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Laird Hunt : Les Bonnes Gens

3 Juin 2014 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Les Bonnes Gens de Laird Hunt

Après une cure au Sénégal d’Ousmane Sembène où je vais bientôt revenir, un tour au Japon de Haruki Murakami, je fais une escapade dans le Kentucky et l’Indiana avec Laird Hunt et ses Bonnes Gens.

Les livres me font voyager : je ne les en remercierai jamais assez.

1830, Le puits Profond : un homme creuse la terre, aidée par sa femme. Un ours attaque les porcs et l’homme tire. Leur petite fille se noie.

Les Bonnes Gens, Champ de fleurs 1911 et Autour de 1850/1861. Scary, Sue,  Ginny, un seul et même personnage, descend dans le Kentuchy pour épouser Linus Lancaster, arrière petit cousin de sa mère. Elle a quatorze ans ; avec ses deux nouvelles sœurs Cleome et Zinnia, elle cueille des pâquerettes pour confectionner des colliers. Ces dernières l’appellent mère.

À la ferme, Alcofibras cultive le jardin. « J’imagine que s’il s’était mis, assis en tailleur, à jouer un air de flûte, le jardin tout entier serait sorti de terre et se serait mis à danser pour lui. » Il a une voix capable de plonger aussi profond qu’un trou dans la roche et de monter se tortiller aussi haut que le chant d’un passereau rouge déréglé, il raconte des histoires qu’il tient d’une grand-mère arrivée en bateau.

Horace et Ulysse construisent enclos et appentis pour abriter les cochons : la nouvelle passion de Linus Lancaster. L’homme, la main toujours sur le fouet, lance les quelques livres de Scary dans le poêle :

— Nous avons la bible s’il te faut des histoires. Tourne ton attention vers ces bonnes paroles et vers elles seules. Il n’y avait que le bon livre pour ma chère défunte, et il n’y en aura pas d’autre pour toi.

Scary a un cercle rouge sombre au-dessus de la cheville. Une cicatrice entretenue d’un ou deux coups bien cinglants quand elle commence à se résorber ; le sang coule dans sa chaussette, souille les draps, nourrit le plancher, goutte le long des tunnels, gagne les sous-sols du Kentuchy.

Scary elle-aussi corrige ses deux sœurs, les enferme, les bat.

Linus Lancaster a pris ses habitudes de mari ; Scary est prête à mourir s’il continue. Zinnia renverse un seau de petit pois dans la maison, Lancaster l’enferme dans le noir et la puanteur de la cave à charbon ; elle envoie son esprit ailleurs pour supporter la punition.

Brimades, coups de fouet, cachot…

Un jour, Zinnia passe derrière Lancaster et lui plante le pic à saigner les porcs dans la nuque. Cléome, enceinte des œuvres de son père et Zinnia se vengent des brimades en menottant Scary dans la cave à charbon et en envoyant la clef au fond du puits. Les victimes endossent le rôle de bourreaux.

Lucius Wilson, son nouvel employeur, demande à Scary de lui tenir compagnie ; le soir, quand les enfants sont endormis, quand il n’y a plus dans les couloirs que les courants d’air, elle prend le chemin de sa chambre. Lucius est un homme plein de bonté ; sa manière de se comporter dans la chambre a la douceur d’une couvée de poussins. Mais Scary a connu l’enfer et l’enfer on ne le quitte jamais, même si on met toutes ses forces pour en éloigner la carcasse. Alors, elle prend un couteau à éplucher et gratte sa cheville.

Histoire de la Bougie, Où elles allèrent, constitue la troisième partie. Scary a dix-huit ans en 1861 quand elle quitte le Kentucky et jure de ne pas y retourner. Pourtant, cette idée vient, pose une main sur son épaule et elle part avec Cleome pour un voyage éreintant. Le monde a dévoré toute la douceur, jusqu’à la dernière miette dans le cœur de sa sœur Cleome, pourtant elle est là, couchée dans un chariot avec son gros ventre.

Le Récit du Tailleur de Pierre, au bord de la rivière, au bord du monde 1930, clôture le livre.

Dans l’Amérique des premiers colons, Les Bonnes Gens court sur un siècle.

Le mal y est partout : sur les corps, dans les cœurs, dans la guerre de Sécession aux États-Unis. Laird Hunt a choisi une plume sans fioriture, sans pathos, presque indifférente, pour décrire la souffrance omniprésente au cours des pages. Comme s’il ne portait aucun jugement sur les turpitudes des hommes, se contentant de raconter les faits, comme un vol très loin au-dessus des brutalités humaines. J’ai ressenti les incessants allers retours entre présent et passé comme un obstacle au suivi des événements.

Les Bonnes Gens de Laird Hunt

Les Bonnes Gens de Laird Hunt

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