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Gwaz-Ru de Hervé Jaouen

27 Juillet 2015 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Entre le prologue à la mi-septembre 1944 et l’épilogue de la mi-octobre 1944, Hervé Jaouen détricote la vie de Nicolas Scouarnec dit Gwaz-Ru, l’homme rouge. L’histoire passionnante d’un homme intègre, qui refuse de se plier tant devant l’injustice que devant l’acrobate sur sa croix.

De la ville à la terre

Gwaz-Ru est né avec des verres grossissants à la place des yeux, une machine à protester derrière le front et sur la langue des mots qui ne cessaient de le démanger.

Quittant la terre pour le monde ouvrier de Quimper, il adhère au parti communiste, puis quitte la ville pour suivre son épouse Tréphine à Goarem-Treuz entre Concarneau et Bénodet sur le domaine de Marjañ (Mouerb) et Jean-Louis (Laouic) Squirou qui n’ont pas d’enfant, une petite propriété et un verger et cherchent des successeurs.

Communisme et régionalisme

— Le fait est irréfutable : le communisme et le régionalisme ne se mélangent pas. Le parti communiste se sert de notre identité uniquement pour faire avancer sa cause, dit Vincent le philosophe.

Concilier le nationalisme breton et le progrès social en créant le parti socialiste et ouvrier breton, tout en faisant attention aux fachos de Breizh Atao qui fricotent avec les nazis à Berlin : tel est le but du solitaire Vincent.

Gwaz-Ru qui a déchiré sa carte du parti communiste est sollicité.

— Je n’ai pas sorti ma tête d’un sac pour la fourrer dans un autre, même si la toile me convient, déclare-t-il.

La République Française

Sur la lame de son rasoir, seul souvenir de son père, est gravée une tête de Corse et une devise dans la langue de l’île. Gwaz-Ru, en la contemplant, à l’impression d’honorer un frère méridional, victime de la République Française : cette repasseuse de plis sur l’unité nationale.

Chien enragé dort tranquille. Parce que personne ne vient l’emmerder, dit un proverbe que l’Homme Rouge fait sien.

Comme les malgré-nous d’Alsace, enrôlés de force dans l’armée allemande, Gwaz-Ru devient un maquisard malgré-nous, nourrissant et hébergeant les jeunes de la Résistance.

— Tu es vraiment droch ! lui dit sa femme avec amour.

Traduit à tort par imbécile et ses équivalents français, ce mot cher à Tréphine, qualifie aussi bien les gens dérangés que les vaches têtues et les chiens fous.

L’éducation

À Nicolas, son fils aîné qui reprend le flambeau paternel, Gwaz-Ru déclare :

— On est comme deux bourrins attelés au même char à bancs. Inséparables sous le collier du secret.

Et aussi :

— Il faudra que tu sois plus malin que ton père. Je m’aperçois aujourd’hui qu’on n’a pas toujours raison de foncer tête baissée. Le taureau sans cervelle, c’est lui qui ramasse les bosses. Des fois, pour ne pas se laisser marcher dessus, il vaut mieux faire un pas de côté.

Loin du monde et des hommes

Père de sept enfants, Gwaz-Ru déclare à sa sortie de prison.

— J’ai fini d’aboyer.

Un livre d’une sensibilité déroutante, d’une écriture classique digne d’un grand Jaouen, une page d’histoire, un hommage à la langue bretonne et des personnages très attachants.

Chapeau bas, Monsieur.

entre Concarneau et Bénodet

entre Concarneau et Bénodet

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