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Le Confident d'Hélène Grémillon

12 Septembre 2014 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Hélène Grémillon, Le Confident

« Et puis ma mère est morte. Alors là, j’ai été comblée, pour bouleverser une vie, la mort d’une mère, on peut difficilement faire mieux ». Le décès a lieu quatre jours après que Camille lui annonce qu’elle est enceinte.

Camille a un grain de beauté au creux de la nuque, à la naissance de ses cheveux tout comme Annie, l’héroïne de Louis, le correspondant anonyme qui lui envoie chaque semaine une lettre depuis les funérailles.

Louis raconte la vie d’Annie, son goût de la peinture, sa fréquentation de Madame M.

Louis et Annie sont inséparables comme ces oiseaux qu’on achète qu’en couple, sinon ils meurent.

« L’amour est un principe mystérieux, le désamour plus encore, on arrive à savoir pourquoi on aime, jamais vraiment pourquoi on n’aime plus ».

Camille exerce le métier d’éditrice et pense qu’un auteur qui envoie son manuscrit par ce biais.

Louis pense que les secrets doivent mourir avec ceux qui les ont portés. Il trahit ses propres convictions, mais à Camille il doit tout dire.

Sujette à l’asthme, Annie pense qu’elle va mourir lorsqu’elle saigne pour la première fois. Madame M lui fait couler un bain tiède et la console. Y a-t-il encore beaucoup de secrets de ce genre qu’on laisse à la vie le soin de me révéler ? se demande l’adolescente en songeant que les flaques rouges qui luttent pour se diluer feraient une belle toile. Seulement voilà, Madame M se déshabille, s’allonge dans le bain sale, puis raconte tout à Annie.

« Les confidences sont une marque d’amour ou d’amitié à manier avec dextérité. Tout le monde n’est pas prêt à les recevoir, une encore enfant moins que quiconque. »

Les linges que Madame M noue autour de son ventre s’épaississent au fur et à mesure que le ventre d’Annie se gonfle.

Dès la naissance de Louise le 16 mai 1940, Annie et Madame M deviennent des ennemies silencieuses. Dans une lettre à ses parents, Annie se confesse mais sa génitrice ne sait pas lire.

Son père, communiste, est arrêté ; sa mère, tuée sous les sabots d’un cheval fou cherchant à échapper aux bombes.

En 1943, les inséparables se retrouvent. Dans le récit épistolaire, Camille lit sa propre histoire ; intriguée, elle mène l’enquête au travers de certaines phrases : « Une certaine douceur m’envahit, je retrouvais avec plaisir l’odeur de bois si particulière à cette église ».

Ablutions à l’eau brûlante juste avant ses relations, flagellations sur les lombes, les cuisses et les fesses ; urtication en se frottant le sexe avec le fruit de l’églantier ; application de petites sangsues à la vulve et obturation des piqûres avec une boulette d’agaric, injections irritantes dans le vagin avec de l’ammoniaque liquide et une décoction d’orge refroidies : Madame M a tout essayé pour ne pas finir la stérile de la famille. Jusqu’à déménager à L’Escalier, la grande maison bourgeoise du village où elle sympathise avec Annie qu’elle considère un peu comme l’enfant tant désiré qu’elle n’arrive pas à avoir. « Le désespoir est un mal sournois qui prend ses forces dans la nuit… »

« Madame M n’a pas les émotions de la situation. Elle n’éprouve ni peur ni peine à voir souffrir Annie, c’est comme ça, l’empathie s’arrête aux abords de ses rivaux ».

À Louis, elle raconte qu’Annie s’est mariée avec un soldat. Elle pactise avec l’ennemi pour s’assurer des protecteurs.

Lui faire perdre pied, la faire basculer, mettre en place des événements, les accumuler pour la briser ; l’accabler par le pire pour qu’elle n’entrevoit pas d’autre issue que la mort. Pour Madame M, la manipulation psychologique est la seule arme qui permette le crime parfait. Elle n’a ni remords, ni culpabilité, la trahison donne tous les droits.

Mais lorsque Camille annonce qu’elle attend un enfant, elle décide de tout raconter et d’en finir.

Hormis la construction très originale du Confident, le livre est riche d’informations variées : le jaseur boréal considéré comme messager de grands malheurs, comme la guerre, la peste ou les périodes de très grand froid ; les ciseaux d’Anastasie.

Le récit est ficelé de telle manière qu’il faut s’accrocher pour saisir le déroulement de l’histoire : une femme prête à tout pour arriver à ses fins. Pour un premier roman Hélène Grémillon a fait fort.

http://expositions.bnf.fr/presse/grandmobile/pre_336.php

http://expositions.bnf.fr/presse/grandmobile/pre_336.php

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