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La garçonnière de Hélène Grémillon

3 Septembre 2015 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Hélène Grémillon, La garçonnière

Drôle de ponctuation

L’écriture toute personnelle est originale : une quasi absence de ponctuation, seulement des virgules dans les chapitres où le narrateur, un psychiatre,  s’exprime. Et aussi de la fantaisie dans les différentes polices.

Lisandra rentre dans son cabinet en pleurant : Ignacio ne l’aime plus. Elle s’échappe en laissant des traces de craie sur la moquette : seul indice pour que le médecin, subjugué, puisse la retrouver. Il ne veut pas de protocole qui leur aurait interdit toute forme d’intimité pour des raisons éthiques. Il cherche une femme, pas une patiente, une danseuse de tango ou de milongas. Il la retrouve, il l’épouse mais elle se jette par la fenêtre et le voici suspect.

Argentine 1987

Eva Maria Darienzo a un fils Estéban, un fils qui se passe la main dans les cheveux, sur le côté d’abord, puis derrière, tout au long du récit. Eva Maria vient en séance tous les mardis au cabinet du psychiatre depuis de nombreuses années. Sa fille Stella a disparu il y a cinq ans. Elle boit pour oublier.

On est à Buenos Aires, en 1987, peu de temps après les événements de 1976 ou un coup d’état fait basculer l’Argentine dans la dictature.

Des desaparecidos, les victimes de disparition forcée pendant la sale guerre, sont nombreuses. Les Mères  manifestent chaque semaine sur la Place de Mai. Cinq cents enfants ont été volés pendant la junte, cinq cents enfants que l’état recherche pour les rendre à leurs parents biologiques.

Des cassettes révélatrices

Vittorio enregistre la dernière séance de ses patients à leur insu. Si jamais cela vient aux oreilles des policiers, il sera considéré comme le Watergate de la profession.

Eva Maria récupère les cassettes et écoute Alicia : les mains c’est l’endroit de soi qu’on voit le plus, c’est pour ça qu’elles sont là, ces rides, ces fleurs de cimetière, pour qu’on n’oublie jamais qu’on est en train de vieillir, comme pour les girafes, les couleurs de nos taches servent à estimer notre âge. Ou encore : la ménopause n’est pas une maladie, c’est une maladie incurable. Meno : mois, pause : cessation. La cessation des mois. Une femme ne devrait pas survivre à sa ménopause.

Puis elle entend Felipe, un type qui a fait partie de la junte ; il a fait un lapsus lors de sa séance, soupçonné d’avoir adopté un enfant qu’en fait il a volé. Dans chaque ami dort la moitié d’un traître, dit-il souvent.

L’enregistrement du pianiste Miguel est terrible.

La capacocha

Outre ses recherches pour disculper Vittorio,  Eva Maria, passionnée par les volcans, fait une comparaison entre la Place de Mai et la capacocha, un rite Inca : après 1600 kilomètres jusqu’au volcan Llullaillaco, dans la cordillère des Andes montagne sacrée reliant le terrestre au divin, revêtus de la tunique traditionnelle nommée unku, trois enfants boivent la chicha, mastiquent les feuilles de coca puis la demoiselle, le petit garçon et la fillette de la foudre sont enfermés dans le cratère où ils meurent de froid.

Pépé, le prof de tango

Lisandra ne venait plus à la salle depuis un mois. Pépé lui a dit : il ne faut jamais tout laisser à la tête, il faut rendre au corps ce qui lui appartient, le mouvement, la déambulation, la promenade ; la tête tyrannise le corps et il ne faut jamais lui laisser les coudées franches, ça n’est pas bon pour la santé : un corps n’est pas fait pour rester prostré, c’est comme ça que naissent les obsessions. Tout s’éclaircit quand le corps bouge.

Blessures

Lisandra était jalouse. Ce n’est pas la jalousie qui rend malheureux, c’est le malheur qui rend jaloux. Ce malheur, elle le connaît ; cette blessure aussi. On a toutes les raisons d’être ce que l’on est. Et Lisandra, elle, sait pour quelles raisons elle est ce qu’elle est. Mais pas moi, pauvre lectrice !

La jalousie est un candaulisme refoulé. Vous connaissez la définition ? Wikipédia écrit que c’est une pratique sexuelle dans laquelle l'homme ressent une excitation en exposant sa compagne à d'autres hommes ou à d'autres femmes, lors de rapports sexuels.

Lisandra a découvert toute une liste sur le même thème : abasiophilie, acomoclitisme, allorgasmie, choréophilie, métérophilie, trichophilie…

Dénouement tardif et imprévisible

Lisandra a tout envisagé ; elle a tout essayé ; elle est allée au bout de ses raisonnements. Quand on arrive au bout d’un raisonnement, après on ressasse, et ressasser est une forme de mort.

Le livre se dénoue dans ses dernières pages. J’étais loin de soupçonner l’étendue de la souffrance de tous ces êtres.

J’avais lu et aimé le premier livre d’Hélène Grémillon Le Confident, voici son deuxième La Garçonnière, inspiré d’une histoire vraie nous dit l’auteur, en ajoutant : les saisons ne sont pas les mêmes partout. Les êtres humain, si. 

Eva Maria, passionnée par les volcans, fait une comparaison entre la Place de Mai et la capacocha

Eva Maria, passionnée par les volcans, fait une comparaison entre la Place de Mai et la capacocha

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