides de la police régionale quitte son domicile de Pampelune pour revenir sur le lieu de sa naissance. James son mari l’accompagne.

Les victimes se succèdent : Carla Huarte, Ainhoa Eliza, Anne Arbizu (considérée comme une balagile, une sorcière) puis Johana Márquez, toutes des adolescentes à peine pubères. Etranglées avec une cordelette, vêtements déchirées, un txatxingorri (gâteau de la région) disposé sur leur pubis rasé et des poils d’animaux disséminés sur leurs corps. Le cadavre de Johana, amputé d’un bras, est recouvert de calendula officinalis et de camellia japonica, symbole de pureté.

Dans l’équipe le sous-inspecteur Extaide, anthropologue et archéologue, Jonan pour qui faire sortir de l’obscurité le profil d’un meurtrier est devenu une obsession, Fermin Montes dont le degré d’insubordination et d’insolence atteint des limites insoupçonnables.

Une ama terrible

Cette mère internée fait ressurgir les souvenirs douloureux d’Amaia. Sa sœur Flora a repris l’affaire familiale Mantecadas Salazar, l’usine familiale de Navarre où elle fabrique des pâtisseries au beurre ou à la graisse de porc au goût semblable à celui des madeleines. Elle est séparée de son mari Victor qui se sèvre de l’alcool. Rosario dit Ros, la deuxième frangine est associée à la terrible Flora et mariée à Victor.

Heureusement il y a tía, tante Engrasi, sa maison accueillante, son tarot marseillais, ses jeux de poker avec ses copines : des femmes indépendantes et attachées à leurs origines, énergiques et pleine de vitalité, dégageant cette sensation de triomphe propre à ces personnes âgées qui vivent en tirant parti de chaque jour sans penser à la mort ; ou peut-être en pensant à elle pour lui voler encore un jour, encore une heure.

Les légendes basques

Les basajauns ne sont pas vraiment des êtres humains, mais sont perçus comme des personnes pacifiques, protectrices de la vie de la forêt. Alors est-ce vraiment un ours qui rode dans la vallée ou un basajaun : un hominidé d’environ deux mètres cinquante, large d’épaules, les cheveux longs, couvert de poils qui habite dans les bois où il agit comme une entité protectrice ?

Les lamies, souvent de sexe féminin, belles et terribles, des êtres fantastiques de la mythologie basque, des esprits de la nature ou des génies d’apparence humaine avec des traits d’animaux : des pieds de canard, de poule, de chèvre ou même queue de poisson ; toujours à la quête de pucelles, ils vivent dans les montagnes, dans des grottes, des rivières ou des fontaines, pas très loin des paysans. Les lamies font face au soleil pour peigner leurs longs cheveux ; c’est comme ça que l’arc-en-ciel se forme quand le soleil brille et reflète ses rayons sur leurs cheveux.

On trouve aussi des dolmens, constructions mégalithiques des lamies, toujours selon les légendes, ainsi que Maya ou la déesse Mari, qui vit dans une grotte.

En basque, cimetière se dit hilherria, littéralement le village des morts. Au début du XX° siècle, on ne permettait pas toujours d’enterrer dans le sol sacré les nouveau-nés décédés avant d’avoir été baptisés, c’était un problème douloureux pour les familles qui voulaient assurer une protection à leur âmes, mais qui en étaient empêchées par la loi. Si la mère décédait avec le bébé lors de l’accouchement, la famille dissimulait l’enfant entre ses jambes afin de les enterrer ensemble.

Un beau roman

Mené de main de maître, Le Gardien Invisible est bien construit. Il offre à la fois la résolution de l’enquête et la fin des tourments d’Amaia, personnage principal très attachant qui voit enfin la vie lui sourire. Sur fond d’ethnologie, la noirceur des protagonistes s’échappe peu à peu pour se montrer sous son vrai jour : la douleur de vivre.

Un beau roman de Dolores Redondo. Si j’ai bien compris, l’auteur prépare une trilogie du Baztán. À guetter en librairie. 

Euskadi Ta Askatasuna.

Euskadi Ta Askatasuna.

Euskadi Ta Askatasuna.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article