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Karine Giebel, Satan était un Ange

10 Mai 2015 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Satan était un Ange de Karine Giebel,

La grande dame du polar, la marseillaise Karine Giebel joue avec mes nerfs et me mène en bateau pendant quelques jours et quelques soirées. Pas moyen d’abandonner la lecture tant que je ne connais pas le mot de la fin. Je le sais, chaque fois que j’ouvre un livre d’elle, c’est le même scénario !

Entre chaque chapitre, des vers de Baudelaire, Les Fleurs du Mal.

J’ai dévoré les 335 en deux jours, tant et si bien que je n’ai pas prêté attention au style mais seulement à l’histoire des destins croisés de deux hommes : Maître François Davin poursuivi par la mort et Paul Costino jeune auto-stoppeur en fuite. Souffrant d’un glioblastome, François relit sa vie : ce qui le fascinait, le pouvoir, la réussite, l’ascension de l’Himalaya social, changer de milieu, devenir quelqu’un… Une angoisse le poursuit depuis ces dix dernières années : vieillir, devenir impotent, dépendant, inutile, improductif, incontinent, impuissant. Il se figure qu’il est irremplaçable ; cela aide à accepter qu’on soit mortel.

On peut partager sa vie, pas sa mort. Sa compagne Florence vient de se suicider. Le cancer le ronge ; Paul le soigne avec de la morphine et un petit stick.

L’amitié croît entre ces deux hommes que tout oppose tandis que les cadavres s’accumulent : Florence la compagne de François, l’homme dans l’Express, Cerise, Marco Pelizzari ; sans compter les cinq kilos de coke dans le sac à dos de Paul.

Grâce au traceur dans l’aile de la voiture, les frères Pelizzari suivent à distance l’avocat et le loubard ; ce dernier se livre peu à peu. Les Pelizzari de Lyon sont des mafieux qui ont la mainmise sur les trafics en tous genres et les jeux clandestins. Paul était chargé d’effacer les problèmes, autrement dit éliminer les gêneurs. Il révèle aussi sa véritable identité : il est né à Turda en Roumanie et s’appelle Pavel Costin. Il a connu l’orphelinat avec ses sœurs Huna et Marilena. François a vu les images des mouroirs pour enfants lorsque Ceausescu est tombé. Pavel s’est enfui, a été vendu à Mihail. Il explique :

— On vend et on achète les gens. Les mômes, les filles surtout. Partout dans le monde on vend et on achète les gens comme toi tu achètes tes clopes. Il y a des marchés pour ça. Comme les Halles à Paris…

Il rencontre Alexandru, vit dans un squat. Les deux petits roumains volent pour vivre, rêvent de rentrer au pays. Puis un cambriolage tourne mal. Pavel est pris par les Pelizzari qui décident d’en faire quelque chose : transformer le gosse en machine à tuer. Ils le surnomment l’ange de la mort. Tout comme Satan était un ange avant que Dieu lui assigne la mission d’insuffler aux hommes les énergies négatives : haine, jalousie, colère, violence, avarice…

Au moment du jugement dernier, Satan reprendra sa place auprès du Seigneur. Si Satan était un ange et le redeviendra, alors…

Jusqu’au jour où Pavel n’en peut plus et se sauve avec Adelina, la fille des Pelizzari qui y laissera sa peau.

Hormis la came, Pavel garde dans son sac à dos une pochette qu’il a récupérée en Somalie après avoir tué Ilaria, une journaliste italienne qui enquêtait sur les déchets toxiques.

— On récupère les déchets, on les fout dans des containers, on les transporte par camions et on emmène le tout en Afrique ou en Asie. Les déchets industriels sont balancés par-dessus bord, au large des côtes africaines. En Somalie surtout. Les déchets pharmaceutiques et hospitaliers sont déposés dans des décharges en même temps que les vieux appareils ménagers pleins de gaz nocifs, les huiles de vidange. Si c’est des déchets nucléaires on coule le bateau. En même temps, on livre des armes aux militaires pour qu’ils ferment les yeux, explique-t-il à François.

Le Nord jette ses poubelles au Sud, en toute impunité. Avec l’aide précieuse de la Camorra ou d’autres mafias italiennes, russes.

François ne s’était jamais demandé où allait toute cette merde, où partaient son frigo et sa télévision usagés, l’huile de vidange de sa bagnole, son téléphone portable, son ordinateur.

Ce n’est pas le petit Pavel qui a assassiné, c’est une série de malheurs, une succession de malchances et les commanditaires. Pavel n’a pas tué pour l’argent mais pour sauver sa vie.

Malgré l’œil pour œil, dent pour dent, l’adage des truands, malgré les menaces, le chantage, Pavel s’en sort, sauve sa petite sœur et trouve un père, un vrai père.

La cassette d’Ilaria dénonçant les trafics des grandes firmes industrielles, chimiques et pharmaceutiques a été envoyé aux médias. Superbement ignorée, elle a finalement été diffusée en Italie et en Grande-Bretagne, émouvant l’opinion pendant quelques jours avant de tomber aux oubliettes.

Karine Giebel a sûrement fait un gros travail de recherche ; en épilogue, elle remercie Greenpeace qui lui a permis de trouver des informations. Un beau pavé passionnant, deux ou trois jours d’évasion assurée.

 il est né à Turda en Roumanie et s’appelle Pavel Costin

il est né à Turda en Roumanie et s’appelle Pavel Costin

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