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Les chaussures italiennes de Henning Mankell

19 Octobre 2014 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Henning Mankell, Les chaussures italiennes

Exilé sur une île de Baltique, porteur d’un souvenir qui le taraude en permanence, Fredrik Welin, s’est extirpé du puits de ses origines pour devenir chirurgien orthopédiste.

Hormis le passage de Jansson le facteur en hydrocoptère, la présence d’une chienne, d’un chat et d’une fourmilière, l’archipel est complètement désert.

Tous les jours, Fredrik descend jusqu’au ponton, creuse un trou avec sa hache dans la mer gelée, se met nu et s’immerge. Ça fait mal, mais lorsqu’il sort, le froid se transforme en chaleur intense. Il note régulièrement dans son carnet de bord ; il n’aime pas négliger ses habitudes.

Dans cet ultime bastion, surgit une femme arrimée à un déambulateur ; c’est Harriet Hörnfeldt qu’il n’a pas vue depuis quarante ans, avec qui il a vécu une passion brûlante avant de la trahir. Harriet condamnée, exige que Fredrik tienne la promesse qu’il lui a faite : aller jusqu’au lac du Norrland au nord, à côté d’Aftonlöten.

Toute la vie d’Harriet a tourné autour des chaussures ; elle a fait son apprentissage auprès d’un vieux maître qui créait des chaussures pour les pieds les plus célèbres du monde ; chaque soulier qu’il créait était comme un Stradivarius.

Au cours du voyage, ils récupèrent un chien, trouvent sa propriétaire décédée : la morte a un beau visage, une beauté spéciale qui n’appartient qu’aux gens très âgés, celles dont la terre réclame déjà le corps. 

Sur le lac du Norrland, la glace cède, Fredrik immergé dans l’eau glacée ne doit son salut qu’à Harriet qui le tire du mauvais pas.

Harriett présente ensuite sa fille Louise qui n’est autre que la fille de Fredrik. Les deux femmes sont étroitement liées.

Sous la plume de Mankell, la description du célèbre bottier Giaconelli Mateotti, est une merveille: l’astragale, le cuboïde, l’orteil en marteau, les formes en hêtre…

Fredrik raconte à Louise l’incident fatal de sa carrière : l’amputation du bras sain d’Agnès Klarström

— Il est aussi facile de se perdre à l’intérieur de soi que sur les chemins des bois ou dans les rues des villes, dit Louise qui aime la boxe, le peintre italien Le Caravage et l’écriture de ses nombreux courriers.

Désormais la vie de Fredrik bascule : chacune de ses portes intérieures bat au vent.

Il contacte Agnès, qui s’occupe de jeunes en difficulté dont Sima : une loubarde perdue, hirsute aux yeux noirs. Elle rend visite à Fredrik, se promène sur l’ile armée d’une épée de samouraï.

La chienne morte est enterrée sous le pommier, tout comme les cendres d’Harriet dont Fredrik et Louise brûlent le corps comme ça se fait en Inde. Fredrik n’éprouve qu’un soulagement coupable parce que la personne qui vient mourir n’est pas lui.

La chatte disparaît, Fredrik reprend son rythme de vie solitaire tout en attendant Agnès qui viendra s’installer sur son île avec ses pensionnaires.

Dans ce Mankell sombre, dépourvu de la présence du commissaire Wallander, la mort rôde. Toutefois j’aimerais retourner dans les îles de la Baltique, surtout sur l’île de Gotland que je ne connais pas, où poussent les truffes noires tout comme chez nous. 

Les chaussures italiennes de Henning Mankell

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