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« La Ballade de Lila K » de Blandine Le Callet

26 Novembre 2014 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Blandine Le Callet, La Ballade de Lila K

Des hommes casqués, tout en noir, défoncent la porte, tirent la mère du lit et emmènent l’enfant Lila au Centre où elle est admise en 2095. Ils opèrent ses mains, lui apprennent à manger, à marcher tandis que la caméra la surveille en permanence.

Monsieur Kauffmann, spécialiste des enfants déglingués, lui sauve la vie face aux crétins et aux étroits de la Commission. Lila n’a qu’une idée en tête : retrouver sa mère. Or, déchue de ses droits maternels, tout lien juridique a été supprimé entre la génitrice et sa fille.

Lila s’initie à la poésie ; découvre les livres, aujourd’hui remplacés par des grammabooks et dont le papier imprimé peut contenir des substances toxiques. Son mentor est arrêté, emprisonné ; c’est Fernand qui lui succède : un tiède, aplati face au pouvoir, respectueux des règles.

Pour sortir du Centre, Lila doit affronter les contacts poisseux, les haleines douteuses, la tiédeur malsaine, tout ce frotti-frotta répugnant qu’implique la vie en société. Ainsi, elle accepte de déjeuner chez Fernand et sa femme Lucienne qui a été pensionnaire au Centre et possède un magnifique abyssin arc-en-ciel d’un beau mauve profond, un sphinx couleur de feu : Pacha.

Lila reçoit son premier Sensor et un tube de gel hypoallergénique ; le ministère préconise deux orgasmes par semaine pour un bon équilibre. Alors Lila feint le plaisir sous l’œil de la caméra infrarouge encastrée dans le mur.

Elle se met à aimer les autres, sans le faire exprès, sans même s’en rendre compte. Elle se fait avoir avec les sentiments, denrée de luxe, trop risquée pour les cœurs malmenés.

Placée en période probatoire pour deux ans, elle a enfin un appartement dont les toilettes sont équipées du nouveau dispositif en vigueur pour l’analyse d’urine et les tests multidrogues : alcool, nicotine, méthadone, cocaïne… qui sont directement transférés au médecin référent.

Au fond d’un cagibi sombre et étroit, au 120° étage, de la bibliothèque Lila travaille : elle coupe et numérise les articles. Elle applique les consignes : suppression pour incitation à la violence, à la perversion sexuelle, à la consommation de substances illicites, à des comportements alimentaires nuisibles à la santé ; suppression pour atteinte à la dignité du corps humain ou au droit à l’image. Une sale petite cuisine se touille à la bibliothèque. Mais on peut bien continuer à couper, modifier, falsifier, ça ne la concerne pas ; elle peut lire les originaux et savoir la vérité.

Où se situe l’action ? Pays totalitaire ou démocratie « Hollandaise » avec caméra au coin des rues et bientôt heure du couvre-feu ? Malgré un verger sur les Champs Élysées, la censure et la vidéo surveillance sont omniprésentes, la société dérive, l’oppression est à son comble.  J’en ai froid dans le dos.

Aidée par Justinien dit Scarface, Lila finit par apprendre le nom de sa mère : Moïra Steiner.

Milo Templeton lui redonne confiance en elle. C’est un être de la teneur de Kauffmann, un homme qu’elle aime et qui l’aime.

« On passe sa vie à se construire des barrières au-delà desquelles on s’interdit d’aller : derrière, il y a tous les monstres que l’on s’est créés. On les croit terribles, invincibles, mais ce n’est pas vrai. Dès qu’on trouve le courage de les affronter, ils se révèlent bien plus faibles qu’on ne l’imaginait. Ils perdent consistance, s’évaporent peu à peu. Au point qu’on se demande, pour finir, s’ils existaient vraiment» se dit Lila qui poursuit sa quête.

Elle récupère Pacha qui s’encanaille la nuit dans les mauvais quartiers et dont elle partage les boîtes au goût exquis, au goût de son enfance.

Moïra Steiner a été enterrée dans la Zone. Milo récupère son dossier ; nichée dans un placard, à l’abri des caméras, avec une boîte de pâté, Lila consulte les 6765 pages de compte-rendu. Elle a l’habitude de la réclusion, elle a passé plusieurs mois plusieurs années peut-être dans le placard où Moïra l’enfermait pendant qu’elle faisait des passes.

Lila pardonne tout et attend Milo, un sourire sur ses lèvres comme un gisant de pierre.

Avez vous remarqué le clin d’œil de l’auteur avec son choix de ballade/poésie, et non pas balade/promenade ?

Un livre terrible qui aborde le thème du pardon et celui du devenir de la société. J’avais beaucoup aimé La Pièce Montée et Dix Rêves de Pierre de Blandine Le Callet qui se lance dans un genre inédit que je n’ai pas envie d’enfermer dans un compartiment.

Précipitez vous à la librairie.  

un petit verger

un petit verger

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