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Jeanne Benameur : Laver les Ombres

15 Janvier 2015 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Laver les Ombres, Jeanne Benameur,

Le livre est composé de tableaux et non de chapitres : Romilda la mère et Léa la fille racontent dans un récit tout en pudeur, d’une sensibilité à fleur de peau.

Romilda, la vieille dame se souvient. À Naples, pendant la guerre, elle va avoir dix-huit ans. Elle est incapable de rester libre, puisque personne ne lui vient en aide. Puisqu’elle ne peut être que Suzanne à nouveau et pour toujours. Jean-Baptiste a décrété que Suzanne était le plus beau prénom qu’il connaisse : c’est le prénom de sa mère. Elle a peur. Jean-Baptiste a un rasoir sur lui. Même sous l’oreiller. Elle l’aime. Elle garde un vieux livre d’amour sous son lit, dans la mansarde.  Romilda est celle dont les jambes se sont raidies contre la pierre ; celle qui n’a pas sauté d’un pont un jour de printemps 1942.

Léa est chorégraphe par nécessité. Comprendre le mouvement c’est son travail. Et, quant elle est vraiment au travail, rien ne creuse plus la terre sous ses pieds. L’audace revient. Rien de mieux que la répétition pour faire croire à l’éternité. L’éternité n’est pas un chemin. Elle est ronde. Un cercle n’a pas de sens. On y tourne. C’est tout. Léa a consciencieusement passé sa vie à tourner, comme l’âne de la noria.

Petite, elle a appris à guetter les signes de ce qu’on cache. C’est dans le corps que cela a lieu. Et cela se reflète aussi, partout autour. Les mots ne viennent qu’après. Ou pas.

Elle a toujours fui avant d’être attachée à quiconque. Et lui, Bruno, elle ne veut pas. Pourtant, Léa ne peut pas s’abandonner, prendre la pose nue devant le chevalet de l’homme qu’elle aime. Les peintres attendent le moment du renoncement. Comme la petite chèvre de M. Seguin, le moment où cesse la lutte. Elle s’enfuit de l’atelier. Alors, Bruno est seul, comme l’oiseau est seul dans le vol des oiseaux, le mouton dans le troupeau et chaque pierre sur le chemin. Aimer, pour lui, c’est juste accorder la lumière à la solitude.

Léa se regarde depuis quelque temps comme on retourne une poche vide. Ce désir-là, le désir de maternité, elle ne l’a pas.

Elle est mal. Il y a quelque chose qu’elle pressent depuis le matin, qui est là. Un péril. Terrible.

Léa était la spina nell’occhio, l’épine dans l’œil, de sa mère. Alors elle brave la tempête pour écouter enfin les aveux de sa mère Romilda. 

Alors, Bruno est seul, comme l’oiseau est seul dans le vol des oiseaux, le mouton dans le troupeau...

Alors, Bruno est seul, comme l’oiseau est seul dans le vol des oiseaux, le mouton dans le troupeau...

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